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Petit
rappel historique sur la Guerre civile
la
Guerre civile espagnole, des photographes pour l'Histoire
est une exposition de photographies qui retrace ce récit en
images jusqu'au 28 mars 1939, date de la rédition sans conditions
des républicains, et même au delà.
Pour
la première fois dans l'histoire, l'actualité internationale
est diffusée à travers des photographies. Dès le début du conflit
les protagonistes font appel à l'étranger. L'aide italienne
est précieuse pour les nationalistes et quelques avions français
viennent soutenir les républicains. Les nationalistes compensent
leur infériorité initiale en faisant passer en Andalousie les
troupes du Maroc et au nord les troupes navarraises coupent
la zone républicaine de la frontière française. Un comité de
non-intervention est institué par la France et l'Angleterre.
Mais l'envoi massif de troupes italiennes et de la légion Condor
allemande fait face aux livraisons de matériel de guerre envoyé
par l'U.R.S.S. A l'instigation du Komintern se constituent les
brigades internationales.
La
guerre en images photographiques, par la presse et l'affichage
public, exacerba le caractère idéologique des affrontements
qui coûtèrent la vie à Federico Garcia Lorca. Pour la 1ère fois,
les journaux et magazines permirent non seulement à la population
espagnole, mais aussi au monde entier, de suivre l'évolution
des combats. Depuis 1850, les colonnes des magazines étaient
souvent agrémentés de gravures ou de lithographies réalisées
d'après photographies ; cependant dès 1890, les journaux et
les revues furent en mesure de reproduire les clichés grâce
aux progrès de la photogravure. Des reportages et des articles
constitués de photographies brièvement légendées firent leur
apparition. Dès le début du siècle, les éditeurs d'hebdomadaires
se disputent la faveur du public et multiplient les sujets à
sensations tels que les guerres ou les révolutions. Pourtant,
les photographes civils qui couvrirent la Grande Guerre ne purent
travailler librement sous la censure militaire. Le progrès du
matériel photographique et l'audience grandissante des journaux
illustrés modifient dès 1925 la conception du reportage de guerre.
Parmi les inventions qui entraînent cette évolution, la pellicule
35 mm en rouleau, lancé
par Leica en 1925. De nombreux autres appareil utilisant
le film 35 mm font leur apparition et l'invention du Rolleifleix
à boîtier grand format en 1930 est déterminante. La facilité
avec laquelle on pouvait réaliser des clichés, le format réduit
des négatifs et la pression des délais de bouclage incitent
les photographes à faire développer le film 35 mm en laboratoire
par des professionnels. Les agences de photographies de presse
se développent, et l'engouement du public pour les actualités
cinématographiques pousse les grands organes de presse à adopter
une maquette attrayante. Les grands hebdomadaires illustrés
de photographies naissent et se développent. Le premier numéro
de Life paraît en 1936, riche en images chocs grand format parfaitement
reproduites, mais d'autres hebdomadaires, contribuent aussi
à la diffusion de la Guerre d'Espagne, comme Look, Paris Match,
ou Vu.
La
propagande devient difficilement séparable de l'information.
Chacun des deux camps tente d'influencer la diffusion de l'information
; le gouvernement autonome de la Catalogne crée un Commissariat
de la propagande, publie une revue et met des laboratoires photographiques
au service des reporters. Alors que le travail des photographes
espagnols fut souvent diffusé anonymement, Robert Capa fut sacré
par le Picture Post "le plus grand photographe de presse du
monde".
L'exposition
révèle les photographies faites par chacun des deux camps :
celles du camp républicain montrent surtout des combattants
anonymes ou leur famille, celle du camp nationaliste, soutenu
par l'Eglise montrent d'abord les chefs, les prélats ecclésiastiques
et les phalangistes dans la tradition du culte du héros ou du
surhomme. Les recherches de David Balselles, commissaire de
l'exposition, des conservateurs des diverses collections, ainsi
que les archivistes ont permis d'attribuer ces photographies
à leurs auteurs, de localiser la prise de vue, de les dater
et d'identifier les protagonistes. Les cartels actuels donnent
souvent une légende plus appropriée à la photographie présentée
que celle inscrite originellement dans la presse. Ainsi le célèbre
cliché montrant une femme espagnole allaitant son enfant et
levant les yeux au ciel de Chim (David Seymour) intitulée "femme
regardant le ciel sous les bombardements" est aujourd'hui replacée
dans son contexte historique qui correspond au jours de mai
1936 à Barcelone. De même l'image souvent controversée de la
mort d'un soldat républicain par Robert Capa, photographe d'origine
hongroise qui couvrit la guerre d'Espagne pour Vu et le Picture
Post, retrouve sa place dans l'Histoire. La légende inscrite
par Capa correspondant à la photographie affirmait : "mort d'un
milicien pendant une attaque près de cerro Muriano. Cordoue,
front d'Andalousie, 5 septembre 1936". Le combattant a été identifié
(par Mario Brotons Jordà) comme Federico Borell Garcia, membre
des milices d'Alcoi, près d'Alicante. Cette célèbre photographie
est devenue l'image emblématique des combattants en faveur de
la république pendant la Guerre civile espagnole.
Cette
exposition montre aussi des photographies peu connues. La fabuleuse
histoire des négatifs d'Augusti Centelles, cachées dans une
valises enterrée pendant la dictature et seulement exhumée après
la mort de Franco en témoigne. Centelles réalise de nombreuses
photographies qui ne peuvent laisser le spectateur indifférent.
L'une d'elles montre un combattant en train de tirer, appuyé
sur une barricade de fortune constituée de cadavres de chevaux.
Le combattant a été identifié, il s'agit de Ramon Baucel qui
faisait partie du corps des gardes d'assaut de Catalogne. Un
des mérites de cette exposition et de montrer des clichés célèbres,
mais aussi des tranches de vie violentes ou tourmentées par
la douleur. Beaucoup de femmes, miliciennes levant le poing,
mères éplorées devant un cadavre, figures célèbres comme Dolores
Iburri dite la "Pasionaria" et son non moins célèbre "no passaran",
des enfants isolés ou en groupes jouant à la guerre, en costume
de milicien, ou en vêtements de communion faisant le salut fasciste,
des hommes dans le feu de l'action courant et lançant des grenades,
un reporter en pantalon de golf en tweed - la pipe à la main
- en train d'interviewer un milicien et des foules anonymes
fuyant en un exode désespéré vers une France qui leur tend les
bras avec des camps… entourés de barbelés. Les morceaux de propagande
pure et dure sont aussi présents avec des combattants républicains
debout sur des ruines, dressant leurs armes au ciel dans des
vues prises en contre-plongée, les photographies officielles
des généraux putschistes, la moustache fière et la tête dans
un halo flou évoquant les nimbes des saints ou des acteurs de
cinéma, ou encore des photomontages comme l'affiche de 1936
"Ecrasons le fascisme" réalisée par Pere Català Pic où un pied
chaussé de la traditionnelle espadrille s'apprête à enfoncer
une croix gammée fendillée dans les pavés.
L'exposition
La Guerre civile espagnole, des photographes pour l'histoire
est un panorama de la production photographiques de la Guerre
civile espagnole : journaux, magazines, affiches, cartes postales
de propagande côtoient les 162 photographies à des fins d'informations
ou de propagande… une exposition où le réel traverse les filtres
du temps, du parti pris pour ne retenir que l'essentiel, l'humain.
Véronique
Bouchut
(Note
sur le Leica : Claudia Mélin)
Lire
aussi Iran, la Révolution photographique
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