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Robert Doisneau pour la liberté de la presse
Reporters sans frontières

Robert
Doisneau

Exposition « Gravités »
 jusqu’au 15 juillet,
 Galerie Fait & Cause.


Doisneau : le ricanement de la révolte

« J’ai dix-sept ans, je suis maigre et mal fringué, j’apprends un métier sans avenir, le décor qui m’entoure est absurde. Quand je montre ces photos à mon entourage, ils sont tous d’accord, c’est de la pellicule gâchée. M’en fous, je continuerai quand même. Un jour peut-être il y en aura un pour trouver dans mes images comme un ricanement révolté ». Nous sommes au seuil des années 30, Robert Doisneau entame une carrière de photographe qui l’occupera jusqu’à sa mort en 1994. Cinquante ans pour capter la misère sociale, la vie des banlieues, le destin des petites gens.

L’édition 2000 de l’album de photographies que Reporters Sans Frontières publie chaque année, au profit des journalistes emprisonnés dans le monde, est consacrée à Robert Doisneau. A l’occasion de cette parution, l’association Pour Que l’Esprit Vive et la Galerie Fait & Cause à Paris présentent des images peu connues du photographe. Pour montrer que derrière la légèreté et l’humour de ses plus fameux clichés, qui célèbrent l’amour, l’enfance et Paris, existent des images plus sombres, non dénuées de poésie mais qui collent au réel comme des miroirs d’une vie sans indulgence.

Dans les années 30, Doisneau a travaillé comme photographe aux usines Renault à Billancourt. Il en reste des images de fer et d’acier, du travail manuel, du difficile travail à la chaîne et des allégories de l’homme au travail. Pour Doisneau, «forcer les barrages derrière lesquels on camoufle les conditions de vie des travailleurs» reste une des missions intransigeantes de son regard de photographe. Le travail est la matrice qui dirige la vie de tous : « J’entends bien : tout le monde travaille ou presque, mais je pense aux mouilleurs de chemise, à ceux qui sont près du feu ou qui vont au charbon, et à tous ceux qui se font posséder par l’orgueil de faire un métier dangereux ».

« L’enfant papillon » de 1945, « La petite fille à la cabane » de 1946, montrent les enfants de la Guerre et constatent l’état d’une société déchirée où les bambins vont jouer en haillons dans les rues boueuses et grises. Cette après-guerre photographiée par Doisneau n’est pas seulement la joie de la libération mais aussi et surtout l’amère vision de destins brisés, de gens fatigués et démunis. La dureté de la vie et du monde qui fait les hommes apparaît dans tous ces clichés des années 30, 40 et 50 où Doisneau s’approche des gens et les photographie comme dans l’instant même, comme pour révéler précisément les conditions de leur vie.

Ses portraits des années 50, réalisés dans la rue, dans les bistrots, dans les intérieurs modestes, sont autant de témoignages d’une époque et d’un milieu. « Coco » en 1952 ou « Madame Augustin » en 1953 éclairent d’une autre façon le travail plus reconnu du photographe. Le regard est lucide et fraternel. Il y avait ainsi un Doisneau léger et poète, celui du Baiser de l’Hôtel de Ville, et un Doisneau révolté, attaché au verso sombre du réel, alimenté par « sa » banlieue, sa confrontation au capitalisme, sa haine de la guerre.

Au fil du temps, perdurent ainsi les images à contre-courant. « Fresnes » en 1960 ou « Saint-Denis » en 1971 : des bidonvilles, des chômeurs, des clochards, des photographies de sa révolte qui montrent ce qu’on veut cacher. « Et quoi encore… les femmes des filatures et les entrailles gluantes des usines chimiques, pas fameuses pour la santé ». 

Chrystel Jubien

Galerie Fait & Cause
jusqu'au 15 juillet
58, rue Quincampoix, 75004 Paris
du mar au sam de 13h à 19h. 
Tel. 01 42 74 26 36 

>>Lire Robert Doisneau pour la liberté de la presse, Reporters Sans Frontières, http://www.rsf.fr

>>Lire Robert Doisneau, L’imparfait de l’objectif, dont sont extraites les présentes citations.

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