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Germaine
Krull fait partie de ces femmes qui ont bravé les conventions
et fait avancer leur condition. Elle fut une photographe accomplie,
une artiste jusqu'au boutiste et une femme de tête. Le Centre
Georges Pompidou accueille une rétrospective de son œuvre, élaborée
par le musée Folkwang d'Essen, jusqu'au 5 février 2001.
Germaine Krull (1897-1985) a influencé des générations entières
de photographes. Son travail se situe à la naissance même de
la photographie telle qu'on la connaît aujourd'hui tant et si
bien qu'il est difficile de regarder ses images avec un œil
frais et disposé à reconnaître le caractère extrêmement novateur
de leur composition. Pourtant le travail de Krull dans les années
20 lui confère d'être une artiste représentative de la photographie
moderne, de la "nouvelle vision".
"L'appareil photographique peut perfectionner l'instrument optique
qu'est notre œil". Laszlo Moholy-Nagy, le chef de file de la
"nouvelle" photographie, considérait la photographie comme un
média enrichissant, la possiblité technique et artistique d'explorer
un nouveau regard sur le monde. Dans les années 20, en Europe
et aux Etats-Unis, la photographie et le cinéma deviennent les
outils nécessaires de la révolution moderne. Moholy-Nagy était
professeur au Bahaus et étudiait l'unité entre l'art et la technique
de Gropius. Dès 1922, il travaille sur un langage plastique
expérimental inspiré des sciences techniques et de la géométrie.
A Marseille dans les années 20, il élabore, avec quelques autres
artistes comme Herbert Bayer, Florence Henri ou Tim Gidal, une
vision propre du Pont Transbordeur et construit ainsi les bases
de la "vision moderniste". Germaine Krull fait partie de ce
groupe de "chercheurs" de l'image. Elle expérimente la contre-plongée
audacieuse, les cadrages inédits, les gros plans, les principes
du photomontage et se situe ainsi au cœur d'un mouvement qui
utilise la photographie pour décaler le regard et façonner une
vision réellement nouvelle, anticonformiste. Les photos du Pont
transbordeur de Marseille de Germaine Krull en 1935 sont parmi
les meilleures et traduisent parfaitement ce souci documentaire
lié à une recherche de formes nouvelles d'expression plastique.
Malgré un accrochage très minimaliste et une présentation générale
austère et un peu froide (murs ternes, cadres serrés et alignés),
l'exposition a le mérite de présenter assez clairement les périodes
importantes de la vie de Germaine Krull, qui s'étale sur près
de 90 ans et traverse quatre continents. Les thèmes centraux
de son travail et de son engagement politique ressortent de
manière assez évidente. On y retrouve ses études de nus féminins,
ses images urbaines de l'entre-deux-guerres, ses portraits et
son travail avec son compagnon Elie Liotar, ses travaux sur
le fer et l'acier de l'industrie moderne (Tour Eiffel, pont
transbordeur…), ses photos de rue et des clochards endormis,
ses clichés sur l'Afrique et sur l'Asie… L'émancipation des
femmes, la croissance de l'industrialisation et le déclin du
colonialisme ont été les principaux sujets documentaires de
la recherche artistique de la photographe.
Germaine Krull fait des études à Munich juste avant la première
guerre mondiale et s'installe à Paris en 1926 où elle s'investit
et s'impose dans le modernisme photographique. Ses œuvres sont
publiés dans divers magazines, comme Vu, et en 1927 elle
publie Metal, un recueil de 64 planches, composé d'images
industrielles d'une grande force d'abstraction, qui apparaît
rapidement comme le manifeste de cette nouvelle tendance, résolument
moderniste et non conventionnelle. Sa vie va suivre le contre-courant
qu'elle applique à son œuvre. Elle fuit aux Etats-Unis pendant
la deuxième guerre mondiale puis s'engage dans le service de
propagande de la France libre à Brazzaville, où elle va réaliser
des clichés très intéressants chargés d'anti-colonialisme. Elle
part ensuite à Bangkok où elle dirige un hôtel puis finit sa
vie en Inde.
Communiste,
contre-révolutionnaire, moderniste, anti-colonialiste, féministe,
la personnalité de Germaine Krull est à l'image de ses engagements
et de sa photographie. Elle manifeste à chaque tournant de sa
vie la volonté de dépasser son époque, de transgresser ses propres
lois, et, en décalant le regard, de changer le monde. C'est
peut-être pour cela que Jean Cocteau la décrivait comme étant
un "mirroir réformant".
Chrystel
Jubien
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