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photographies

beaux-livres 2000

- photographies -

Marseille
Jean-Claude Izzo et Daniel Mordzinski
éditions Hoëbeke, 92 pages, 198 FF

Quoi de plus ennuyeux que ces albums de voyage, truffés jusqu'à l'écoeurement de mornes plages tous cocotiers au vent, et dont la vocation semble être de trôner sur la table du séjour à l'attention des visiteurs qui ne savent plus comment meubler la conversation ? Le livre d'Izzo et Mordzinski se situe aux antipodes de cet exotisme de pacotille. En forme de promenade à travers les rues étroites et sinueuses de la cité phocéenne, il nous conduit à la découverte de la véritable singularité de Marseille, enclave orientale aux portes de la Côte d'Azur et point de convergence de toutes les populations méditéranéennes. Tandis qu'Izzo égrène ses souvenirs (le romancier est décédé avant d'avoir pu achever le projet), Daniel Mordzinski capture l'âme du coin des rues, visages de clochards tannés par le soleil, supporters au bar, le regard rivé sur la télévision, bord d'une jupe de femme ou échancrure d'un décolleté… C'est le Marseille populaire qui s'offre à nous, entre les façades majestueuses dans leur délabrement, les docks et les paquebots en partance pour l'Afrique du Nord. Les senteurs du marché, où la Provence rencontre l'Orient dans un mélange d'épices, d'ail et de basilic, convoquent des souvenirs de musiques lointaines. C'est le plus beau testament qu'Izzo pouvait nous léguer, lui qui a passé toute sa vie à Marseille et qui en a fait le cadre de ses intrigues.

J.D.

Journal du voyageur
Julien Green
Editions du Seuil, 347 ff

Un superbe album de photographies dont le 1er tirage date de 1990. "De mes carnets de voyage j'ai tiré ces portraits de villes. Je n'allais pas décrire par le menu tout ce que j'ai vu, ce sont surtout les impressions ou les sentiments d'un jour". Impossible de mieux évoquer ce livre qui permet au lecteur de suivre le grand écrivain dans ses pérégrinations à travers le monde : Venise, New York, Thèbes, Istanbul, Saint-Petersbourg… A chaque halte un cliché : un ciel nouveau, un arbre au milieu d'un désert, un toit, le coude d'une ruelle où l'on croit entendre sonner sous leurs pas une volée d'enfants rieurs, le profil d'un nuage sur un mur puis son reflet furtif, au fond d'une rade. Chacun de ces instantanés représente un pas de plus d'un arpenteur du monde dont la suprême politesse est de lui associer un commentaire en forme d'enchantement. "Quand j'étais enfant, écrit-il, je rêvais à certains pays et à certaines villes dont les noms me grisaient d'une nostalgie délicieuse." Ces pays et ces villes, Green nous invite ici à les traverser avec lui, en couleurs, comme au temps de l'agence Cook et des croisières.

D.H.

David Cronenberg, entretiens avec Serge Grünberg
Cahiers du cinéma, 295 FF

Ce très complet livre d'entretiens revient sur l'ensemble de la carrière du réalisateur canadien. Film par film, Serge Grünberg, rédacteur aux Cahiers du Cinéma, nous emmène dans un voyage à travers les sources et les inspirations de Cronenberg, qui relit avec nous certaines de ses scènes qui ont marqué l'imaginaire du cinéma contemporain.
Serge Grünberg, à propos de sa découverte de Cronenberg : "Je suivais sa carrière et puis il y avait d'autres gens aux Cahiers du Cinéma, en particulier Charles Tesson, qui avaient déjà écrit pas mal de choses sur lui. De toute façon, il a toujours suscité un intérêt aux Cahiers, mais un intérêt qui a toujours été un peu minoritaire. Daney s'y intéressait beaucoup. Je me souviens que le jour de son enterrement, Skorecki a dit qu'il était allé à Amsterdam, par une vague de froid extraordinaire, uniquement pour voir Vidéodrome. Mais il est vrai qu'aux Cahiers, Cronenberg a commencé à être pris au sérieux à partir de Faux Semblants, majoritairement."

N.M.

>>Lire notre entretien avec Serge Grünberg

Détours
Raymond Depardon
Paris Audiovisuel et Maison Européenne de la Photographie, 336 p,195 FF
Paris a besoin d'étiquettes. Problème, on ne sait jamais laquelle donner à Raymond Depardon. Alors "qualifions" le pour une fois de reporter-auteur. Ouvrage édité à l'occasion du mois de la photo 2000 et de son exposition à la Maison Européenne de la Photographie, Détours est un livre patchwork dans lequel l'auteur joue tant avec ses clichés qu'avec ses souvenirs matériels. Les petites accumulations de fonds de poches puis de tiroirs, les bouts de ficelles comme les syllabes jouent sur notre perception de lecteur et de spectateur. Un beau livre d'évasion du champs photographique doté d'une préface de Jacques Rancière.

A. C.

>>Lire notre chronique de l'expo Détours (à la MEP)

Absences
Sophie Calle
Coffret de 3 titres, Actes Sud - 189 F Fantômes, 54 p. Disparitions, 88 p. Souvenirs de Berlin Est, 72 p.
Qu'ont en commun L'Assassin menacé de Magritte, un vase chinois de la dynastie Shang et un buste en bronze de Lénine ? Leur disparition des lieux d'exposition qui les abritaient. Absences temporaires ou définitives, organisées ou accidentelles... ces oeuvres disparues laissent chacune un vide dont Sophie Calle s'empare physiquement afin d'y glisser les souvenirs anonymes de ceux qui les ont côtoyées. Témoignages consignés, reconstitution, photos et dessins à l'appui. Sur les traces des absentes, on parcourt ces trois livres d'artiste comme on est sur un jeu de piste, à la rencontre d'œuvres qui n'ont finalement jamais été si présentes. Un coffret plutôt réussi.

S. C.

La Terre vue du ciel
Yann-Arthus Bertrand.
Editions de la Martinière, 295 FF
Bien sûr, le livres est sorti depuis 99 et l'on sait le succès historique qu'il est devenu. Nous ne nous attarderons donc pas sur le best-seller en lui-même mais plutôt sur un travail, et un photographe, rermarquables. Yann Arthus-Bertrand appartient à cette famille de photographes qui élargit sans cesse la vision politique de l’homme. De même que dans le travail de Salgado sur les flux de populations, la globalisation, la mondialisation prend ici un sens humain très profond. Beaucoup de photographies témoignent de l’interférence de l’homme sur son milieu naturel. Et les résultats visibles pointés par le photographe appellent à la responsabilité collective. Une citoyenneté qui n’est pas celle des nations mais celle du "Global World" : c’est ça aussi, le village planétaire.

C.J.

>>Lire la chronique de l'expo La Terre vue du ciel
>>Lire l'entretien avec Yann-Arthus Bertrand
>>visitez notre galerie de l'exposition

>> sélection beaux-livres : un dossier péparé par Didier Hénique, Eric de Thévenard, Arnaud Contreras, Stéphanie Castello, François-Xavier Couval

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