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Da adversidade vivemos est une exposition qui regroupe
les œuvres d'une quinzaine d'artistes latino-américains. Les
salles dévolues aux expositions temporaires forment un parcours
en boucle qui permet de traverser le temps depuis les années
70. Le parti pris par Carlos Basualdo, le commissaire,
de choisir des œuvres provenant de différents pays et de différentes
époques donne une vision d'ensemble assez hétéroclite. Pourtant
pour un grand nombre d'œuvres, le spectateur est sollicité,
d'une façon active et humoristique.
Le
ton est donné par Cuentos Patrios, une vidéoprojection
de l'artiste mexicain Francis Alys. Un berger et un unique
mouton tourne autour d'une sorte d'obélisque, sorte de gnomon,
qui trouve écho dans le son d'un glas. Au fil des heures symboliques,
un mouton de Panurge court rejoindre son congénère dans sa ronde
absurde. L'apothéose survient quand les moutons forment une
boucle ininterrompue.
Minerva
Cuevas, mexicaine aussi, présente une œuvre basée sur le
net. Le principe du détournement se retrouve à chaque étape
de son travail. Parodiant le monde économique elle a créé une
net entreprise Mejor Vida Corp., qui pourrait
se traduire par "société d'une vie meilleure" et sous titrée
Por una interfase humana. En se connectant sur
le site irational.Org/mvc
le client peut obtenir les différents produits proposés. L'installation
au musée d'art moderne de la ville de Paris est le bureau de
la société avec les échantillons des différents produits. Son
engagement écologique se manifeste dans les sachets de pilules
magiques à "semer dans la terre environ 4 ou 5 graines,
2 en profondeur et 3 dispersées. Garder en permanence humide.
Soyez patient. Bonne chance" et son engagement politique se
concrétise sous la forme d'affiches et d'autocollants parodiant
l'image de l'eau d'Evian où la marque est remplacée par "égalité"
et le slogan par "Une Condition Naturelle".
La
brésilienne Clido Meireles avec Red Shift
nous fait pénétrer dans un monde totalement rouge, lampes, mobilier,
livres, fleurs, fruits, poissons dans leur aquarium, qui débouche
sur une pièce noire où luit faiblement sur le sol une longue
flaque rouge de peinture dont l'origine se confond avec le liquide
rouge débordant d'un lavabo. Une installation réussie, magique
et ludique, qui rappelle dans la maîtrise de l'espace et de
la couleur les œuvres de Yayoi Kusama exposées dernièrement
à la maison du Japon, avec une touche de surprise inquiétante
issue de la dégoulinure rouge-sang suintant de l'obscurité.
L'œuvre
des artistes colombiens du collectif Coletivo Cambalache
est un véritable plaisir enfantin teinté d'attendrissement.
Le musée de la rue est un marché de troc. Le flâneur peut échanger
un objet personnel contre un de ceux présent sur les étals,
photos d'amateur, bijoux de pacotille, livres d'occasions, peluches,
porte-clefs, objets d'artisanat indien… Deux conditions à respecter
avant de procéder au troc, certains objets ne sont pas échangeables
comme l'affirme les artistes du collectif, et les objets échangés
doivent être de valeur équivalente, les agents de surveillance
du musée sont aussi chargés de veiller sur cette close du contrat
!
Dans
la dernière partie de l'exposition les œuvres sont plus anciennes.
Analogia I de l'argentin Victor Grippo ou Eden
du Brésilien Hélio Oiticia, jouent le rôle des ancêtres, qui
n'ont rien perdu de leur pertinence et qui perpétuent toujours
leur action ludique et expérimentale à travers des matériaux
rudimentaires. Machines insolites destinées à mesurer l'électricité
produite par des pommes de terre ou invitation à se déchausser
pour marcher sur la plage et découvrir les trésors des matériaux
de récupérations, le plaisir continue toujours.
Le
titre de l'exposition, "De l'adversité, nous vivons", est une
citation du programme d'Hélio Oiticia extraite du Esquema
General de la Nueva Objetividad (Schéma de la nouvelle
objectivité), texte programme de l'exposition présentée en 1967
au musée d'Art moderne de Rio de Janeiro. Le choix de ce titre
correspond au message délivré par les œuvres sélectionnées,
par delà les différences d'origines ou de temps.
Véronique
Bouchut
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