expos

 

du 1.06 au 30.09 2001 au Musée d'Art Moderne

De l'adversité,
nous vivons

Da adversidade vivemos


Da adversidade vivemos est une exposition qui regroupe les œuvres d'une quinzaine d'artistes latino-américains. Les salles dévolues aux expositions temporaires forment un parcours en boucle qui permet de traverser le temps depuis les années 70. Le parti pris par Carlos Basualdo, le commissaire, de choisir des œuvres provenant de différents pays et de différentes époques donne une vision d'ensemble assez hétéroclite. Pourtant pour un grand nombre d'œuvres, le spectateur est sollicité, d'une façon active et humoristique.

Le ton est donné par Cuentos Patrios, une vidéoprojection de l'artiste mexicain Francis Alys. Un berger et un unique mouton tourne autour d'une sorte d'obélisque, sorte de gnomon, qui trouve écho dans le son d'un glas. Au fil des heures symboliques, un mouton de Panurge court rejoindre son congénère dans sa ronde absurde. L'apothéose survient quand les moutons forment une boucle ininterrompue.

Minerva Cuevas, mexicaine aussi, présente une œuvre basée sur le net. Le principe du détournement se retrouve à chaque étape de son travail. Parodiant le monde économique elle a créé une net entreprise Mejor Vida Corp., qui pourrait se traduire par "société d'une vie meilleure" et sous titrée Por una interfase humana. En se connectant sur le site irational.Org/mvc le client peut obtenir les différents produits proposés. L'installation au musée d'art moderne de la ville de Paris est le bureau de la société avec les échantillons des différents produits. Son engagement écologique se manifeste dans les sachets de pilules magiques à "semer dans la terre environ 4 ou 5 graines, 2 en profondeur et 3 dispersées. Garder en permanence humide. Soyez patient. Bonne chance" et son engagement politique se concrétise sous la forme d'affiches et d'autocollants parodiant l'image de l'eau d'Evian où la marque est remplacée par "égalité" et le slogan par "Une Condition Naturelle".

La brésilienne Clido Meireles avec Red Shift nous fait pénétrer dans un monde totalement rouge, lampes, mobilier, livres, fleurs, fruits, poissons dans leur aquarium, qui débouche sur une pièce noire où luit faiblement sur le sol une longue flaque rouge de peinture dont l'origine se confond avec le liquide rouge débordant d'un lavabo. Une installation réussie, magique et ludique, qui rappelle dans la maîtrise de l'espace et de la couleur les œuvres de Yayoi Kusama exposées dernièrement à la maison du Japon, avec une touche de surprise inquiétante issue de la dégoulinure rouge-sang suintant de l'obscurité.

L'œuvre des artistes colombiens du collectif Coletivo Cambalache est un véritable plaisir enfantin teinté d'attendrissement. Le musée de la rue est un marché de troc. Le flâneur peut échanger un objet personnel contre un de ceux présent sur les étals, photos d'amateur, bijoux de pacotille, livres d'occasions, peluches, porte-clefs, objets d'artisanat indien… Deux conditions à respecter avant de procéder au troc, certains objets ne sont pas échangeables comme l'affirme les artistes du collectif, et les objets échangés doivent être de valeur équivalente, les agents de surveillance du musée sont aussi chargés de veiller sur cette close du contrat !

Dans la dernière partie de l'exposition les œuvres sont plus anciennes. Analogia I de l'argentin Victor Grippo ou Eden du Brésilien Hélio Oiticia, jouent le rôle des ancêtres, qui n'ont rien perdu de leur pertinence et qui perpétuent toujours leur action ludique et expérimentale à travers des matériaux rudimentaires. Machines insolites destinées à mesurer l'électricité produite par des pommes de terre ou invitation à se déchausser pour marcher sur la plage et découvrir les trésors des matériaux de récupérations, le plaisir continue toujours.

Le titre de l'exposition, "De l'adversité, nous vivons", est une citation du programme d'Hélio Oiticia extraite du Esquema General de la Nueva Objetividad (Schéma de la nouvelle objectivité), texte programme de l'exposition présentée en 1967 au musée d'Art moderne de Rio de Janeiro. Le choix de ce titre correspond au message délivré par les œuvres sélectionnées, par delà les différences d'origines ou de temps.

Véronique Bouchut

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Da adversidade vivemos / De l'adversité, nous vivons
Exposition du 1er Juin au 30 Septembre 2001 au Musée d'Art Moderne de la ville de Paris, 11 avenue du président Wilson, 75116

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