expos

 

du 15 juin au 9 septembre 2001 au Pavillon des Arts

Anita Conti
La dame de la mer


Le Pavillon des Arts expose encore pour quelques jours les photographies de Anita Conti : incursion houleuse dans l'univers de l'élégante et tenace arpenteuse des mers.

Une fois embarqué sur le pavillon, il n'y a pas d'autre choix possible que d'en arpenter le pont. Comme autant de soubresauts provoqués par la houle sur la coque, chacune des images de Anita Conti livre sa part d'aventure ou les sens commandent un éveil inquiet et téméraire. "Créature solide à travers le vent", Anita Conti a saisi pendant quarante ans les trajectoires aux humeurs marines des Racleurs des mers. "Patient[s] jusqu'à l'obstination et l'héroïsme contre [eux-mêmes], contre les éléments aveugles et scrupuleux. Tous animés de ce même respect pour la moindre expression d'une vérité que l'on voudrait définir". Augmentée d'extraits de ses carnets, de ses notes et d'un documentaire, cette exposition tente d'ébaucher la carrure faussement fragile d'une aventurière dont les talents photographiques ont laissé des témoignages justes tant ils ont été burinés par les sels d'argent.

C'est de la Bretagne qu'elle apprend l'océan, la mer. Roscoff, Concarneau sont des lieux de résidence qui ancrent dès son enfance ce qui devient en grandissant une véritable passion. Engagée en 1935 par Édouard Danois, directeur de l'Office scientifique et technique des pêches maritimes [OSTPM], elle est rapidement détachée à bord du Président Théodore Tissier pour effectuer plusieurs missions en mer. Commence alors un travail d'observation ou l'appareil photographique est un outil précieux. Elle embarque ensuite sur les bateaux de pêche tels que le Vikings, un Terre-Neuvas, le Volontaire, un chalutier avec lequel elle passe de la Méditerranée aux côtes de l'Afrique de l'Ouest, puis dans le sillage d'autres navires elle découvre l'Afrique occidentale.

De ces voyages, elle ramène des notes qui serviront à l'écriture de plusieurs ouvrages ainsi qu'une partie des images présentées au Pavillon des Arts. Certains des marins qu'elle photographie racontent dans un documentaire l'entêtement inconsidérément réfléchi dont elle faisait souvent preuve, ballottée, tenant à peine sur ses appuis, l'objectif dans le chalut ou pendue dans les agrès. Tenace, elle arrache à la mer les images de resquilleurs attachants, hissant le chalut dans une vague, le halant dans la houle, puis libérant les morues du "cul-du-chalut" avant de les trier sur le pont. Elle conserve le regard de ses premières missions pour l'OSTPM, elle scrute, observe l'épissure sur le pont, la glace dans les cales, et pourtant discrète, petite parmi les grands, elle réussit à saisir quelques temps faibles, ceux où les marins, "bosco" ou mousse se reposent dans les bannettes, se confient aux mains du coiffeur, s'agitent dans le "carré". Elle se cale dans les mouvements de pêcheurs de Dahomey, de Tamara, de Casamance, du port de Conakry... Et s'il était facile de croire que ces images sont plus douces parce qu'elles figurent parfois des pirogues et que les eaux semblent y être plus calmes, il n'en est rien, la force qui s'en dégage est identique aux précédentes. Elle se risque aussi hors des flots battus. Il y a là les dockers du port d'Oran [Algérie, 1941], un portrait d'Étienne "le catholique" [Guinée, 1946], un berger Peul [Sénégal, 1943], quand il ne s'agit pas des routes de Groix [Ile de Groix, années 50] ou d'épaves de bateaux sur la côte atlantique [1918].

La mer est là, elle est dans tout, sans se départir de ces paysages aux humeurs et aux embruns changeants. Terres étrangères sur l'eau, les bateaux et les erres qu'ils emmènent et ramènent vers d'autres bords n'ont jamais cessé de passionner Anita Conti. Passion sans demi-mesure que ces images dévoilent autant qu'il est possible à ceux qui restent à terre.

Claudia Mélin

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Pour en savoir plus
- Le catalogue de l'exposition : La dame de la mer - Anita Conti (1899-1997), photographe, éditions revue Noire en collaboration avec l'association "Cap sur Anita Conti", 192 p., 195 F.
- Anita Conti, L'océan, les bêtes et l'homme ou l'ivresse du risque, éditions Payot & Rivages, 1999, Paris, 369 p., 135 F.
- Anita Conti, Racleurs d'océans, Petite bibliothèque Payot / Voyageurs, éditions Payot & Rivages, 1998, 280 p., 75 F.
- Anita Conti, Géants des mers chaudes, Petite bibliothèque Payot / Voyageurs, éditions Payot & Rivages, 1997, 222 p., 64 F.


La dame de la mer
Anita Conti [1899-1997], photographe
15 juin-9 septembre 2001
Pavillon des Arts
Les Halles - Porte Rambuteau - Terrasse Lautréamont
101, rue Rambuteau - 75001 Paris
m° Châtelet - Les Halles
tljs [11h30 - 18h30] sauf lundi et jours fériés.
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