
10H00
Le réveil est quelque
peu difficile mais puisqu’il s’agit
de notre dernier jour ici, on se fait violence
et sortons pour assister à la conférence
informelle de Robert Cantarella et
Benoît Lambert.
Les réflexions de la veille semblent
étrangement oubliées, sans que
pourtant nous omettions de boire le même
café que les autres jours dans le même
bistrot que les autres jours en lisant les
mêmes journaux que tous les autres jours.
La serveuse, voyant passer
un chanteur de rue, lance : « Quelle
vie, la vie d’artiste ! Moi je ferai
pas ce boulot là ! »
Nous sourions en nous disant
que c’est déjà un grand
pas dans la compréhension par le public
qu’être artiste ne signifiait
pas forcément être oisif, contrairement
à ce qu’assènent les médias
télévisuels et la presse people
à longueur d’année, sans
oublier le festival de Cannes au mois de mai.
On notera aussi que sur toute
la communication de Frictions, programmes
de salle compris, figurent les lignes : «
Ce spectacle ne pourrait exister sans la présence
des intermittents du spectacle (…).
Leur statut est aujourd’hui menacé.
L’équipe du Théâtre
Dijon Bourgogne se mobilise et soutient le
mouvement pour défendre l’avenir
de la création et de la diffusion artistique.
»
Ca méritait d’être
signalé.
11H00 - FAIRE AVEC…
(avec Benoît Lambert et Robert
Cantarella)
Il ne s’agit pas vraiment
d’une conférence, ni d’un
colloque, ni de rien de bien identifiable.
Le terme de rencontre serait plus approprié(...).
>>
Lire le compte-rendu de Faire avec...
dans la rubrique Scènes
13H00
Inutile de dire que cette conférence
nous fait prendre des notes et la synthèse
que nous en faisons élude de nombreuses
digressions, mais à aucun moment nous
n’avons pourtant pu trouver de réponses
ou d’éclaircissements aux questions
qui nous taraudaient depuis le début
du festival.
Au contraire même, ces questions ne
se contentaient pas de ne pas être posées,
elles étaient d’emblée
écartées, nous faisant passer
pour des extra-terrestres aux considérations
tellement lointaines qu’elles en devenaient
hors de propos.
La viande, même au cœur du théâtre,
n’était donc pas à l’ordre
du jour. Le corps en revanche, physique et
social, était une évidence que
rien ne pouvait encore remettre en cause.
Nous commençons à nous demander
si nos fréquentes visites au pub n’ont
pas pu altérer d’une manière
ou d’une autre nos capacités
de réflexion.
Concluant que de toute manière, si
c’était le cas, le mal était
déjà fait, nous y retournons.
16H00 - INVENTAIRE/INVENTION
- PATRICK BOUVET
On connaissait déjà
Patrick Bouvet, en particulier pour ses brillantes
participations à Inventaire/Invention
que l’équipe de Flu avait déjà
eu l’occasion de croiser
ainsi que pour la mise en scène de
l’un de ses textes, SHOT, par
Véronique Caye, créé
l’année passée à
la Ménagerie de Verre (...).
>> Lire
le compte-rendu de la rencontre Inventaire/Invention
dans la rubrique Scènes
17H30
C’est le moment de partir.
Nous rejoignons notre ami étudiant
et lui faisons part des réflexions
qui nous occupèrent pendant le festival.
Il nous regarde avec des yeux ronds par dessus
son demi et même si nos suppositions
ne lui paraissent pas totalement stupides,
il affirme tout de même qu’il
n’y a pas de dialogue possible sans
incarnation et de plus que sans cette incarnation,
définissant et régissant une
part trop importante de notre identité,
il est absolument impossible de prévoir,
si on est philosophiquement rigoureux, ce
qu’il peut dès lors se passer.
Autrement dit, la réflexion est prématurée
et toutes les conclusions que nous pourrions
en tirer ne seront, au regard de la philosophie,
que des suppositions sans presque aucun fondement
stable.
La balle est au centre, et
nous sommes donc presque revenus à
notre point de départ.
Nous repensons à Deleuze, et à
ses rhizomes, ces notions que nous avons entendu
si souvent dans la bouche de gens de théâtre,
flottant sans jamais devenir les agents actifs
de toutes les réflexions entendues.
Se pourrait-il malgré
tout qu’elles nous aient guidées
(ou non-guidées) et qu’effectivement,
malgré notre acharnement à faire
entrer dans notre cadre de pensée les
événements de ces quatre jours,
tout ça n’avait finalement été
qu’une suite de connexions aléatoires
et que les notions de début, de fin
et de cheminement n’étaient que
des vues de notre esprit tentant de restreindre
la puissance imprévisible d’un
chaos fondamentalement insensé ?
Si oui, n’était-ce
pas aussi le but même du théâtre
qui, comme le soulignait Robert Cantarella,
« à défaut de posséder
le Temps, se devait d’inventer des durées
», soit onstruire du sens là
où originellement, il n’y avait
peut-être rien ?
Le spectacle aurait-il donc
cette fonction de continuer à n’être
que durées et non temps, afin peut-être
de rester la métaphore de nos vies
forcées de se conclure un jour ? Dotés
d’un corps spatialement limité
à la durée de vie temporellement
restreinte, avons-nous créé
l’art théâtral afin qu’il
nous présente, par la construction
et/ou l’expression des formes, un sens
fermé nous rassurant dans la conviction
que nos destinés aussi ont une cohérence
thématique ?
Et ainsi plus largement, si
rien n’avait vraiment de sens, si rien
n’était vraiment magique, si
tout ne devait être que construction
de notre pensée, agencements de données
et synesthésies en cascade, alors quel
avenir restait-il au corps, objet limitatif
par excellence ?
Devait-il jouer le rôle
d’entrave qui empêche la toute-puissance
de la volonté et le contrôle
total de la donnée, menace dont on
pressent déjà aujourd’hui
l’imminence ?
Devant cette masse de questions,
nous préférons remettre à
plus tard la discussion d’autant que
d’autres préoccupations nous
attendent. En effet, à cause de ce
festival, nous n’avons pas pu prendre
de places pour la finale de la Coupe de France
de foot qui a lieu ce soir, ce qui est bien
dommage, de l’avis de tous, car tout
de même, voir le match au Stade de France,
ç’aurait été vachement
mieux qu’à la télé…
Introduction
Jour 1 : mercredi
28 mai
Jour 2 : jeudi
29 mai
Jour 3 : vendredi
30 mai
Jour 4 : samedi 31 mai
Conclusion
Conclusion
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