expos

 


Pour en savoir plus

Raymond Hains et son Encyclopédie Clartés, à l'occasion de l'expo

Raymond Hains à la galerie Lara Vincy

Au MAMAC de Nice en 2000

Raymond Hains et la pansémiotique, par Richard Sünder

Centre Pompidou du 27 juin au 3 septembre 2001

Point d'Ironie, Détail, Courtesy Agnes b.

Raymond Hains


"Raymond Hains m'énerve. Il y a une énigme Hains : sa gloire est surfaite. Qu'un Pansémiotique, qu'un lettriste l'apprécient, je comprends ça mais comment
expliquer son succès en Autriche ou en Allemagne où ils ne comprennent pas un mot de français."
Ben

Raymond Hains est un artiste contemporain important, le héros de beaucoup de jeunes artistes, un maître de la pansémiotique, un poète de la rue… Mais ne serait-ce pas aussi un clown, qui par le passé prétendait ressembler à Louis de Funès, un fanfaron qui défile en compagnie de sa géante Iris Clert "messagère des arts", un bonhomme un peu vieille France et très bavard, dont tous se demandent finalement, comme Ben, "ce qui se passe dans sa tête" ?
C'est Christine Macel, ex-organisatrice du Printemps de Cahors auquel elle avait convié l'artiste, et aujourd'hui conservateur au Centre Pompidou, qui est à l'origine de cette rétrospective. Elle doit faire partie de ceux qui sont tombés sous le charme…

L'artiste a débuté dans les années 60 en réalisant des affiches lacérées. Il a appartenu au mouvement des Nouveaux Réalistes en compagnie de Arman, César, Tinguely, Villéglé, Yves Klein, ce mouvement étant pour lui non pas un groupe d'artistes mais "une espèce de confrérie". Dans une époque où l'art cherche à descendre dans la rue, Raymond Hains s'inscrit dans cette tendance en récupérant des affiches publicitaires ou politiques imprimées par les uns et déchirées par d'autres, devenant ainsi ravisseur de ce qui l'entoure plutôt que créateur (avec par exemple les affiches de "La France déchirée" de 1961).
La démarche actuelle de Raymond Hains reste encore liée à cela, ainsi qu'à cette notion qui évoque la "dérive urbaine" chère aux situationnistes : l'exposition présente "Le Socle du Louis XIV" (1989), entièrement taggé par les passants, qui pour lui "correspond pour la sculpture à ce que sont les affiches déchirées pour la peinture".
De même, au Printemps de Cahors l'an passé, il déclare Cahors "Ville des Citoyens du Monde" (Cahors Mundi), il distribue des pièces en chocolat qu'il nomme Raymondines, d'après le nom de la monnaie locale médiévale et confectionnées par la pâtisserie Périn, homonyme de la directrice du Printemps de Cahors.
Au fil du temps, Raymond Hains est parvenu à entretenir ce rapport à l'espace urbain tout en inventant d'autres outils que celui des affiches lacérées… il est possible d'affirmer aujourd'hui qu'il a ce mérite, que n'a pas par exemple un Villéglé. Toutefois, n'est-ce pas tomber dans une forme de "facilité", de manque d'inventivité, que de se contenter de distribuer des chocolats aux passants ?

Raymond Hains est-il encore aujourd'hui "le roi du calembour métaphysique" (Iris Clert) ou bien un adepte de la logorrhée, prenant pour prétexte les jeux de l'inconscient dans la lignée des Surréalistes pour échouer sur un mauvais jeu de mots ?
Certes, il est indéniable que ce breton bedonnant soit érudit : dès les années 40, il s'est intéressé à Giono, Céline, aux philosophies de l'Inde et du Tibet… Il sait filer les métaphores ou jeux de mots parfois subtils, comme avec ses Palissades qui l'ont mené aux Entremets de la Palisse, puis au seigneur de la Palice et à la ville de Lapalisse. Il intitule son exposition chez Lara Vincy L'art à Vincy, titre qui lui inspire des œuvres liées à Léonard. Il relit Chrétien de Troyes suite à un voyage à Troyes, salue le Marquis de Bièvre comme étant le Maître du Calembour…
Considérant le web comme semblable à l'espèce de toile qu'il tisse avec les mots, il crée en 1997 son premier "Macintoshage", rendant les liens visibles grâce à l'assemblage de plusieurs fenêtres d'ordinateur sur un unique tableau. Néanmoins, on ne peut s'empêcher de penser à un certain essoufflement de son inspiration lorsque l'on apprend qu'il a utilisé certaines photos de lui prises par son galeriste Daniel Templon devant Beaubourg, pour préparer son exposition dans la galerie du même nom… Dans quelle mesure Raymond Hains est-il encore, à 75 ans, totalement sujet de ses œuvres ? Certes, cette dernière question peut s'appliquer à tout artiste avancé en âge. Mais Raymond Hains mérite-t'il qu'on l'applaudisse si fort ? Certes, la rétrospective fait presque partie du passage obligé de tout artiste, bien qu'il soit aujourd'hui à la mode de nier cette notion de son vivant.
Mais il est bien possible de penser aussi que Raymond Hains, sous ses dehors de vieillard gâteux, sache parfaitement ce qu'il fait…

Après tout, l'art appartient au domaine du jeu, que ce soit avec les mots ou avec les choses. Et Raymond Hains semble parvenir encore à s'intégrer dans l'attitude générale qui caractérise des artistes aujourd'hui plus jeunes, celle qui consiste à utiliser les outils de notre société de consommation, à tenter de créer du lien social (en distribuant des chocolats, pourquoi pas ; si l'on pense aux Stacks de Felix Gonzales-Torres…).
En quelque sorte, Raymond Hains est aussi parvenu à se créer une "mythologie personnelle", même si elle consiste, comme le dis Ben, à "marcher vers la gloire comme un crabe".

Florence Cheval

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Raymond Hains
Centre Pompidou Galerie Sud, niveau 1 Du 27 juin au 3 septembre 2001

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