
12H00
Réveil tranquille.
On s’étire et prend le temps
de se lever puisque le premier spectacle est
à 18H00.
En feuilletant nos billets et les horaires
de la SNCF, on s’aperçoit avec
stupeur que le programme initialement prévu
demain finit trop tard. Conséquence
directe : on ne pourra jamais choper le dernier
train et il nous faudra passer une journée
de plus ici. Après vote à mains
levées, on décide de tout chambouler,
réfléchir un bon coup, changer
nos billets et commencer le sprint.
16H00
On a toujours pas décollé
du lit, soudés au matelas par des forces
mystérieuses et discutant activement
des spectacles de la veille.
En fait de corps, ou de vivant, nous sommes
presque d’accord pour dire que la véritable
donnée qui engendre le théâtre
est le geste.
L’irruption d’un geste sans corps
ni vivant serait-il envisageable ?
L’un de nous affirme que depuis Duchamp,
cela ne fait aucun doute, et que pour qu’il
y ait du théâtre, il suffirait
en fait de dire qu’il y en a, art du
témoignage, du récit, art du
récepteur bien plus que de l’émetteur.
Du théâtre sans corps serait
donc possible mais à la fois impossible
puisqu’il resterait en fait toujours
du vivant quelque part : celui
du spectateur.
16H30
Au Parvis, on change nos billets
de manière à pouvoir prendre
le dernier train demain.
L’opération n’est pas si
simple que nous le pensions car beaucoup de
spectacles sont complets. On s’étonne
de voir à quel point ce festival fonctionne
bien.
Pour ma part, je laisse le
groupe et fonce dans une petite rue du centre-ville
pour voir Le rideau de fer.
En songeant à l’anti-Œdipe
déposé dans un coin de la chambre
à coucher où nous logeons et
à la citation intégrée
dans la pièce de Benoît
Lambert, je réfléchis
à la théorie des rhizomes appliquée
à notre expérience de ce festival.
Autrement dit, est-ce que je vais saisir cette
pièce que je vais voir de la même
manière que si j’y étais
allé la veille avec tout le monde ?
Est-ce que les propositions que nous découvrons
(ou ne découvrons pas) ici dans un
ordre arbitraire modifient fondamentalement
la perception et surtout l’interprétation
que nous faisons d’elles ?
Devant l’Eglise Notre
Dame, un groupe de touristes écoute
leur guide dont je ne peux saisir qu’une
bribe de discours : « Toutes ces gargouilles,
on ne sait pas vraiment à quoi…
»
18H00 - LE RIDEAU DE
FER (écrit et m-e-s par Béatrice
Houplain)
Le moins qu’on puisse
dire, c’est que le bouche à oreille
n’a pas été tendre avec
cette pièce. (...)
>>Lire
la chronique du Rideau de fer
(Béatrice Houplain) en rubrique Scènes
19H20
Il me faut encore courir pour
traverser tout Dijon et rejoindre les autres
à l’Usine (ce qui est assez amusant
puisque j’en sors justement), une autre
friche réhabilitée en centre
culturel et qui accueille toute l’année
les expositions du Consortium (http://www.leconsortium.com/),
le FRAC Bourgogne, ainsi que certaines formes
théâtrales légères.
J’avais un peu surestimé
la distance et j’arrive à temps
pour négocier des places alors que
le spectacle était théoriquement
complet.
20H00 - LA DEMANGEAISON
DES AILES (conception et mise en
scène : Philippe Quesne)
Comme lors de Les apparences
sont trompeuses (Thomas Bernhard), première
création de Robert Cantarella en 2001
au TDB, on entre dans la salle par le décor,
croisant les comédiens qui s’affairent
plus ou moins, flânent, déplacent
des meubles, nous disent bonjour en toute
décontraction (...)
>> Lire
la chronique de La Démangeaison
des Ailes (Philippe Quesne) en rubrique
Scènes
22H00 - CA IRA QUAND
MEME (bis)
Oui oui. Ca nous plait, alors
on y retourne.
L’émotion est intacte, même
si ce soir curieusement, la salle ne réagit
absolument pas aux touches humoristiques qui
émaillent la pièce.
Au début, on se dit que c’est
de l’animosité, du mépris,
ou bien tout l’inverse, du respect pour
le sujet traité, et puis finalement,
les applaudissements arrivent et on note que
le public réagit plutôt bien.
Benoît Lambert se servira demain de
cet exemple pour expliquer à quel point
la manière dont un public reçoit
une pièce échappe à toute
prédiction.
De notre côté, on aura noté
un sens du rythme un peu moins appuyé
que la veille, qui peut être à
lui seul aura suffit aux spectateurs pour
douter des réelles intentions comiques
de certaines répliques.
00H00
Nous sortons de la pièce
et bouffons un excellent grec-frites.
La conférence matinale de demain nous
obligera à nous lever tôt alors
nous ne traînons pas et filons au lit.
Avant de nous endormir,
l’un de nous fait remarquer que nous
ne nous sommes pas connectés depuis
exactement 72 heures. Pourtant, nous ne ressentons
aucun manque, tordant ainsi le cou au mythe
du net-addict suant à grosses
gouttes dès qu’on l’éloigne
d’un modem.
Je fais remarquer que ceci n’est pas
totalement juste et explique comment nous
avons pris soin, lors de notre déplacement
ici, dans ce territoire pourtant inconnu,
de baliser cette nouveauté de repères
familiers, en commençant par bookmarker
certains lieux qui sont progressivement devenus
l’ossature de notre parcours.
Quelqu’un demande alors : « Mais
si nous sommes tous des explorers,
que cet appartement où l’on dort
est notre page de démarrage,
que le pub en face de la cathédrale
est l’un de nos Favoris, que
nous passons notre temps à chatter,
à ingurgiter l’information, à
la modifier et à la régurgiter,
où est la différence avec le
net ? »
« La viande », je réponds,
surtout parce qu’il est tard et qu’à
cette heure, on peut se permettre de forcer
les analogies.
Introduction
Jour 1 : mercredi
28 mai
Jour 2 : jeudi
29 mai
Jour 3 : vendredi 30 mai
Jour 4 : samedi 31
mai
Conclusion
Jour 4 :
samedi 31 mai 2003 [suite]