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Né en 1942, Dan Graham, qui vit aujourd'hui à New York,
reste un artiste en marge. Il fut tour à tour galeriste, écrivain,
théoricien, photographe, vidéaste, architecte, et son œuvre
se révèle tout aussi polymorphe, influencée par l'art conceptuel
mais aussi ancrée dans le contexte politique, social et culturel
dans lequel elle est créée. L'exposition du Musée d'Art moderne
tente de mettre en lumière ces différents aspects.
Cette
tension entre un travail conceptuel proche de Donald Judd ou
de Sol Le Witt et du Pop Art est évidente dès l'entrée de l'exposition,
avec une série de diapositives représentant des pavillons de
banlieue du New Jersey. Ces photos, qui évoquent celles de Walker
Evans, sont liées à l'article écrit par l'artiste en 1967 pour
Art Magazine, intitulé Homes for America. Ce dernier
est constitué de photos et d'un texte descriptif de ces pavillons
typiques d'après-guerre, construits en série. Dan Graham cherchait
ainsi à mettre en place une étude sociologique de ces nouvelles
villes, sur le mode documentaire, utilisant l'information comme
mode d'expression artistique.
Avec Scheme (1965 - 1973), il remet en question la notion
même d'information, par une méticuleuse description de la page
imprimée (par les caractères, les espaces occupés, la qualité
du papier), soulignant ainsi l'aspect éphémère de toute publication.
De même, à la fin des années 1970, Dan Graham s'intéresse à
la musique rock, forme de culture populaire par excellence,
considérant la prestation de l'artiste sur scène comme identique
à celle du "performer". Rock My Religion (1979 - 1983)
fut tout d'abord conçu comme un texte lu par l'artiste en conférence,
accompagné de diapositives et de musique. Par la suite, il en
fit une vidéo où se croisent James Dean, Patti Smith, Jerry
Lee Lewis, les Rolling Stones ; cherchant à montrer que la musique
rock était en train de devenir, pour une nouvelle catégorie
sociale, celle des "teenagers", une nouvelle religion.
Dan
Graham s'est également attaché à créer des installations ou
"dispositifs" (Lyotard) critiquant les catégories traditionnelles
de l'art, tout en cherchant, sous l'influence de Bruce Nauman,
à jouer sur l'expérience du corps vis-à-vis de l'espace, sur
le rapport observateur - observé.
Il en est ainsi de Public Space/Two Audiences (1976),
espace dans lequel le spectateur doit entrer : d'un côté, il
voit l'image des spectateurs de l'autre côté au travers d'une
vitre , mais sans être vu, et de l'autre côté, les spectateurs
peuvent s'observer eux-mêmes à la fois sur un écran de télévision
et dans un miroir sur le mur du fond. Le spectateur prend alors
conscience de lui-même comme corps mais aussi comme sujet percevant.
D'autre part, l'artiste a conçu de nombreuses maquettes, réalisées
ou non, d'espaces de ce type, tels le Skateboard Pavilion
(1989), le Children's Pavilion (1991) en collaboration
avec Jeff Wall et prévu pour être conçu à grande échelle. A
la frontière entre architecture et sculpture, on trouve par
exemple l'œuvre intitulée Two Adjacent Pavilions (1979),
œuvre-miroir reflétant la nature à l'entour et dans laquelle
le spectateur peut aussi entrer.
L'exposition permet de découvrir un certain nombre de vidéos
de l'artiste, comme Roll, datant de 1970, où deux vidéos
sont projetées en simultané, l'une montrant l'artiste roulant
dans l'herbe avec une caméra, l'autre reflétant l'image filmée
par la caméra elle-même dans les mains de l'artiste. Enfin,
New Design for showing Videos mêle un jeu de vitres et
miroirs confrontant le spectateur à lui-même et à l'autre, tout
en présentant des vidéos de performances effectuées par l'artiste.
Dan
Graham a su créer une œuvre hybride, caractéristique qui influence
encore aujourd'hui de plus jeunes artistes. Il poursuit toujours
ce travail dans divers lieux, tel le tout récent Pavilion
influenced by the Moon Windows, projet pour le jardin d'une
maison japonaise du XVIIIème siècle à Kyoto.
Florence
Cheval
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