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Alexa Brunet

Anne Esperet

Frédéric Lebain

Dans les FNAC Etoile / Forum / St-Lazare tout l'été

copyright Julien Guinand

Attention, Talents !


A quoi ça sert, la photographie ? Réponses, cet été, dans les Galeries FNAC parisiennes qui exposent les lauréats de la troisième édition de Attention Talent. Sept artistes y explorent les possibilités du médium : la photographie comme un indice (Alexa Brunet), une énigme (Julien Guinand), un fantasme (Anne Esperet), comme un cri (Isabelle Lebon), une surprise (Frédéric Lebain), comme une méditation (Patrick Taberna) ou une in
itiation (Valérie Sarrouy)… Autant de réponses, autant de pistes, de visions qui témoignent de la variété et de la pertinence de la "jeune" photographie française. Issus de filières artistiques ou autodidactes, les lauréats 2001 ont chacun un propos et un style très personnels, et il est intéressant de voir les sept expositions pour appréhender la richesse de l'ensemble.

Alexa Brunet, lauréate de la région Sud, a centré sa recherche photographique sur les habitants d'une rue, en Arles. Ses portraits, qui combinent textes et images, objets, lieux et personnages, comme les indices d'existences singulières, évoquent, un peu à la manière d'un Eugene Richards, une approche à la fois subtile et intime des sujets photographiés.

La région Rhône-Alpe a distingué le travail de Julien Guinand. Le jeune Lyonnais explore la nature, les objets, les visages, les corps dans leur mystère, l'intrigue qu'ils proposent à notre regard, notamment dans leur énigmatique matérialité. Les images, en noir et blanc, sont belles, souvent baignées d'une lumière dense et mélancolique qui invite à un questionnement intérieur sur la marche du monde.

Les Organismes 2e génération d'Anne Esperet, lauréate de la région Nord-Est, relèvent, eux, tout au moins aujourd'hui, de la fiction. L'artiste, qui travaille sur le corps humain, propose, sur fond bleu sérénité, d'étranges objets-créatures, imaginés-constitués de morceaux de corps humain (organes, peau…) et d'appendices d'animaux (becs, pinces, plumes…). Ces créatures hybrides, qui semblent relever à la fois de la concertation et de l'anarchie, nous renvoient à nos angoisses face à la science et ses manipulations. En photographiant ces corps constitués, Anne Esperet les donne en représentation et en fait des sortes d'icônes-miroirs parfois drôles, parfois franchement morbides : à chacun de voir ce qu'il peut en faire.

Changement de décor, autre précarité : Isabelle Lebon (région Ouest), dans la plus belle veine du reportage, a photographié la misère en Biélorussie, pays proche de l'Ukraine qui a subi les ravages de la catastrophe de Tchernobyl. Pour exprimer cette précarité, Isabelle Lebon "utilise" flous, basculés, plongées et contre-plongées, histoire de dire, peut-être, que pour les orphelins, les malades, les enfants rencontrés sur le bord des routes, tout est fragile. Réalisées en marge d'une mission humanitaire, ces images ont pour vocation de prolonger celle-ci en secouant la torpeur et l'indifférence du monde.

Les voyages de Frédéric Lebain, lauréat Ile-de-France, sont plus heureux. Cet autodidacte de la photographie passe ses vacances avec Holga, appareil tout en plastique qui n'en finit jamais de ménager des surprises : voiles, vignetages, distorsions, flous et autres perturbations. Frédéric Lebain joue à l'imparfait, mais ses images où ni le sujet, ni la composition, ni la palette ne relèvent du hasard, respirent la vie. On peut parler de magie, mais au royaume des photographes, nul n'est prophète s'il n'est d'abord profondément visionnaire.

copyright Frédéric Lebain

L'Italie de Patrick Taberna invite davantage à la méditation. Poésie, douceur, intimité… autant d'instants précieux recueillis et donnés à voir dans de beaux tirages numériques aux tons très doux. On pense à Bernard Plossu quand il photographie Françoise, à Hervé Guibert qui montrait les objets, les paysages en attente, en suspens. C'est tout un monde, tout le monde qui nous est ainsi donné, avec pudeur et générosité par ce photographe, lauréat parisien, qui avait déjà été récompensé par une "mention spéciale" lors de l'édition de Talent Photo 2000.

Valérie Sarrouy, autre lauréate parisienne, nous invite dans un intime d'accès apparemment plus complexe : le projet est celui d'une sorte de "photographie automatique" qui permet le surgissement d'images qui, associées, dévoilent les intentions de l'inconscient. L'exposition propose donc des groupes d'images, des "blocs de mémoire" qui nous amènent, à leur fréquentation, à retrouver une émotion enfouie. Ainsi le sens vient-il à nous par bribes, par intuitions qui nous renvoient à l'interaction essentielle entre l'homme et le monde.

Autant d'explorations du réel, autant de langages. Décidément, la jeune photographie française a bien du talent.

Fabienne Siegwart
(illustrations : copyright Julien Guinand / Frédéric Lebain)

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A la FNAC Saint-Lazare (jusqu'au 15.09) : Alexa Brunet, Anne Esperet et Isabelle Lebon
A la FNAC Forum (jusqu'au 15.09) : Julien Guinand et Frédéric Lebain
A la FNAC Etoile (jusqu'au 8.09) : Patrick Taberna et Valérie Sarrouy
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