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Philip Guston,
l'outsider (suite)
Dans la
première salle de lexposition, on découvre trois tableaux
abstraits, Red Painting, The Tormentors et Review.
Réalisés entre 1947 et 1950, ces toiles sont saturées dune
épaisse peinture à lhuile à dominante rouge sang doù
émergent, menaçantes, dobscures formes monolithiques noires et
marron foncées. De ces tableaux violents et denses émane une
lumière inquiétante, qui rappelle par certains aspects lobscurité
lumineuse des peinture noires du Greco.
Plus loin
dans lespace dexposition, Zone, un fond en coups de
pinceaux gris clair duquel se détache, en son centre, un canevas dépais
traits rouges et roses, fait écho à une vue de la Tamise par Claude
Monet.
De la fin
des années 40 à la fin des années 60, Guston fait montre dune
brillante maîtrise de la matière-peinture. Lexpressionnisme
abstrait, cest le manifeste du geste. Lacte de peindre est lexpression
ultime de lartiste, qui doit arriver à faire
" disparaître " la peinture pour sen libérer.
Le résultat que produit Guston est magnifique.
Mais il ne
tient pas en place, et se lasse même de caresser Dieu avec son pinceau.
Et cest la rupture de 1968, qui le ramène parmi les hommes.
Retour à
ses premières amours, qui remontent aux temps de la grande dépression
et de la seconde guerre mondiale, durant lesquels lart pouvait
prendre sens dans lengagement politique. Membre dun groupe de
sympathisants marxistes, Guston peignait dans les années trente des
fresques murales autour de sujets tels que le Ku Klux Klan ou la classe
ouvrière. A la même période, il découvrait les Surréalistes,
et vouait une fascination particulière à Chirico.
Dans ses
peintures des années 70, on retrouve, re-contextualisée, la symbolique
quil avait alors mis en place et on ne peut que regretter que cette
période soit à peine effleurée par lexposition. Porch (1946),
évocation dun carnaval macabres est la seule pièce de lexposition
qui sy rapporte.
De 1968
jusquà la fin de sa vie, Guston produit une peinture symbolique et
aisément déchiffrable, une sorte dalphabet visuel dans lequel la
violence militaire et capitaliste (représentée par différents
objets : godillots cloutés, masques du KKK, cigares, tuyaux,
buildings) vient affronter brutalement divers éléments de la vie
domestique (tasses, tapis, ampoules électriques, etc.).
Le choix
de la figuration chez Guston nest aucunement exclusif de lexpression
individuelle. Le temps et la mort, parmi dautres sujets dangoisse,
sont évoqués par des objets familiers (miroirs, montres, fumée) et
récurrents. En 1975, toujours saturés de sa signature rouge-rosée, Spleen
et Déluge II figurent des têtes torturées accompagnées dattributs
du peintre, le désespoir de lartiste vieillissant.
Isabelle
Régnier
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