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Sculpture de Chupicaro, Mexique, VIIe-IIe siècle av. J.-C., terre cuite, © musée du quai Branly.

Les Arts premiers en France
visite guidée de trois expositions sur fond de débat artistico-éthnograhique
Musée du Louvre
Salles des Arts premiers

Pavillon des Sessions


Ouverture de la salle des Arts premiers : 
le Louvre au cœur de la tourmente.

 Les choses ont bien mal commencées au pavillon des Sessions où s’est ouverte la semaine dernière l’imposante exposition d’une partie de la collection destinée au futur musée des Arts Premiers du quai Branly. A croire que les multiples pièces rituelles qui y sont exposées n’ont rien perdu de leur puissance magique ! A peine inaugurés, les murs sables du splendide bâtiment  réordonné par l’architecte J-M Willmotte  résonnent d’une nouvelle controverse ; trois des pièces de l’exposition, des sculptures Nok, proviennent de pillages au Nigéria. Cet incident,  dans la difficile mise en place d’une politique culturelle cohérente pour  les « arts premiers » en France, cristallise en quelque sorte l’essence même du débat qui secoue le monde des arts et de la culture depuis près d’un siècle déjà.

 Lorsque le poète Apollinaire, en 1909, prêche pour l’ouverture au Louvre d’une section d’art primitif, il exprime au fond le sentiment de toute une génération d’artistes qui, par le truchement de la colonisation, s’est trouvée confrontée à ces objets venus d’ailleurs. De Picasso à Matisse en passant par les surréalistes, tous sont fascinés par cet art sans artiste, sauvage et envoûtant ; ils se poseront bientôt en défenseur d’une universalité de l’art jusque là confiné aux seules productions occidentales.

Parallèlement, le formidable essor des sciences de l’homme au cours des cinquante dernières années et l’émancipation progressive des peuples colonisés modifient considérablement les termes du débat. A la fascination esthétique, viennent s’ajouter les connaissances anthropologiques ; les objets prennent un sens, une fonction, et l’on commence à poser l’épineuse question de la contextualisation des pièces.

Entre ces deux démarches, ces deux regards, le dialogue est difficile, voire impossible. Les spéculations financières, pour le moins disproportionnées, et les phénomènes de contrebande  dont font l’objet les œuvres d’art indigènes ont achevé de braquer les esprits.

C’est dans ce difficile contexte que voit le jour l’exposition au Louvre de 120 pièces d’art issues des cultures d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques. Sélectionnées sur des critères esthétiques par le collectionneur professionnel Jacques Kerchache, les différentes œuvres sont présentées isolément, avec sobriété, dans un immense espace arrangé pour que le visiteur puisse déambuler autour des objets, saisir leur forme, leur couleur sous tous les angles  et familiariser son esprit avec leur esthétique déconcertante. La pureté géométrique de la statuaire océanienne, le réalisme envoûtant des masques amérindiens ou la complexité baroque des fétiches africains sont passés au crible du regard de l’esthète. L’objectif est clair : il faut réussir à faire comprendre au public du Louvre que ces objets ont, aux yeux de l’histoire de l’art, la même valeur esthétique que la Vénus de Milo ou qu’un tableau de la Renaissance italienne. Peu d’explication en somme avant cette dernière salle, qui, dans un sursaut coupable, vient offrir à notre imaginaire en déroute quelques pistes de réflexion sur les magnifiques pièces exposées. On ressort ébloui d’abord, car le coup d’essai est à n’en pas douter un coup de maître, mais aussi et surtout envoûté, parce qu’au-delà des choix esthétiques de Kerchache, de son credo contre l’ethnologie et pour l’universalité de l’art, ce sont les objets qui prennent le dessus, qui éclatent le verre trop poli qui les protègent et viennent irradier de toute leur puissance occulte l’espace du pavillon des Sessions. 

Juliette Barbara


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Salles des « arts premiers »

Pavillon des Sessions, Musée du Louvre.
9h-18h ts les jours sf mardi. Nocturne le mercredi jusqu’à 21h45.
Tel : 01 40 20 51 51
Métro Palais Royal/ Louvre.
Plus d'infos sur le site du Musée du Louvre

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