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Rétrospective au New Museum of Contemporary Art de New-York

Sur "Ubu and The Truth Commission"

Kentridge à la Greg Kucera Gallery

Sur "Weighing... and Wanting" (en anglais)


Jusqu'au 27 octobre 2001 à la Galerie Marian Goodman / Paris

William Kentridge


William Kentridge fait partie des artistes sud-africains les plus connus dans le monde. Mais la reconnaissance internationale dont il bénéficie ne date que de 1997, alors qu'il était connu dans son propre pays dès les années 80. De plus, c'est un sud-africain qui n'en est pas tout à fait un, dans le sens où il est issu d'une famille aisée de juristes blancs, de culture occidentale par conséquent. Kentridge le dit lui-même : "Je suis conscient de la nature mixte de ce que je suis : quelqu'un qui a des racines en Europe de l'Est, mais qui a un siècle d'histoire en Afrique du Sud. En tant que blanc de ma génération en Afrique du Sud, je n'ai appris aucune langue africaine, si bien que je ne comprends pas les langues vernaculaires des quatre cinquièmes de la population."
Ses œuvres restent néanmoins ancrées dans l'histoire de son pays, faisant sans cesse référence à des notions d'égalité, de justice, de responsabilité, bref, à toutes les questions qu'ont généré la fin de l'apartheid.

Une poétique de la précarité

William Kentridge présente, au rez-de-chaussée de la galerie Marian Goodman, une série de dessins au charbon, ceux-là même qui ont servi à réaliser la vidéo intitulée "Medicine Chest" ("Armoire à Pharmacie") présentée au sous-sol.
Ces dessins se répondent d'un mur à l'autre et sont de quatre types : d'une part, des visages (une tête sans corps - un autoportrait ?, cette même tête se mêlant à l'image du ventre d'une femme…), des paysages, des natures mortes faisant référence, selon l'artiste, à Chardin, mais aussi à Morandi et à Philippe Guston, et enfin des phrases en majuscules tirées des gros titres des journaux. Certains dessins sont divisés en trois parties, dans le sens horizontal : pour les natures mortes, cette tripartition devient une représentation des étagères soutenant les objets.

La vidéo "Medicine Chest" est le résultat de tous les dessins que Kentridge a créés, mais aussi de toutes les étapes de création de ces dessins, puisque l'artiste filme leur état à un instant T, avant d'en effacer une partie ou d'en ajouter une autre. Ainsi, chaque étape de création d'un dessin est provisoire, et la vidéo sert à montrer les processus d'effacement et de transformation infinis de l'œuvre, soulignant son caractère précaire et posant par là-même la question du temps, donc de la mort.
La technique utilisée par William Kentridge, tout en revigorant une catégorie plutôt déconsidérée, à savoir le dessin, illustre le processus de la mémoire qui efface ou fait apparaître diverses images. Kentridge appelle cela "Stone Age filmmaking", du cinéma préhistorique, qui évoque en effet les débuts du cinéma muet.


William Kentridge, Drawing for Medicine Chest, 2001

"Medicine Chest" n'est pas réductible à une seule catégorie, puisqu'elle mêle dessin, vidéo mais aussi installation : le film est projeté dans un cadre ayant la forme d'une armoire à pharmacie dont la porte serait entr'ouverte. De plus, l'image est accompagnée d'une musique de P.Miller et P.Hindemith.

Une dialectique de l'individu et de l'Histoire

Dans ce film de Kentridge, comme dans d'autres (on peut penser à "Weighing... and Wantin ", "Sleeping on Glass"), l'individu, la société et son histoire se mêlent et se superposent. L'individu est représenté dans son espace privé ; il y a des scènes d'intérieur, des natures mortes ou encore l'image d'une baignoire. D'autre part, on peut observer de vastes paysages où l'individu qui s'y promène semble minuscule. Par flashs, des phrases viennent entrecouper ces représentations ; ce sont des titres de journaux qui font référence à l'actualité locale ou internationale, que Kentridge a prélevé sur les murs de Johannesburg pendant la création de cette vidéo.
Les films de Kentridge sont de véritables poèmes visuels mêlant des références à l'espace et au temps, disposées en abîme, et qui s'interrogent au fond sur l'essence de l'homme.


William Kentridge, Vue de l'installation, Sleeping on Glass, 1999

Déjà, "Sleeping on Glass", oeuvre présentée en 1999 à la villa Médicis à Rome, montrait un personnage en cours d'éveil tentant de rattraper des bribes de son rêve. "Weighing... and Wanting" (1998) explorait la moralité sous tous ses angles, en mettant en scène de manière allégorique les tensions entre oppresseurs et oppressés sous l'apartheid.

Kentridge et le théâtre

William Kentridge s'intéresse également au théâtre, et ce depuis longtemps ; il est venu en France pour l'étudier en 1981-82. Il a mis en scène plusieurs pièces mêlant film d'animation et document historique, acteurs et marionnettes, dans un dialogue incessant entre culture européenne et culture sud-africaine ("Faustus in Africa" d'après Goethe, "Il Ritorno d'Ulisse" adaptation de Monteverdi d'après l'Odyssée d'Homère…).

Avec "Zeno at 4 pm", présenté au Centre Georges Pompidou du 24 au 28 octobre 2001, il s'inspire du roman "La Conscience de Zeno" (1923) d'Italo Svevo, dans un travail en collaboration avec la Handspring Puppet Company. Le roman présente Zeno s'adressant à son psychanalyste, partagé entre ce qu'il dit et ce qu'il pense : c'est cette division qui a attiré Kentridge, comparable aux divisions qui existent à Johannesburg. Les tourments intérieurs deviennent le reflet de la situation sociale de violence et d'oppression.

Dans "Ubu and The Truth Commission", il emprunte à Alfred Jarry son personnage d'Ubu afin de mêler encore politique et littérature : cette pièce explore les rapports de la Commission de Vérité, créée après la fin de l'apartheid, qui visait à recueillir les témoignages des victimes et les confessions des bourreaux, pour se demander comment panser les blessures de l'histoire.

William Kentridge revigore certaines catégories artistiques plutôt déconsidérées comme le dessin ou le film d'animation "préhistorique", tout en étant enraciné dans la réalité politique et sociale de son pays, pour mieux souligner l'universalité des expériences humaines vis-à-vis de notions telles que la justice, la moralité, la responsabilité.

Florence Cheval

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William Kentridge - Galerie Marian Goodman
79, rue du Temple 75003 Paris
Tél : 01 48 04 70 52
Site internet : mariangoodman.com/mg/paris.html
Jusqu'au 27 octobre 2001
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