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Habituellement, le souci majeur d'une exposition est de souligner la particularité d'un artiste. Regrouper, valoriser, éclairer ce qui ordinairement reste
confiné dans l'ombre, rendre accessible et déchiffrable l'uvre d'un esprit créatif. On peut donc saluer l'exposition "L'art dans le monde 2000" qui a réussi, pour la seconde fois, à relever le pari d'intégrer toutes les saveurs du monde dans un seul et unique endroit.
Les critiques de 36 revues d'art contemporain ont en effet sélectionné une centaine d'artistes de par le monde. Méconnue ou en
quête de reconnaissance, cette jeune génération se jette dans l'arène artistique avec des productions inédites. De l'Inde au Zimbabwe, en passant par l'Amérique latine ou l'Europe, "l'intérêt de l'exposition, c'est d'avoir une couverture planétaire", confie Pierre Restany, grand critique d'art français. Les initiateurs de cette manifestation se sont ingéniés à disposer dans un lieu atypique - la culée du Pont Alexandre III - des créations qui, à bien des égards, ne relèvent plus seulement de l'esthétisme mais également "d'une pensée indissociable du contexte politique, économique, social et culturel" des pays représentés, précise Fabrice Bousteau, le commissaire général. Comment ne pas être surpris par la théâtralisation du lieu : par exemple les sculptures du
Polonais Ambroziak, l'assemblage de journaux de l'Égyptienne Sabah Moustafa Naim ou le "Cocoon" du
Thaïlandais Toemsombat défilent sous des projecteurs dans un dédale aux mille recoins.
Il est quasiment impossible de s'essayer à résumer le volume, la spécificité et l'impact de cette production
; sculpture, peinture, architecture, montage vidéo, toutes les disciplines se mélangent sur fond de multiculturalisme. Tout de même, une grande tendance se dégage de l'ensemble : le caractère hybride et polymorphe des objets exposés.
En vérité, Pierre Restany constate que "le débat entre l'universel et le relatif est dépassé". S'ouvre alors, aussi bien pour
l'il averti que pour le novice, une dimension parallèle où l'uvre, autrefois fétichisée, vit désormais par elle-même. Le fait est que l'originalité de ce rassemblement interculturel réside dans la perte des repères identitaires. Les frontières géographiques sont abolies, des passerelles se dessinent entre disciplines au fil des rencontres et des collaborations. Résultat : c'est l'idée même de représentation qui vacille. A chaque pas,
l'uvre donne au visiteur l'occasion de se repositionner, le cheminement classique vers
l'uvre d'art étant court-circuité, aussi bien à cause de la diversité des processus créatifs que par le "basculement de l'art dans le camp de l'anthropologie sociale" (P.Restany). Le regroupement de ces artistes venus de tous horizons n'est ni plus ni moins qu'un défi identitaire.
L'interaction des outils de production est si dense qu'en réalité, c'est la culture même qu'il faut repenser. Fragmentation, mélange, collage, bric-à-brac, ce n'est pas vraiment la
déstructuration que les artistes recherchent ; ils s'attarderaient plutôt sur la poursuite d'une unité personnelle dans l'éclatement des valeurs communément admises. Souci de l'authenticité donc et volonté de s'inscrire dans leur temps, ces artistes veulent une présence : présence du regard qu'ils suscitent, présence du regard qu'ils
offrent.
Voilà donc, en définitive, les contours d'une manifestation culturelle salutaire en raison des transgressions, des matériaux, des espaces et des perspectives qu'elle propose, mais aussi à cause de l'énergie qu'elle semble générer autour d'elle. Espérons que cette exposition convaincra le public français que l'art "non-européen" n'est pas qu'un ramassis de poncifs imitant les tendances des anciens pays coloniaux.
Anthony Dufraisse
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