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| Les annales du Disque Monde (26
tomes) |
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Impossible
de résumer en si peu de mots l’œuvre
phare de la littérature britannique contemporaine,
maîtresse de l’heroïc fantasy
et peut-être la plus jubilatoire de toute
l’histoire romanesque. Le cycle du Disque
Monde se situe entre le Seigneur des
Anneaux (trois têtes devant), la
saga Dune (l’humour en plus),
les Rougon Macquart (pour le réalisme
et la critique sociale) et l’Odyssée
(pour la puissance narrative). Drôles
de références qui feraient croire
facilement à un enthousiasme exagéré
et à une volonté, fréquente
chez le critique, d’en faire des tonnes
pour convaincre de sa bonne trouvaille. Mais
voilà, on a pris la saga en marche, presque
par hasard, alors que plus de douze tomes avaient
déjà été traduits
en français et presque deux fois autant
publiés en Angleterre. Les fans du Disque
Monde étaient déjà
légions. Ils tenaient des conférences,
animaient des cercles de réunions, des
rings Internet aussi fournis que ceux de Tolkien,
et animaient une petite communauté aussi
discrète que vivace. Le Disque Monde
est une secte, intelligente, fantasque, foldingue,
unique en son genre et Terry Pratchett est son
prophète. Cet écrivain d’une
cinquantaine d’années, barbu, coiffé
en permanence d’un chapeau de cow-boy,
et qui se targue de «ne pas avoir
besoin de vivre vraiment, car il a déjà
le sentiment de mener au moins trois vies»,
est sûrement en train d’accoucher
de l’œuvre la plus passionnante et
la plus ambitieuse de ce début de siècle
et je ne pense pas avoir vu son nom figurer
dans aucune des revues littéraires de
notre pays depuis que je suis en âge de
lire. Tout ce qu’on peut souhaiter, dès
lors, c’est de rattraper le temps perdu,
le plus vite possible et de ne pas lésiner
sur les superlatifs. La seule mise en garde
qu’on fera, c’est de se méfier
du double effet Disque Monde, avec
ses dangers pour notre équilibre et notre
vie personnelle :
quiconque entamera le cycle retournera immédiatement
à l’âge bête. La lecture
du Cycle s’accompagne des principaux symptômes
liés à une régression d’une
ou deux décennies : besoin d’évasion,
monomanie, développement d’un langage
et d’une symbolique parallèle,
déréalisation, obsessions diurnes,…
quiconque entamera le cycle n’aura de
cesse qu’il n’aura lu l’ensemble
des livres parus à ce jour, soit 26 tomes
jusqu’au récent Thief of Time.
Les quatre premiers mois qui suivent la lecture
des deux premiers volets (The Colour of
Magic et The Light Fantastic)
ne pourront vraisemblablement qu’être
consacrés à la lecture du Cycle.
Tous les autres romans vous tomberont des mains.
Ce n’est pas la peine d’essayer
de lire autre chose. Enfin, si, juste pour mesurer
votre degré d’intoxication. Aller
au cinéma vous pèsera. Il vous
faudra peut-être même renoncer à
sortir avec des amis, mentir à des proches
pour vous isoler et rejoindre le Disque.
C’est un risque à courir mais qui
vaut forcément la peine. Si vous prenez
des drogues, difficile de dire si vous augmenterez
la fréquence de vos recours ou la diminuerez.
L’immersion dans le Disque Monde
équivaut, d’après les scientifiques,
à l’absorption d’une dizaine
de pilules d’ecstasy.
The Pratchett
Project [suite]
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