expos

A la fondation Cartier pour l'art contemporain jusqu'au 24 février


Rétrospective
William Eggleston


Esthétique du banal

William Eggleston a tout photographié. Tout ce qui fait l'Amérique ordinaire, ses paysages, ses habitations, ses rues, ses voitures, ses jardins, ses plantes, ses objets les plus usuels, ses animaux, ses hommes, femmes, enfants… Au fil des 250 tirages exposés à la Fondation Cartier pour cette importante rétrospective, on est frappé par l'extrême et inhabituelle variété des sujets. C'est que, depuis 1960, William Eggleston photographie son environnement quotidien et que, pour cet "inventeur de la photographie en couleur", comme il a été salué par John Szarkowski, tout est digne d'intérêt, le moindre détail peut faire image, dans un propos "tel que l'objet puisse apparaître, surgir à l'état pur, au-delà de toute actualité", selon les termes de Jean Baudrillard.

Evidence du poétique
William Eggleston photographie tout. Le regard sur le réel est direct, le geste est naturel. Mais le point de vue inattendu : cadrages décadrés, positionnement de l'appareil à des hauteurs variables, angles surprenants… Contemporain de Garry Winogrand ou de Robert Frank, photographes dont le propos est souvent proche du sien, William Eggleston compose son image sans souci des règles traditionnelles. Cette apparente banalisation de l'esthétique, très maîtrisée sans aucun doute, contribue à la recherche poétique, à la puissance de l'évocation dont l'objectif n'est pas de susciter l'émotion mais plutôt l'évidence… Vide de l'existence, existence du vide, certes, mais sans pathos. Mélancolie, ennui, ironie baignent les images sans titre dans lesquelles le photographe s'est effacé pour mieux laisser parler ses objets.

Audaces de la polychromie
Né en 1939 à Memphis, Eggleston est consacré en 1976, lorsque le MOMA de New-York, dirigé par John Szarkowski, présente ses images. L'événement est considérable car il manifeste la reconnaissance artistique de la photographie en couleur, dans un contexte encore dominé par le noir et blanc. Si la rétrospective de la Fondation Cartier permet de voir les très beaux premiers travaux en noir et blanc du photographe, c'est effectivement dans les images en couleur - qui aujourd'hui semblent évidentes tant la photographie en couleur est, plus que celle en noir et blanc, considérée comme composante majeure de l'art contemporain - que l'on sent la personnalité singulière du photographe et l'audace de sa recherche. Subtilement subjective, l'image est composée puis traitée - William Eggleston utilise différentes techniques de tirages - de telle manière que chaque ton est pleinement abouti. Cette justesse de la couleur est une des pièces maîtresses du dispositif visionnaire de William Eggleston qui permet, pour citer encore Jean Baudrillard, de faire " exister le monde comme objet".

250 images. Autant de moments d'une vie ordinaire. Encore fallait-il les élever à hauteur d'objectif, oser, en se confrontant à leur banalité, montrer la singulière puissance des petits détails.

Fabienne Siegwart

Légendes des images :
- (pour le désert): Sans titre - Date de prise de vue / Date de tirage: 2000 - C-print, 40,6 x 50,8 cm - CollectionFondation Cartier pour l'art contemporain, Paris - Commande de dix-huit photographies à l'occasion de l'exposition "le Désert", été 2000
- (pour l'enfant): Sans titre - Portfolio "10.D.70.V2"(1996) - Date de prise de vue: 1971 / Date de tirage: 1996 - Dye-transfer, 40,6 x 50,8 cm - Collection privée, Oslo c/o Peter Lund

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o Rétrospective William Eggleston à la Fondation Cartier pour l'art contemporain jusqu'au 24 février
o Catalogue de l'exposition : 44,21 Euros
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