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La bio établie par le CNP présente un certain nombre d'expositions et de publications du travail dAraki. La sélection faite donne l'image d'une petite chenille
photographe qui, après avoir mangé son pain noir d'artiste maudit, et exposé dans des lieux improvisés par quelques obscurs fanatiques de l'avant garde nippone,
aurait éclos de sa chrysalide tel un papillon scintillant au firmament des grands artistes (CNP, Fondation Cartier, et autres grands musées européens). Sur Arakiss en
revanche, le photographe apparaît avant tout comme une figure des milieux underground SM, et les dates phare de sa bio sont 1979 lorsquil il publie dans la revue
américaine S&M Sniper et 1981, date à laquelle ses photographies des prostituées de New York et Mexico
paraissent dans Playboy.
Au-delà de l'effet de mode cependant, luvre photographique d'Araki possède indéniablement une valeur artistique intrinsèque qui tient à la fois à son esthétique
douloureuse et sophistiquée et à la tension qui s'en dégage. Quand il ne photographie pas amoureusement sa femme (morte en 1990 à lage de 42 ans), Araki
s'affirme comme un grand maître du simulacre et de l'artifice. Il met en scène avec ironie des séries de situations dans lesquelles photos de femmes nues, attachées,
mimant la mort ou évoquant d'une manière ou d'une autre la sexualité, côtoient des images de la vie tokyoïte, dans lesquelles de temps à autre Araki lui-même fait
intrusion. A la fois voyeur et sujet de son propre travail, Araki se place ainsi, d'une certaine manière, dans le registre de la performance artistique.
Le sexe et la mort sont omniprésents et indissolublement liés dans son uvre. Entre Thanatos et Eros, le dialogue que le photographe établit entre ses Vanités, ou
autres mises en scènes de mort, et les scènes quotidiennes de Tokyo, dont émane une intense pulsion de vie, se rapporte en définitive à la condition humaine, et au
temps. Dans linterview qui est diffusée dans le cadre de l'exposition, Araki sexplique : "Mes photos c'est mon journal, un point c'est tout. Et toute photo n'est rien d'autre
que la représentation d'un jour unique. Et ce jour unique contient à la fois le passé et la projection de l'avenir." Il ajoute : " Mon propre souvenir est capturé au
moment même ou je prends la photo. C'est finalement l'appareil photo qui me sert de mémoire".
Comme dans l'uvre-journal de Nan Goldin (qui a travaillé avec Araki pour la réalisation du livre Tokyo Love), l'exposition est au moins aussi importante que
l'enregistrement photographique. Le temps est capturé en continu par l'objectif boulimique d'Araki, mais la mémoire ne devient sélective qua posteriori, dans le
choix des photos, qui ne sera pas nécessairement le même selon le lieu et l'instant choisis pour l'exposition.
Isabelle
Régnier
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Nobuyoshi Araki/
Voyage Sentimental
Mois de la photo à Paris, Novembre 2000
Jusquau 22 novembre au Centre National de la Photographie
11, rue Berrier, 75008 Paris
hôtel Salomon de Rotschild
01 53 76 12 32
horaires expositions : tous les jours, sauf le mardi, de 12h à 19h, fermé le 1er mai et le 25 décembre
prix dentrée : 30 FF, tarif réduit 15 FF
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