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Par Troudair
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  • Introduction

  • Qui a réalisé la trilogie Flesh / Trash / Heat ?

  • Notion de performance dans le cinéma de Warhol

  • La Factory

  • Galerie de superstars


  • Sur Paul Morrissey

  • La trilogie

    - Flesh
    - Trash
    - Heat


  • La Trilogie - Heat

    New York UndergroundSi le rapport narratif entre Flesh et Trash semble assez évident, il n’en va pas de même pour Trash et Heat pour la bonne et simple raison que Morrissey, on l’a vu, n’envisage aucun avenir pour le personnage toxicomane de Joe.

    Ainsi c’est le personnage de Joey Davis qui fait son apparition (Joe Dallesandro toujours), ancienne star-enfant d’un sitcom à succès fraîchement débarqué à Los Angeles pour y relancer sa carrière. Là bas, il fait la connaissance de Jessie (Andrea Feldman, superbe), la fille d’une actrice sur le retour recluse dans l’une des immenses villas héritées de ses divorces successifs.

    Comme pour les deux précédents films de la trilogie, l’enjeu majeur du scénario réside donc dans l’appropriation de Joe, pour diverses raisons plus ou moins claires (luxure, stratégie, amour, …).

    Autant le dire tout net, Heat ne possède pas la puissance de Flesh et Trash. Premièrement parce que le film est de facture beaucoup plus « propre » que ses prédécesseurs (montage traditionnel, moyens plus importants, réalisation beaucoup plus découpée), et ensuite parce que le scénario de Morrissey laisse beaucoup moins de liberté aux comédiens23 en leur fournissant des rôles pour la plupart assez éloignés de leur véritable nature. Ce qui était la force de toute la production de la Factory jusqu’à présent (l’utilisation de comédiens amateurs) se transforme donc en handicap dès qu’il s’agit de ne plus, pour reprendre l’expression de Warhol, « jouer à être soi même ».

    D’autre part, quand dans les deux premiers opus de la trilogie, Joe occupait tout l’espace du film, l’irradiant de l’intérieur, son rôle est cette fois cantonné à celui de « l’acteur principal », dont on suit l’histoire, certes, mais en prenant la liberté de le laisser de côté assez souvent pour s’intéresser à des seconds rôles omniprésents.

    Heat brise donc la magie et comme cela se produit dans ce genre de cas, on voit fatalement apparaître toutes les ficelles du stratagème, nous qui n’en demandions pas tant. Et Morrissey a beau nous parler, dans ses interviews, du sujet de son film, l’explosion de la famille américaine, l’intérêt pour le travail fini faiblit irrémédiablement au fur et à mesure que la caméra s’attarde sur des scènes aux enjeux trop lisses mais toujours filmées de manière flottante, technique qu’on attribue soudain à de l’amateurisme de série B plutôt qu’à une réelle recherche esthétique.

    La seule qualité graphique que l’on peut trouver à Heat, parce qu’elle frappe réellement le spectateur, c’est sa manière de traiter l’éclairage des corps, uniquement en lumière indirecte, ce qui donne à chacun des plans de nus un aspect de gravure de mode tout à fait fidèle aux travaux qui se faisaient à cette époque en la matière.

    Au delà de ce qui n’est finalement qu’un détail, une seule réjouissance, comme le dernier témoignage d’un monde déjà oublié, c’est le personnage de Jessie, fille-mère larguée qui s’invente une homosexualité hasardeuse et dont le jeu d’une Andrea Feldman déchaînée réussit à en faire le vrai centre d’intérêt du film, virevoltant d’un plan à l’autre avec sa voix de fausset, son maquillage proto-gothique et ses allures à la fois futiles et lugubres qui ne sont d’ailleurs pas sans évoquer la présence post-mortem de l’icône Edie Sedgwick.

    De la grande époque de la Factory, de ses expérimentations radicales et de ses superstars, il ne restait donc plus qu’elle dans le dernier volet de la trilogie, et comme pour mettre un point final à cette aventure cinématographique, Andrea choisira le jour de l’anniversaire (supposé) de Warhol, le 8 août 1972, pour inviter une demi-douzaine de ses ex-petits amis à l’attendre en bas de son immeuble de la Cinquième Avenue. A l’heure dite, un crucifix dans une main, une Bible dans l’autre, elle se jettera par la fenêtre de son appartement du 14e étage où elle habitait avec ses parents.

    Ce jour était aussi celui du dixième anniversaire de la mort Marylin Monroe…


    23 Et ce malgré le fait que les dialogues sont presque tous improvisés, comme pour les autres films.

     
    New York Underground 1968-1972 / Fluctuat.net - Dossiers 2003