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Raymond Depardon :
cinéaste !
Létablissement visité
par Depardon, établissement où il avait déjà précédemment travaillé,
nétait pas un cas isolé en effet à cette époque ; lEtat roumain
semblait imposer aux populations des hospitalisations forcées :
dorphelinats, il ne sagissait donc pas toujours puisque nombreux
sembler être les enfants placés là avec le consentement tacite ?
contraint ? ... de leurs parents. La plupart des photographies sont prises de
face, sans perspective ni contexte. Elles montrent de façon frontale
une réalité qui na dautre niveau que cette souffrance brute et
dautant plus exacerbée quelle touche des enfants. Il est évident
quelles ont été prises dans des conditions extrêmement complexes,
et dont Depardon reconnaît à présent être également troublé. Mais,
exposées comme elles lont été, et pas simplement dans le cadre de
cette campagne humanitaire prise dans lactualité mais notamment
exposées à Magnum,
Essai sur le monde, on reste avec cette interrogation : Que
nous montre-t-on ? Nous devons préciser quelles sont
aujourdhui très explicitement montrées à la MEP dans leur contexte
politique et médiatique passée, et beaucoup plus comme des documents
en prise avec une actualité donnée et réfléchissant la question de
la contrainte, de la responsabilité et de la liberté du photographe,
que comme des images autonomes.
Pour preuve dune hypothèse qui restera une simple piste, nous reviendrons sur cette carte blanche offerte par la MEP à Depardon, le meilleur indiscutablement de
ce parcours, très justement intitulé Errances. Dans un espace réduit aux proportion dun carré, et dans un sens unique imposé par la visite, une série de plusieurs
dizaines de photographies défilent les unes à côté des autres. Vues de désert, vues de routes, elles évoluent insensiblement vers des environnements de plus en plus
explicitement urbains : la banlieue française quaffectionne Depardon surgit,
surviennent ensuite des environnements citadins toujours plus explicites, au
Japon ou ailleurs. Des routes encore, des rues hachées de signalisation autoroutière, de poteaux, de câbles, de fils électriques. Puis les déserts à nouveau. Les cadres sont
volontairement côte-à-côte, sans aucune marge laissée entre eux : les clichés se présentent comme un travelling continu et fermé sur lui-même. Une fois les quatre
murs parcourus, la visite peut reprendre à nouveau sans discontinuer. Errances, dun point à lautre du globe ;
avec cette double possibilité de sarrêter sur
chacune des images ou de ricocher de lune à lautre dans une errance sans borne, lon revient ici à une logique purement cinématographique. Lon pense
dune part à ce phantasme de lil universel du Depardon cinéaste. Dans Son Afrique, Comment ça va avec la douleur ? le réalisateur usait dun systématique
panoramique à 360°. Nombreux étaient les plans, superbes pour la plupart, justement commentés et réellement pédagogique du point de vue de léducation du regard,
où Depardon seul avec sa caméra embrasse dun tour complet son Afrique.
Comme si Depardon tentait ainsi déchapper inlassablement au cadre. Comme si lespace même de la photographie ne lui seyait pas ou plus. Le problème de
Depardon, et de Depardon photographe, pourrait alors être justement la photographie et ses contraintes inhérentes. Mais là où tous sen accommodent, là où tous
se jouent des deux dimensions, et réfléchissent au besoin ses contraintes, nous avons limpression quelle devient pour le reporter un frein réel. Et si Depardon ne
savait que faire de ce cadre ? Chez lui en effet, par delà la simplicité de la composition et de la prise de vue, nulle inventivité. Il nest nulle perspective, la photo na
trop souvent quun seul niveau. En soi, il ne sagit jamais dun défaut. Mais à voir comment le panoramique loccupe, on est en droit de se demander si il nest pas
arriver dans une sorte dimpasse. Nous pensons à cette citation dun autre grand amoureux de lAfrique,
Michel Leiris : "j'aligne des phrases, j'accumule des mots et des figures de
langage, mais dans chacun de ces pièges, ce qui se prend, c'est toujours l'ombre et non la proie"*.
Impasse ontologique fructueuse, source de questionnement, ou plus simplement panne ? Là est une question à laquelle nous navons pas à répondre. Quant à la photographie,
nous vous conseillerons vivement de retourner à ce Depardon cinéaste dont nous préférons,
quitte à choisir, cent fois Les Délits flagrants à des images sans perspective, sans
fragrance, sans âme.
Arnaud
Jacob
* Michel Leiris, Biffures, éditions Gallimard, page 361.
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