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l’Œil de Brassaï 
[Brassaï : Rétrospective, au Centre Georges-Pompidou]


Le Centre Georges Pompidou consacre à Brassaï, un an après le centenaire de sa naissance, une immense rétrospective qui embrasse toute l’œuvre de l’artiste aux multiples facettes, ami des surréalistes, tour à tour dessinateur, sculpteur, écrivain*, photographe.
L’exposition présente, sans respecter d’ordre chronologique - c’est ce qui fait son principal intérêt - six volets, vus comme des chapitres, de l’œuvre de l’artiste connu surtout comme photographe : Amis artistes de ma vie, Graffiti, Dessins et sculptures, Les années Harper's Bazaar, Autour du Minotaure et Nuit de Paris. De ses graffiti noir & blanc aux clichés du Paris des noctambules en passant par ses dessins méconnus, ses sculptures de galets et même son film Tant qu’il y aura des bêtes, on déambule dans cette rétrospective avec la joie de voir rassemblés, harmonieusement, des pans entiers d’une création solidement ancrée dans l’effervescence artistique de l’entre-deux-guerres.

Brassaï, qui a tiré son pseudonyme de sa ville natale hongroise Brassov (actuelle Roumanie), s’est installé à Paris, ville qui l’a toujours fasciné, en 1924 et a commencé comme journaliste pour des revues hongroises et allemandes. Il pratiquait le dessin depuis longtemps quand il débuta la photographie pour illustrer lui-même ses articles de presse. C’est donc dans la photo-reportage qu’il fit ses premières armes.

On pourrait garder de Brassaï ce souci de témoigner sur son époque. Dans ses photos sur Paris la nuit, du titre de son livre fameux de 1932, ou dans ses portraits, on sent le désir de décrire un univers, urbain ou personnel, et d’en conserver l’essence. Brassaï travaillait parfois avec des modèles qu’il mêlait volontiers aux personnages réels, rencontrés aux hasards des rues. Ce marcheur infatigable a sillonné Paris jusque dans ses moindres retranchements. Accompagnés d’amis du cercle surréaliste, comme Paul-Léon Fargue, il passe ses nuits dans les cafés littéraires mais aussi dans les rues, à traverser la ville de long en large pour rencontrer les plus mystérieux des oiseaux de nuit. Prostitués, âmes solitaires, amours secrètes, voyous et gangsters, autant de vies partagées et cachées dans la chambre obscure pour ressortir chargées d’une esthétique du réel propre au photographe. Ses clichés de Paris de nuit, avec ces atmosphères de brumes, de pavé humide et brillant lui confèrent une renommée internationale.

C’est aux Etats-Unis qu’on suggéra pour la première fois à Brassaï de photographier la couleur. L’artiste restait attaché à l’expression du noir & blanc. Il commence à composer des lumières différentes en photographiant des morceaux de murs empreints de traces, d’usures et de signes. Là aussi ce sont des traces de vie prises sur le vif qui témoignent sur l’histoire qui avance, sur le temps qui érode tout. La couleur donne une nouvelle dimension à son travail de composition et des images surréalistes vont surgir des murs. De même dans ses « Graffiti », véritables messages éphémères gravés comme à travers les âges, pour lesquels il garde précieusement la pellicule noir & blanc, viennent s’inscrire encore des images, des traces sensibles de la vie que l’artiste aime questionner sans relâche. Ses rencontres successives avec les grands noms du mouvement surréaliste ont forgé son goût pour le détournement du sens, le jeu avec le réel. Une profonde amitié va d’ailleurs le lier toute sa vie à Picasso dont il photographie les sculptures et avec qui il travaille en étroite collaboration dans un échange sans cesse enrichi **.

A propos de son travail, l’ « œil vivant », comme l’appelait Henry Miller, aimait rappeler avec humour : « Je n’invente rien, j’imagine tout »***.

Chrystel Jubien


« Brassaï : rétrospective » Centre Georges-Pompidou du 19 avril au 26 juin 2000. 
 Tél : 01 44 78 12 33 

Ouvert tous les jours sauf mardi : 11 h - 22 h. de 30 F à 50 F Laissez-passer 2000 : de 120 F à 140 F. 
Plus d'infos sur le site du Centre Georges Pompidou

Notes :

  * Histoire de Marie (1948), Actes Sud, 1995. 
** in Brassaï,  Conversations avec Picasso, Gallimard, 1997.
***in Brassaï, Henry Miller, grandeur nature et Henry Miller, rocher heureux, Gallimard.

Lire également Brassaï, Lettres à mes parents (1920-1940), Gallimard, 2000.

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