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Exposition jusqu'au 30 décembre 2001. BNF, Crypte, site Richelieu


L'Etrange Monsieur Grémillon


"C'est cela mon métier ; c'est un long apprentissage. Oui : aller au cœur des choses et déceler ce qu'il contient, le révéler pour le rendre évident, c'est cela le grand apprentissage"
Jean Grémillon, L'Ecran français, 9 mai 1951.

Jean Grémillon, mal aimé, mal connu. Ce pourrait être l'amorce d'un roman ; ce n'est rien d'autre, peut-être, que le résumé d'une existence. Car Jean Grémillon, que certains placent au centre du carré des réalistes comme Jacques Feyder, Henri-Georges Clouzot, Julien Duvivier ou bien encore Jacques Becker, est un cinéaste dont on ne sait que dire, incompris sans doute. Et le jeu conjugué des approximations et des légendes a eu tôt fait de l'étiqueter comme cinéaste maudit. C'est sous ce signe que le département des Arts du spectacle du site Richelieu ouvre son exposition "L'Etrange Monsieur Grémillon".

Si l'on découvre le Jean Grémillon des années 20, ressemblant "de visage, selon l'écrivain Maurice Druon, au classique buste de Goethe, avec les traits physiques du créateur", on s'applique rapidement à connaître le parcours d'une œuvre ambiguë, un parcours ici retracé en images, par les affiches, par des brochures publicitaires, par des séries de portraits. S'organise en effet sur les murs de la crypte une reconstitution du cinéma de Jean Grémillon. Des coulisses du mélodrame muet Gardiens de phare (1929) aux photogrammes des Charmes de l'existence (1949), en passant par les dessins de décor de Léon Barsacq pour ce film qui ne verra jamais le jour, Le Printemps de la liberté, et par les affiches du Ciel est à vous (1943), de Remorques (1939) où se mélangent, dans un trait évasif, les visages de Jean Gabin et Michèle Morgan, on se familiarise avec un monde dont "le réalisme est l'unique loi" (Georges Sadoul).

Un peu plus loin, il est fait mention de Jean Grémillon dans une revue, Ciné Magazine, datant de mars 1928 et juste à côté, L'Ami du film du 16 mars 1933 livre, en une coupure de presse jaunie par le temps, une caricature du cinéaste exécutée par R. Fuzier. Il y a aussi les chroniques journalistiques suscitées par Lumières d'été, psychodrame de 1942 réalisé sous l'Occupation ; celles de Jacques Audiberti, de Roger Charmoy, d'Arlette Jazarin. On retrouve avec plaisir, figée sur papier glacé, l'équipée de L'Etrange Monsieur Victor (1938) qui réunit Madeleine Renaud, Pierre Blanchard, Raimu ; il y a l'immortel Jean Gabin de Gueule d'amour (1937), il y a le Jacques Prévert dialoguiste qui écrivit avec Pierre Bost le scénario de Train d'enfer (1938). Un détour par les synopsis dactylographiés, annotés, corrigés de la main de Grémillon, un détour par une correspondance entre le cinéaste et Charles Spaak sur Massacre des innocents ou La Cendre des héros, un détour par des notes de travail de 1951 sur Les Désastres de la guerre , un détour par le Jean Grémillon qui, à ses heures perdues, manie pinceaux et crayons, suffisent à convaincre que nous avons affaire à un homme de projets, désireux d'inventer, d'innover. "Un honnête homme, comme l'écrivait Marcel Martin, qui n'était pas à l'aise dans la cuisine cinématographique ; il voyait trop loin, trop haut ; de là ce côté artiste maudit ".

En juin 1959, un journal titrait, à propos d'André Masson et les quatre éléments, dernier documentaire du cinéaste, "Jean Grémillon et les images-témoins" ; peut-être est-ce la vocation de cette petite exposition que de faire témoigner l'image pour un homme qui lui consacra sa vie.

Anthony Dufraisse

Jeudi 20 décembre à 19 h au site François Mitterrand : Soirée Jean Grémillon : diffusion de Gonzague (1933) et Le 6 juin à l'aube (1945).

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L'Etrange Monsieur Grémillon
. Exposition jusqu'au 30 décembre 2001. Crypte, site Richelieu, 58 rue de Richelieu, Paris 2ème.
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