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| The Irish Rover |
| Avec
une paire d'yeux bruns |
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Passée
ce premier concert, j'ai eu l'occasion de revoir
Mac Gowan, avec ou sans ses Pogues, une demie-douzaine
de fois avec le même plaisir, même si ses dernières
prestations parisiennes ont montré qu'il ne
pouvait plus chanter, ou que nous ne pouvions
plus l'entendre ce qui revient au même. Malgré
de fréquentes rémissions, des cures et des sevrages
multiples, il semble que les excès en tous genres
aient eu la peau du chanteur, mais pas celle
du compositeur. Le live qui sort ici (et qui
est à rapprocher d'un concert fabuleux des Pogues
ressorti l'année dernière) a été enregistré
en 2001 pour la Saint Patrick et devait disposer
d'une sacrée position d'enregistrement car la
voix de Mac Gowan, si elle apparaît un peu moins
puissante que par le passé, est poussée très
en avant par le preneur de son et sonne formidablement
bien.
Le concert, enregistré en mars et mai (pour cause de fièvre aphteuse, la fête
de la Saint Patrick avait été déplacée de quelques semaines, expose le livret),
est un témoignage particulièrement intéressant de ce qui se passe pendant un concert
de Mac Gowan. Le public frissonne à de nombreuses reprises. Il s'excite, gronde,
pleure, insulte le chanteur qui le lui rend bien , peste, jubile, chantonne, danse
la gigue, se tape sur la gueule et puis sourit. Les prestations de Mac Gowan sont
construites comme des romans autour de la juxtaposition de chansons qui éveillent
des états d'esprits très différents : exaltations héroïques, abattement, rage
de vaincre ou auto-dépréciation. S'il est préférable de comprendre l'anglais pour
goûter pleinement la saveur des récits, avec une bonne oreille, on peut sentir
dans le grain de voix du chanteur et le grincement des instruments, ce qu'il faut
éprouver au moment où il faut l'éprouver. La set list des deux concerts est sans
surprise et fait une large place aux titres des albums récents (le cycle des Paddys,
Mother Mo Chroi, Aisling, More Pricks than Kicks). On retrouve les grandes
chansons du répertoire de Mac Gowan soutenues par un groupe moins rock et plus
folklorique que les Pogues mais assez performant pour mettre les bombes If
I should Fall. et The Irish Rover sur orbite. Body of An American
et The Broad Majestic American font leur petit effet tandis que la reprise
de l'Angel of Death d'Hank Williams, vraie curiosité de ce CD, fait froid
dans le dos avec ses paroles d'Outre-Tombe et son invitation au voyage.
Parmi cette collection de standards, on aura toujours un petit faible pour A
Pair of Brown Eyes, l'une des plus belles chansons d'amour de l'irlandais,
dont l'ignorance devrait valoir une peine incompressible de prison et qui peut
expliquer pourquoi en toutes circonstances, les yeux bruns l'emporteront TOUJOURS
sur les yeux clairs. La version de Across the Broad Atlantic est particulièrement
touchante avec un Mac Gowan à bout de voix et qui pleure toutes les larmes de
son cour. Les fins de vers sont sometimes crawlin', sometimes rockin. Et le vent
sourit gentiment. Avec une paire d'yeux bruns. Une paire de z'yeux bruns.
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