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Cette dernière adresse fait référence à une exposition qui eut lieu au musée de Charleroi en Belgique.

 

Exposition au Jeu de Paume jusqu’au 12 novembre

autoportrait

Gaston Chaissac
le peintre
«rustique moderne»


La galerie nationale du Jeu de Paume accueille en ce moment une exposition consacrée au peintre Gaston Chaissac (1910-1964). L’événement est d’importance et à ne pas rater car il s’agit de sa première rétrospective parisienne.

Mais qui est Gaston Chaissac ? C’est à cette question compliquée qu’essaie de répondre l’exposition de la galerie nationale du Jeu de Paume en présentant aux regards des parisiens les dessins de ses débuts, les peintures de la maturité et les «totems» de la fin de sa vie. Cet autodidacte semble avoir eu en réalité plusieurs vies. Il a commencé par exercer tout un tas de petits métiers aussi différents que celui de marmiton, de commis chez un quincaillier, ou encore de cordonnier comme son père, ce qui ne le mena pas à grand chose, si l’on en croit son passage par le centre d’accueil de Nanterre pour les clochards. S’il devient artiste, c’est grâce à une rencontre fortuite avec le voisin de palier de son frère, l’artiste allemand Otto Freundlich. Celui-ci l’encourage à dessiner et lui permet d’exposer pour la première fois en 1938.

Chaissac est un primitif, un «rustique» pour reprendre ses termes, en ce sens qu’il est un autodidacte qui s’affirme comme tel. Son dessin n’est jamais linéaire, toujours incertain mais il s’agit là non d’une maladresse mais d’une expérimentation volontaire. Sa vie entière d’ailleurs est basée sur l’expérimentation et la recherche d’une expression la plus simple et la plus immédiate possible. A la variété des matériaux utilisés, tels que la toile, le carton, le papier kraft, les papiers peints, les vieux journaux, les racines d’arbres, les balais usagés, et même les épluchures de légumes, répond la diversité des techniques comme la peinture, le grattage, les empreintes, les collages, les graffitis, les assemblages. Cette volonté de peindre et d’expérimenter comme un enfant le rapprochera des recherches de Jean Dubuffet et de la notion d’Art Brut. Comme lui, il désire créer en abandonnant toute référence culturelle et retrouver «l’idée première ensevelie sous les dogmes».

Mais Gaston Chaissac s’en démarque pourtant dans certaines toiles. On reconnaît parfois dans certains de ses tableaux le souvenir des œuvres de Miro, Klee ou Picasso. Cependant, il ne s’agit là encore que d’essais car le peintre conserve toujours un style qui lui est propre. Quel que soit le matériau utilisé, quelle que soit la technique employée, on retrouve toujours des aplats de couleurs vives séparées par un cerne noir. Un visage figure presque toujours sur les planches de bois, les toiles, les feuilles de papier, les bassines en fer ou tout autre objet de rebut qu’utilise l’artiste. L’écriture est importante également pour lui. Il s’en sert pour faire des calligrammes, des tableaux lettres (toiles peintes sur lesquelles il écrit une missive à un de ses amis), mais aussi pour rédiger des recueils de poèmes comme Hippobosque au bocage qui vient d’être réédité chez Gallimard. Si ce dernier évoque une certaine ruralité, c’est que le peintre manie les paradoxes à merveille : vivant en Vendée, il réussit à conserver des relations importantes avec les milieux artistiques et littéraires parisiens. Sa correspondance abondante témoigne de ses amitiés avec les peintres André Lhote, Albert Gleizes, Jean Dubuffet ou avec les écrivains Raymond Queneau ou Jean Paulhan. 

C’est à cette œuvre protéiforme que permet de se confronter cette rétrospective si nécessaire à laquelle les plus jeunes d’entre nous sont d’ailleurs loin d’être insensibles. On aurait aimé y retrouver davantage l’humour brillant de l’artiste, même s’il est présent au détour d’une signature telle que «G. Chaissac le fumiste». Il n’en reste pas moins que l’on éprouve un réel bonheur à découvrir les multiples visages d’un œuvre qui réussit à allier spontanéité et recherche picturale.

Eric de Thévenard

Jusqu’au 12 novembre
Du mardi au dimanche de 12H à 19H, nocturne le mardi. Week end ouverture à 10 H. Galerie nationale du Jeu de Paume, 1, place de la Concorde, 75008 Paris.
On peut également admirer les œuvres Gaston Chaissac à la galerie Louis Carré et Cie, 10, avenue de Messine ainsi qu’à la galerie Messine, Thomas le Guillou au 1 de la même avenue.
Lire : ses recueils de poèmes et sa correspondance publiés chez Gallimard. Le catalogue de l’exposition.

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