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Par Troudair
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  • Introduction

  • Qui a réalisé la trilogie Flesh / Trash / Heat ?

  • Notion de performance dans le cinéma de Warhol

  • La Factory

  • Galerie de superstars


  • Sur Paul Morrissey

  • La trilogie
  • Qui a réalisé la trilogie Flesh / Trash / Heat ?
    New York UndergroundQuand il commence à prendre la caméra, dès 1963, c’est donc pour créer de l’image, et surtout pas pour faire du cinéma.
    « C’est tellement simple de faire un film, dira-t-il, il n’y a qu’à photographier et les images sortent comme il faut. »
    Encore plus simple que la sérigraphie, serait-on tenté d’ajouter. La multiplication des images sous la pression d’un simple bouton, et il aura presque paraphrasé Godard avant l’heure, et ses « 24 fois la vérité par seconde ». Car c’est bien la vérité qui intéresse Warhol, mais pour lui, la vérité, c’est que nous sommes tous des débris, des cadavres en sursis, tenus en vie seulement tant qu’il reste de la pellicule5. Alors il faut se filmer, sans cesse, les uns les autres, sans avoir besoin du moindre prétexte, produire des images, et se féliciter d’avoir au moins servi à ça. Exister ? N’exagérons pas. Les images existent. Nous, non.

    Mais même si la pression d’un bouton est encore plus simple que l’application de peinture sur une toile, le rêve le plus ultime de Warhol, c’est de ne plus rien faire du tout, non pas par paresse, mais par culte de l’image, afin que celle-ci s’auto-produise, sans plus aucune intervention d’être humain, et encore moins d’être humain « artiste ». Quelle ne serait pas sa joie s’il avait connu notre époque sur-informatisée et les applications artistiques telles que le generative-art ou les algorithmes extracteurs, l’intelligence artificielle et les environnements virtuels...

    Dans ces conditions, et de la même manière qu’il avait renoncé à effectuer lui-même ses sérigraphies6, mettant toute personne présente à la Factory au travail, il renonce peu à peu à appuyer sur le bouton de la caméra, et finit par ne plus être présent du tout sur le tournage de ses propres films dont il ignore aussi bien le casting que ce qui va s’y raconter. L’image se crée, c’est tout ce qui lui importe, et sa présence n’a aucun intérêt, si bien qu’il aimerait même disparaître complètement, ou en désespoir de cause, finir par n’être qu’une machine 7.

    Et c’est là qu’on touche au cœur de la polémique des films de Morrissey réalisés à la Factory et produits par Warhol. Car certes Paul Morrissey est l’unique scénariste, opérateur et réalisateur de ces œuvres, certes c’est son propre génie qui s’exerce dans chacune de ces productions, mais si on envisage ces travaux du point de vue de l’orientation que Warhol a peu à peu donnée à son œuvre, se détachant toujours plus de la conception et du produit fini, dématérialisant l’artiste comme jamais cela n’avait été fait auparavant, même dans le ready-made de Duchamp, alors le mystère reste entier et à bien y songer, Flesh, Trash et Heat sont peut-être les trois films les plus exceptionnels de Warhol, justement parce qu’il n’a rien à voir avec eux, de près ou de loin.

    Et pour cause : au moment où Morrissey commence le tournage de Flesh avec Jed Johnson à la Factory, Warhol est à l’hôpital, déclaré (un peu hâtivement) cliniquement mort, alors qu’il vient de se faire abattre par Valerie Solanis, l’une de ses superstars. Dans son entreprise d’effacement total, peut-être qu’il venait tout simplement d’atteindre le stade ultime de sa quête : continuer à produire des images, alors même qu’il était mort.

    Notion de performance dans le cinéma de Warhol

    5 « Je laisse tourner la caméra tant qu’il y a de la pellicule. De cette façon, je peux saisir les gens tels qu’ils sont. Il vaut mieux se conduire naturellement plutôt que de fabriquer une scène et de se conduire comme quelqu’un d’autre. Un film est meilleur si les gens sont eux-mêmes sans essayer de jouer à être eux-mêmes. » Warhol

    6 En 1969, il déclare à un magazine de la côte Ouest : « Ca n’est même pas moi qui fait mes peintures. Brigid Polk les fait pour moi. » Devant la panique des collectionneurs et des galeristes qui vendent des Warhol, celui-ci est obligé de publier un démenti.
    De la même manière, en 1968, Gerard Malanga organise en Italie une vente de faux Warhol qui obtient un grand succès.

    7 « J’aimerais être une machine, parce qu’elles ont moins de problèmes. »

     
    New York Underground 1968-1972 / Fluctuat.net - Dossiers 2003