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La galerie nationale du Jeu de Paume accueille en ce moment une exposition consacrée au peintre Gaston Chaissac (1910-1964). Lévénement est dimportance et
à ne pas rater car il sagit de sa première rétrospective parisienne.
Mais qui est Gaston Chaissac ? Cest à cette question compliquée quessaie de répondre lexposition de la galerie nationale du Jeu de Paume en présentant aux
regards des parisiens les dessins de ses débuts, les peintures de la maturité et les «totems» de la fin de sa vie. Cet autodidacte semble avoir eu en réalité plusieurs
vies. Il a commencé par exercer tout un tas de petits métiers aussi différents que celui de marmiton, de commis chez un quincaillier, ou encore de cordonnier comme
son père, ce qui ne le mena pas à grand chose, si lon en croit son passage par le centre daccueil de Nanterre pour les clochards. Sil devient artiste, cest grâce à
une rencontre fortuite avec le voisin de palier de son frère, lartiste allemand Otto Freundlich. Celui-ci lencourage à dessiner et lui permet dexposer pour la
première fois en 1938.
Chaissac est un primitif, un «rustique» pour reprendre ses termes, en ce sens quil est un autodidacte qui saffirme comme tel. Son dessin nest jamais linéaire,
toujours incertain mais il sagit là non dune maladresse mais dune expérimentation volontaire. Sa vie entière dailleurs est basée sur lexpérimentation et la recherche
dune expression la plus simple et la plus immédiate possible. A la variété des matériaux utilisés, tels que la toile, le carton, le papier kraft, les papiers peints, les vieux
journaux, les racines darbres, les balais usagés, et même les épluchures de légumes, répond la diversité des techniques comme la peinture, le grattage, les
empreintes, les collages, les graffitis, les assemblages. Cette volonté de peindre et dexpérimenter comme un enfant le rapprochera des recherches de Jean Dubuffet
et de la notion dArt Brut. Comme lui, il désire créer en abandonnant toute référence culturelle et retrouver «lidée première ensevelie sous les dogmes».
Mais Gaston Chaissac sen démarque pourtant dans certaines toiles. On reconnaît parfois dans certains de ses tableaux le souvenir des uvres de Miro, Klee ou
Picasso. Cependant, il ne sagit là encore que dessais car le peintre conserve toujours un style qui lui est propre. Quel que soit le matériau utilisé, quelle que soit la
technique employée, on retrouve toujours des aplats de couleurs vives séparées par un cerne noir. Un visage figure presque toujours sur les planches de bois, les
toiles, les feuilles de papier, les bassines en fer ou tout autre objet de rebut quutilise lartiste.
Lécriture est importante également pour lui. Il sen sert pour faire des calligrammes, des tableaux lettres (toiles peintes sur lesquelles il écrit une missive à un de ses
amis), mais aussi pour rédiger des recueils de poèmes comme Hippobosque au bocage
qui vient dêtre réédité chez Gallimard. Si ce dernier évoque une certaine ruralité, cest
que le peintre manie les paradoxes à merveille : vivant en Vendée, il réussit à conserver des relations importantes avec les milieux artistiques et littéraires parisiens. Sa
correspondance abondante témoigne de ses amitiés avec les peintres André Lhote, Albert Gleizes, Jean Dubuffet ou avec les écrivains Raymond Queneau ou Jean
Paulhan.
Cest à cette uvre protéiforme que permet de se confronter cette rétrospective si nécessaire à laquelle les plus jeunes dentre nous sont dailleurs loin dêtre
insensibles. On aurait aimé y retrouver davantage lhumour brillant de lartiste, même sil est présent au détour dune signature telle que «G. Chaissac le fumiste». Il
nen reste pas moins que lon éprouve un réel bonheur à découvrir les multiples visages dun uvre qui réussit à allier spontanéité et recherche picturale.
Eric
de Thévenard
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