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Une enquête photos sur le Chiapas
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Le site du EZLN ezln.org

Un dossier du Monde Diplomatique Chiapas

Le site de Survival, association qui défend les droits des peuples indigènes Survival.wcube.fr

Photographies Noir & Blanc exposées à l’Espace Dupon Bastille jusqu’au 31 octobre 2000, entrée libre

Frédéric
Jacquemot

"Chiapas, terre indienne"


Frédéric Jacquemot : " Chiapas, terre indienne "

" Les révolutions du XXIème siècle seront possibles si les photographes, par leur présence accusatrice, dénoncent le grand marché de l’inégalité, de l’injustice et de l’insolidarité. Si Che Guevara a été tué, c’est qu’aucun photographe n’était présent pour témoigner. En revanche, le sous-commandant Marcos survit car il serait gênant d’assassiner une personnalité médiatique. " Cette phrase de Manuel Vázquez Montalbán qui présente l’exposition des photographies de Frédéric Jacquemot à l’Espace Dupon Bastille résume l’objectif qui anime un reportage comme celui-ci : témoigner. Partir, rapporter des images et montrer. Montrer la réalité d’un lieu dans un temps donné et sous un regard subjectif mais tout en laissant émerger une réalité plus transversale qui englobe les laissés-pour-compte, les oubliés, les victimes de toute société.

Les Indiens que Frédéric Jacquemot a photographié sont les enfants pauvres du Mexique. Le Chiapas cristallise les problèmes culturels et les besoins politiques de la population indigène d’un pays métissé confronté aux revendications de ses minorités. Les élections de cet été ont placé l’opposition au pouvoir pour la première fois en soixante et onze ans. Beaucoup d’espoir est misé sur ce revirement politique et le Chiapas figure sur la liste rouge des questions qui rongent l’Etat fédéral.

Les affrontements du Mouvement zapatiste EZLN, dirigé par le devenu célèbre sous-commandant Marcos, et de l’armée mexicaine ont été largement médiatisés à partir de 1994. Les protagonistes de la guérilla ont beaucoup utilisé l’image pour attirer l’attention internationale et défendre des valeurs universelles. Comme en complément des photos des guerilleros et de la révolte indienne que l’on connaît, Frédéric Jacquemot propose un reportage sensible, dénué de complaisance et qui révèle le profond désarroi dans lequel sont plongés ces habitants des montagnes du Chiapas. Au lendemain du massacre par un groupe paramilitaire de quarante cinq indiens tzotziles du village d’Acteal en 1997, le photographe est venu enregistrer sur sa pellicule Noir et Blanc la déroute, l’incompréhension et le dégoût. Des hommes et des femmes, des enfants, qui fixent l’objectif ou le fuient mais qui participent d’une manière ou d’une autre à l’état des lieux que propose le photographe. Le grain épais des photos rajoute, à l’atmosphère déjà lourde, un mystère qui tente de révéler l’obscurantisme, l’isolement de ces victimes vivantes de l’injustice qu’on semble ne pas écouter.

Il y a quelque chose qui renvoie au général, à l’universel dans ces visages et ces corps meurtris. Pas étonnant que Frédéric Jacquemot s’appuie, pour résumer son travail, sur le texte de Marcos " i ya basta !" : " (…) qu’il s’agisse des Maliens à Paris, des ouvriers à Berlin, des Aborigènes à Sydney ou des femmes à peu près partout dans le monde, chaque pays compte ses Indiens du Chiapas, ses victimes du néo-libéralisme ".

Chrystel Jubien


Frédéric Jacquemot : " Chiapas, terre indienne "

Photographies Noir & Blanc 
exposées à l’Espace Dupon Bastille jusqu’au 31 octobre 2000, 42 rue Saint Bernard 75011 Paris, Tel 01 40 09 04 14, entrée libre du lundi au vendredi de 8h à 21h30.


Texte présenté lors de l’exposition  :

" (…) Le sang sait beaucoup, le sang sait le sang qu’il a. Parfois le sang monte à cheval et il fume une pipe, parfois il regarde avec des yeux secs parce que la douleur les a séchés, parfois il sourit avec une bouche de loin et un sourire de proche, parfois il se cache le visage mais il laisse l’âme se montrer, parfois il implore la pitié d’un mur silencieux et aveugle, parfois il est une créature portée dans les bras, parfois il dessine des figures vigilantes sur les murs des maisons, parfois il est l’apparence fixe de ces figures, parfois on l’attache, parfois il se détache, parfois il devient géant pour grimper aux murailles, parfois il bout, parfois il se calme, parfois il est comme un incendie que tout brûle, parfois il est une lumière presque douce, un soupir, un rêve, poser la tête sur l’épaule du sang qui est à côté. Il y a des sangs qui, même quand ils sont froids, brûlent. Ces sangs sont éternels comme l’espoir. "

José Saramago de " Rostros de guerra ".

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