
De ce que nous avons pu observer
pendant le festival, considéré
comme l’une des émanations les
plus pointues de l’univers théâtral,
rien ne semblait poser ces questions, les
considérant, nous l’avons déjà
dit, comme des postulats intouchables. Notre
point de vue est différent et cette
annexe est là pour éclaircir
quelques points quant à la sensation
qui a motivé l’approche de ce
dossier.
En réalité donc,
nous sommes intimement persuadés que
les sociétés occidentales informatisées
sont en total processus de désincarnation,
autrement dit d'abandon pur et simple du corps.
La victime à long terme
de cet état de fait, il n’est
pas difficile de comprendre pourquoi, c’est
évidemment le théâtre
qui tout entier s’articule autour de
la voix dite et du corps montré. Que
celui-ci n’envisage pas l’hypothèse
de son abandon comme somme négligeable
est plutôt inquiétant car cette
problématique est tout à fait
nouvelle et ne peut en aucun cas trouver des
réponses (comme le suggérait
la conférence Faire avec…) dans
les solutions trouvées jusqu’à
présent dans l’histoire de l’art
et du théâtre.
Ainsi quand Robert
Cantarella se plaint de l'aspect
« mât » d'une pièce,
c’est à dire de l'absence de
commentaire direct qu’elle pourrait
engendrer sur l’instant, du fait qu’à
la sortie des théâtres, le public
ne parle pas de ce qu’il a vu mais demande
à son voisin "et toi, ça
va ?", ce qu’il oublie de signaler,
c’est qu'avant même de dire ceci,
le spectateur rallume son téléphone
portable, pour immédiatement être
« joignable », connecté
au reste du monde, illustrant ainsi de manière
assez cruelle la constatation faite ce samedi
à 11H00 que le théâtre
n’est pas branché, connecté,
qu’il n’a pas de prise
sur le monde, lequel n’éprouve
par ailleurs aucun complexe à se désincarner
dès qu’il en a la possibilité,
par souci pratique le plus souvent.
La question qu’il nous
semblerait primordiale de traiter, dans l’espace
même du théâtre, ce serait
donc, et là aussi de manière
urgente et frontale, en oubliant les lieux
communs et les postulats : "sommes-nous
réellement prêts à abandonner
notre corps ?", interrogation qui en
entraîne une autre, « Y a-t-il
quelque chose ou non qui autorise/recommande
le théâtre, soit la présentation
d'un corps (vivant) devant un autre ? ».
Et à nouveau on en revient à
ce qui fut abordé ailleurs dans ce
dossier soit cet inévitable pari presque
pascalien : Notre chair est-elle mystique
? Magique comme le pensait Artaud,
ou bien remplaçable ? Le théâtre,
enfin, a-t-il encore une raison d'exister
?
Introduction
Jour 1 : mercredi
28 mai
Jour 2 : jeudi
29 mai
Jour 3 : vendredi
30 mai
Jour 4 : samedi
31 mai
Conclusion 1re Partie
Conclusion
2e Partie [suite]