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Errance - Raymond Depardon  copyright Magnum 2000

Raymond
Depardon


Détours & Errances
Maison européenne
de la photographie

Raymond Depardon : cinéaste !

L’exposition Raymond Depardon qui ouvre ses portes aujourd’hui à la Maison européenne de la photographie est censée être la locomotive du Mois de la photographie. Dans les marges de cette vingtième édition dont le thème anniversaire est Paris : la ville-lumière, de même que l’exposition Araki qui a lieu en ce moment au CNP, elle vient en tout cas comme un événement autonome attendu : l’institution la plus prestigieuse de cette photographie qui est aujourd’hui en France et à Paris pleinement reconnue comme un art et célébrée comme tel, avec l’excellente santé financière qui caractérise son marché renaissant, consacre de son vivant un photographe en lui offrant non seulement une pleine rétrospective (l’exposition court sur les quatre niveaux de la MEP, habituellement partagés entre différentes expositions), mais également une carte blanche 2000. Intitulée Détours, la rétrospective mise en place sous la direction de Depardon en personne est couronnée par une commande faite spécialement auprès du photographe : le résultat, original et inédit, s’intitule Errance. Depardon, années 1960-années 2000. Quarante ans de photographie donc. Mais Raymond Depardon – c’est là la seule véritable question – est-il le photographe incontournable que l’on tente de nous présenter ? Mais Depardon n’est-il pas bien meilleur cinéaste que photographe ?

Bien sûr, nous avons en tête ces images qui ont fait le tour du monde, et qui s’imposent à présent comme des évidences photographiques. Il y a, en 1989, cet homme, à Berlin, hurlant sa joie, criant sa hargne, on ne saurait dire. A califourchon sur le mur enfin tombé, bras levé, poing tendu, l’expression de libération explosive que l’image capture a fait d’elle un symbole. Le cliché était présent en très bonne place à l’exposition Magnum, Essai sur le monde. Un grand format, un symbole de la chute du mur et de cette fin de siècle, et, partant, une icône photographique. Bien sûr, il y a encore, parmi les plus montrées, celle de ces gamines noires dans une rue de New York : elles sont une petite dizaine, elles sont en jupe, adorables écolières profitant d’un moment de loisirs après les cours - profitant du ralentissement de la circulation en pleine période de vacances ? - elles sautent à la corde en plein milieu du bitume ; l’objectif les surprend dans cet instant de grâce ; c’est l’été et c’est aussi ça, New York. Bien sûr, il y a également ces travaux de reporter et de photographe de guerre. A Beyrouth et ailleurs, et sur lesquels il n’y a rien à redire. Si ce n’est qu’ils mériteraient des expositions distinctes. Si ce n’est qu’ils gagneraient à ne pas avoir été considérés comme de simples détours. Le premier reproche que l’on peut faire à cette exposition est en effet d’avoir présenter le travail de Depardon en autant d’aperçus qui se réduisent finalement à autant d’esquisses hâtées. Des instantanés d’un travail dont on ne retient rien passée cette prétendue exhaustivité. Des détours qui sont autant de flashs dans une carrière mais qui, ainsi scénographiée, détournent précisément et des images, et de leur contexte. 

Mais là n’est pas la question. Raymond Depardon photographe est connu du grand public pour avoir illustré New York durant les vacances, cet été-là justement où a été pris ce cliché des gamines noires, dans Libération. Quarante images de la cité américaine, chaque jour, deux mois offerts dans le grand quotidien français. Une consécration enviée dans la carrière d’un reporter. Raymond Depardon photographe retire enfin et surtout sa notoriété, et c’est là où c’est le plus intéressant car il peut s’agir d’un paradoxe, de son long et obstiné travail de documentariste. C’est notamment l’excellente et passionnante série Délits flagrants, sur les arcanes du système judiciaire français contemporain. Pour revenir à la photographie, il nous faut à présent nous arrêter sur ces images d’enfants handicapés, prises dans un orphelinat roumain. Elles avaient été demandées au photographe par une puissance association humanitaire et devaient illustrer une grande campagne médiatique. L’objectif avoué était d’alerter l’opinion publique sur une institutionnalisation de la maltraitance infantile.

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Les Notes de Raymond Depardon ont été spécialement mises en page pour une exposition virtuelle sur visuelimage.com

Raymond Depardon : Détours
Maison Européene de la Photographie - 5-7, rue de Fourcy - 75004 Paris
Du 15 novembre 2000 au 4 février 2001.

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