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Par Troudair
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  • Introduction

  • Jour 1 :
    mercredi 28 mai


  • Jour 2 :
    jeudi 29 mai


  • Jour 3 :
    vendredi 30 mai


  • Jour 4 :
    samedi 31 mai


  • Conclusion
  • Jour 3 : vendredi 30 mai

    Journal de Bord : Festival Frictions 2003
    12H00

    Réveil tranquille.
    On s’étire et prend le temps de se lever puisque le premier spectacle est à 18H00.
    En feuilletant nos billets et les horaires de la SNCF, on s’aperçoit avec stupeur que le programme initialement prévu demain finit trop tard. Conséquence directe : on ne pourra jamais choper le dernier train et il nous faudra passer une journée de plus ici. Après vote à mains levées, on décide de tout chambouler, réfléchir un bon coup, changer nos billets et commencer le sprint.

    16H00

    On a toujours pas décollé du lit, soudés au matelas par des forces mystérieuses et discutant activement des spectacles de la veille.
    En fait de corps, ou de vivant, nous sommes presque d’accord pour dire que la véritable donnée qui engendre le théâtre est le geste.
    L’irruption d’un geste sans corps ni vivant serait-il envisageable ?
    L’un de nous affirme que depuis Duchamp, cela ne fait aucun doute, et que pour qu’il y ait du théâtre, il suffirait en fait de dire qu’il y en a, art du témoignage, du récit, art du récepteur bien plus que de l’émetteur.
    Du théâtre sans corps serait donc possible mais à la fois impossible puisqu’il resterait en fait toujours du vivant quelque part : celui du spectateur.

    16H30

    Au Parvis, on change nos billets de manière à pouvoir prendre le dernier train demain.
    L’opération n’est pas si simple que nous le pensions car beaucoup de spectacles sont complets. On s’étonne de voir à quel point ce festival fonctionne bien.

    Pour ma part, je laisse le groupe et fonce dans une petite rue du centre-ville pour voir Le rideau de fer.
    En songeant à l’anti-Œdipe déposé dans un coin de la chambre à coucher où nous logeons et à la citation intégrée dans la pièce de Benoît Lambert, je réfléchis à la théorie des rhizomes appliquée à notre expérience de ce festival. Autrement dit, est-ce que je vais saisir cette pièce que je vais voir de la même manière que si j’y étais allé la veille avec tout le monde ?
    Est-ce que les propositions que nous découvrons (ou ne découvrons pas) ici dans un ordre arbitraire modifient fondamentalement la perception et surtout l’interprétation que nous faisons d’elles ?

    Devant l’Eglise Notre Dame, un groupe de touristes écoute leur guide dont je ne peux saisir qu’une bribe de discours : « Toutes ces gargouilles, on ne sait pas vraiment à quoi… »

    18H00 - LE RIDEAU DE FER (écrit et m-e-s par Béatrice Houplain)

    Le moins qu’on puisse dire, c’est que le bouche à oreille n’a pas été tendre avec cette pièce. (...)
    >>Lire la chronique du Rideau de fer (Béatrice Houplain) en rubrique Scènes

    19H20

    Il me faut encore courir pour traverser tout Dijon et rejoindre les autres à l’Usine (ce qui est assez amusant puisque j’en sors justement), une autre friche réhabilitée en centre culturel et qui accueille toute l’année les expositions du Consortium (http://www.leconsortium.com/), le FRAC Bourgogne, ainsi que certaines formes théâtrales légères.

    J’avais un peu surestimé la distance et j’arrive à temps pour négocier des places alors que le spectacle était théoriquement complet.

    20H00 - LA DEMANGEAISON DES AILES (conception et mise en scène : Philippe Quesne)

    Comme lors de Les apparences sont trompeuses (Thomas Bernhard), première création de Robert Cantarella en 2001 au TDB, on entre dans la salle par le décor, croisant les comédiens qui s’affairent plus ou moins, flânent, déplacent des meubles, nous disent bonjour en toute décontraction (...)
    >> Lire la chronique de La Démangeaison des Ailes (Philippe Quesne) en rubrique Scènes

    22H00 - CA IRA QUAND MEME (bis)

    Oui oui. Ca nous plait, alors on y retourne.
    L’émotion est intacte, même si ce soir curieusement, la salle ne réagit absolument pas aux touches humoristiques qui émaillent la pièce.
    Au début, on se dit que c’est de l’animosité, du mépris, ou bien tout l’inverse, du respect pour le sujet traité, et puis finalement, les applaudissements arrivent et on note que le public réagit plutôt bien.
    Benoît Lambert se servira demain de cet exemple pour expliquer à quel point la manière dont un public reçoit une pièce échappe à toute prédiction.
    De notre côté, on aura noté un sens du rythme un peu moins appuyé que la veille, qui peut être à lui seul aura suffit aux spectateurs pour douter des réelles intentions comiques de certaines répliques.

    00H00

    Nous sortons de la pièce et bouffons un excellent grec-frites.
    La conférence matinale de demain nous obligera à nous lever tôt alors nous ne traînons pas et filons au lit.

    Avant de nous endormir, l’un de nous fait remarquer que nous ne nous sommes pas connectés depuis exactement 72 heures. Pourtant, nous ne ressentons aucun manque, tordant ainsi le cou au mythe du net-addict suant à grosses gouttes dès qu’on l’éloigne d’un modem.
    Je fais remarquer que ceci n’est pas totalement juste et explique comment nous avons pris soin, lors de notre déplacement ici, dans ce territoire pourtant inconnu, de baliser cette nouveauté de repères familiers, en commençant par bookmarker certains lieux qui sont progressivement devenus l’ossature de notre parcours.
    Quelqu’un demande alors : « Mais si nous sommes tous des explorers, que cet appartement où l’on dort est notre page de démarrage, que le pub en face de la cathédrale est l’un de nos Favoris, que nous passons notre temps à chatter, à ingurgiter l’information, à la modifier et à la régurgiter, où est la différence avec le net ? »
    « La viande », je réponds, surtout parce qu’il est tard et qu’à cette heure, on peut se permettre de forcer les analogies.

    Introduction
    Jour 1 : mercredi 28 mai
    Jour 2 : jeudi 29 mai
    Jour 3 : vendredi 30 mai
    Jour 4 : samedi 31 mai
    Conclusion

    Jour 4 : samedi 31 mai 2003 [suite]

     
    Festival Frictions 2003 / Fluctuat.net - Dossiers 2003