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Par Troudair
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  • Introduction

  • Qui a réalisé la trilogie Flesh / Trash / Heat ?

  • Notion de performance dans le cinéma de Warhol

  • La Factory

  • Galerie de superstars


  • Sur Paul Morrissey

  • La trilogie

    - Flesh
    - Trash
    - Heat


  • La Trilogie - Flesh

    New York UndergroundComme les deux autres opus de la trilogie, le propos de Flesh peut se résumer à son titre.
    De la chair, voilà de quoi il est question dans ce film dont l’enjeu de presque toutes les séquences, selon l’aveu de Morrissey, n’est autre que le déshabillage de Joe.
    Idolâtrie du corps, prise de possession à coup de dollars, nymphomanie maladive, et voici synthétisée toute une époque, la fin des années 60, que les décennies suivantes ne feront que décliner sous des formes toujours plus extrêmes, avec toujours comme leitmotiv la consommation du corps, le sien ou celui d’un autre, pour peu qu’il soit plus appétissant.

    Ainsi dans les dialogues de Flesh reviennent constamment des références à la perfection des statues grecques, degré ultime de la beauté vers laquelle chacun des personnages tentera de se rapprocher. Et bien entendu, quand il n’y parviendront pas, parce que trop laids, blessés en Corée, trop vieux, ou n’ayant pas assez économisé pour s’acheter du silicone, ils chercheront à se l’approprier en achetant Joe, son sourire juvénile, son corps d’athlète et sa docilité.

    Flesh est donc l’histoire de Joe, jeune marié qui va dans les rues se prostituer afin de récolter l’argent nécessaire à l’avortement de la nouvelle petite copine de sa femme (!). Et bien plus que les scènes de nudité ou de fellation (somme toute assez sages vues d’aujourd’hui), c’est peut-être ce synopsis qui va heurter la morale du public et des censeurs de 1968, car en suivant le parcours sordide de ce garçon, on s’apercevra rapidement que la seule raison qui le pousse à vendre son corps, c’est sa femme, ou plutôt son mariage, soit tout ce qui lui reste de morale et de responsabilité. Sans le mariage, Joe n’aurait pas eu à faire ça.

    Sacrifice amoureux ? Non. Sacrifice aux lambeaux de morale qui restent quand justement il n’y a plus de morale ? Oui. Le mariage et l’enfant, en somme, comme dernières sources d’espoir dans une vie brisée. Et c’est sans aucun doute ce qui choque le plus dans Flesh, cette description fidèle d’un quotidien infernal duquel il est impossible de se sortir pour conserver encore un peu d’honneur, d’amour-propre, et pour se prouver qu’on est, ne serait-ce qu’un minimum, comme les autres, qu’on a le droit de vivre à leurs côtés encore un peu.

    Pour renforcer ce malaise, la forme même du film balaie tous les artifices les uns après les autres si bien qu’il ne faut pas longtemps avant d’être persuadé d’avoir devant les yeux la réalité sans fard, l’histoire vraie de Joe filmée à son insu. Cette impression est d’abord due à l’utilisation de comédiens amateurs, qu’on découvre avec stupeur plus crédibles que n’importe quelle star hollywoodienne, mais aussi à l’esthétique de l’image, presque brute, à la limite du documentaire parfois, voire de la simple captation. Les jump-cuts 20 arides de Morrissey, directement hérités du cinéma d’un Jonas Mekas ou d’un Stan Brakhage, viennent parfaire le tableau et confirmer le spectateur dans l’impression qu’il est bel et bien devant les rushes à peine montés d’un documentaire ultra-réaliste.

    Personne ne s’y est trompé bien entendu car nombreuses sont les touches d’humour faisant retomber la pression mais il n’empêche que la mal-être ambiant, bien plus qu’une quelconque image-choc est sans aucun doute à l’origine de la réputation sulfureuse de Flesh sans que pourtant, au moment de sa sortie en 1968, personne ne s’imaginait encore que deux ans plus tard, Morrissey irait encore plus loin dans sa critique implacable du New York des années 70.

    La trilogie - Trash

    20 Coupure franche dans un plan sans se soucier du raccord.

     
    New York Underground 1968-1972 / Fluctuat.net - Dossiers 2003