[ci-dessous, l'article paru sur Flu en septembre 2001]
C'est
une exposition éphémère qui vient saluer la mémoire d'un grand
artiste. Lieu promis à la démolition pour laisser la place
à un immeuble de standing, l'atelier du sculpteur Maurice
Calka ouvre ses portes quelques semaines avant de les refermer
pour toujours faute d'un classement par le Ministère de la
Culture.
L'exposition consacrée au Pop Art du
musée national d'art moderne a rappelé ce nom à la mémoire
de ses concitoyens : Maurice Calka (1921-1999). On pouvait
en effet admirer, dans la partie design de cette présentation
de l'art des années 60, le très beau bureau Boomerang aux
formes courbes et ressemblant à un haricot qui propulsait
le matériau plastique au rang des matières nobles pour la
création du mobilier contemporain. Véritable emblème à lui
seul de l'esthétique et de la recherche de bien être d'alors,
ce bureau apporta à son auteur l'admiration d'un public plus
large que celui du petit monde de l'art. Mais si aujourd'hui
encore l'on associe ce bureau à son auteur, le public a oublié
que ce grand artiste avait crée beaucoup d'autres chefs-œuvres,
bien plus visibles car souvent publics et pas seulement du
design.
C'est
l'histoire que nous enseigne la visite de son atelier. Il
permet en effet de prendre la mesure de ce créateur : en grand
artiste, il se confrontera à différentes disciplines artistiques
comme l'architecture, l'urbanisme ou la sculpture pour explorer
l'art sous toutes ses formes et l'exposer encore et toujours
au regard du plus grand nombre. De formation, Maurice Calka
est un sculpteur, un grand sculpteur puisqu'il obtient le
premier grand prix de Rome en 1950. Chercheur insatiable,
son travail le pousse à utiliser les matériaux les plus divers
comme la pierre, le métal, le bois ou la céramique. Il obtient
des commandes du monde entier comme par exemple celle du parvis
du World Trade Center de New York ou encore celle du Lion
de Judée, sculpture géante commandée par Hailé Sélassié à
Addis -Abeba. L'œuvre est d'ailleurs un des rares monuments
à avoir trouvé grâce auprès des révolutionnaires éthiopiens
et à être resté en place. On peut admirer des reproductions
de ce lion dans l'atelier ainsi que de nombreuses autres créations
notamment en métal qui permettent au visiteur de mesurer la
maîtrise de l'artiste en même temps que l'invention permanente
qui l'habitait.

Devenu
professeur à l'école nationale supérieure des Beaux-Arts de
Paris, Maurice Calka avait un credo : créer pour le plus grand
nombre afin que l'art sorte de son carcan habituel de galeries
et de musées. Partisan d'un art public mais également d'un
art total, Maurice Calka s'est plus d'une fois transformé
en architecte et en urbaniste même pour implanter des œuvres
monumentales au sein de places dont il organisait à la fois
l'esthétique, la cohérence et la circulation des habitants.
Des photos témoignent des différents lieux publics aménagés
par l'artiste de même que des plâtres viennent rappeler les
monuments qui les ornaient. Car c'est aussi la magie de ce
lieu qu'est l'atelier d'un artiste : au travers d'un sympathique
capharnaüm on découvre le foisonnement créateur au travers
de visages en pierre, d'oiseaux en métal ou de chevaux en
plâtre. De l'esquisse préparatoire à l'œuvre polie en passant
par les moulages, c'est tout un cheminement artistique qui
se découvre sous vos yeux.
Aujourd'hui,
cependant c'est une histoire un peu triste que nous conte
son atelier : faute d'un classement rapide par le Ministère
de la Culture, le petit atelier et son jardin laisseront place
un immeuble de standing (promotion immobilière oblige). Situé
à deux pas de la fondation le Corbusier, le lieu a pourtant
une longue tradition créatrice puisqu'il accueille depuis
plus de cent ans des sculpteurs.
A visiter de toute urgence avant destruction.
Eric
de Thévenard
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