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Fluctuat : Pouvez-vous vous présenter
en quelques mots ?
Sophy
Rotbard : Je suis directrice artistique d'Art'Senik,
espace d'expérimentation d'art contemporain (association loi
1901), que j'ai créé en 1990 avec un collectif de plasticiens.
Je suis une ashkénaze émigrée "en péi kréol" depuis 1984.
Flu
: Vous nous avez envoyé depuis La Réunion cette image de Paris
qui a remporté les suffrages du jury. Comment définiriez-vous
ce regard sur la ville "métropole" ?
S.R.
: "respirer"
est une photo réalisée lors d'une performance de deux plasticiennes,
Myriam Mihindou et Samta Ben Hayia. J'ai détourné volontairement
leur propos pour le concours sur Paris car il me semble que
la ville, comme ses habitants, a besoin d'une grande bouffée
d'oxygène....
Flu
: Connaissez-vous Paris ?
S.R. : Oui, je connais très bien Paris puisque j'y suis née.
J'ai quitté cette ville en 1984 pour l'Océan Indien.
Flu : Où s'inscrit la photographie dans votre travail de
plasticienne ?
S.R. : La photographie est primordiale pour moi comme pour Art'Senik,
c'est son patrimoine, nous travaillons beaucoup in situ, la
photographie devient "oeuvre-mémoire".
Quelquefois il y a "des hasards heureux!". J'ai exposé en Novembre
2000 à l'Artothèque de Saint-Denis Réunion, les pièces ont été
acquises (la
plage). Deux photos ont été également publiées dans " Revue
Noire " spécial Océan Indien sur la page consacrée à Art'Senik.
C'est aussi par exemple le témoignage d'un travail réalisé en
1998 dans le cadre du "150ème anniversaire de l'abolition de
l'esclavage", il ne reste que les photos, le travail plastique
ayant été vandalisé.
Flu : Quels sont vos projets actuels ?
S.R.
: Je travaille actuellement avec la plasticienne Hélène Coré
dans le "jardin
des épouvantails". Nous restructurons cet espace entre savane
et Océan Indien, en réalisant des sculptures monumentales, des
"sulptures-robes" en gonis, zampone (paille coco) papier
ciment etc...
Flu
: Vous sentez vous plus proche dans votre démarche artistique
des artistes du continent africain, si géographiquement près
de vous, ou du continent européen ?
S.R. : Je ne me sens proche de personne en particulier, j'aime
beaucoup le travail d'Annette Messager ou de Louise Bourgeois,
j'ai aussi particulièrement aimé la démarche de Clara Halter
qui était très proche de mon installation dans le tunnel, comme
j'aime la démarche de Pascale Marthine Tayou, artiste camerounaise,
ou celui de Wilhiam
Zitte (Réunionnais). Je pense que les artistes peuvent travailler
ensemble à partir du moment où ils ont une démarche commune,
peu importe d'où ils viennent, je refuse ce côté complètement
superficiel NORD/SUD...
Flu : Pouvez-vous nous parler Art'Senik ? Quels sont le fonctionnement
et la philosophie de ce collectif d'artistes ?
S.R. : Art'Senik est une association loi 1901, créé en 1990
et situé à Saint-Leu entre savane et Océan Indien. L'espace
est un "park kabri" restauré par nos soins, trop petit hélas
et sans électricité (nous avons un groupe électrogène). Mais
c'est un lieu intéressant dans la mesure où l'artiste peut l'investir
totalement du
sol au plafond...
Nous sommes aidés par les collectivités locales dans leur ensemble
mais assez peu car l'art contemporain à la Réunion c'est pas
franchement une priorité. Nous aidons les artistes en leur offrant
l'espace pour la réalisation de leur 1ère exposition. D'autre
part, nous œuvrons dans le milieu socioculturel en employant
de jeunes Rmistes en insertion art plastique. Notre public est
très diversifié, ainsi nous pouvons prétendre diffuser l'art
contemporain aussi bien auprès des scolaires, que des agriculteurs,
des gens du quartier, des touristes et bien sûr du milieu artistique.
Nous essayons, à chaque vernissage, d'inviter des musiciens,
des comédiens ou des poètes.
A l'heure actuelle, Art'Senik est la seule structure alternative
de diffusion d'art contemporain, les autres étant en stand-by
fautes d'aides administratives ou autres (JAP).
Flu
: Qu'est-ce que pour vous un artiste engagé ? Le sont-ils à
La Réunion ?
S.R.
: Un artiste engagé est celui qui croit en ses convictions,
qui ne cherche pas à plaire à tout le monde, et qui prend des
risques pour dénoncer (par exemple en 1999, le
chanteur rasta Kaya a été assassiné par la police mauricienne
en prison, nous n'avons pas hésité à nous positionner.
D'autres artistes semblent rester prudents. Ont-ils peur de
ne plus pouvoir passer leurs vacances dans "cette république
bananière " ?
Il y a des artistes engagés à la Réunion à travers un travail
de recherche identitaire, par exemple l'"arkreologie", que ce
soit à travers la musique, l'écriture ou les arts plastiques
(Danyel Waro, Wilhiam Zitte...).
Flu : Comment se situent les artistes réunionnais par rapport
aux autres habitants de l'île ? Existe-t-il différentes communautés
artistiques, quels rapports entretiennent-elles ?
S.R. : Il existe des courants artistiques comme partout je pense
avec des artistes reconnus par les collectivités comme le FRAC,
des courant alternatifs comme JAP (Jeumont Arts Plastiques)
ou Art'Senik, sans oublier les associations de peintres "aux
cadres dorés"...
Flu : Internet a-t-il changé la vie des artistes de l'île,
notamment dans leurs rapports avec l'extérieur ?
S.R. : Internet est encore nouveau ici, il y a très peu de site
en réalité et je crois que le notre est vraiment le seul aussi
complet. Pour les artistes en dehors d'Art'Senik, je ne sais
pas s'ils ont vraiment compris l'enjeu, mais en tout cas pour
nous c'est très important et on y croit beaucoup, c'est une
ouverture sur le monde et le seul moyen d'essayer de se faire
connaître...et puis c'est aussi plein d'infos, on est si loin....
Propos
recueillis par Chrystel Jubien
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