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Par Troudair
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  • Introduction

  • Jour 1 :
    mercredi 28 mai


  • Jour 2 :
    jeudi 29 mai


  • Jour 3 :
    vendredi 30 mai


  • Jour 4 :
    samedi 31 mai


  • Conclusion
  • Jour 2 : jeudi 29 mai

    Journal de Bord : Festival Frictions 2003
    11H30

    Petit café le matin de l’Ascension.
    Comme le dit le dicton : quand c’est férié, c’est fermé.
    On lutte quelques temps avant de trouver des clopes. Sur un Libé d’hier abandonné dans une poubelle, on découvre qu’elles vont augmenter de 200% d’ici à 2006 et qu’en plus, Bério est mort. Ca ne nous réjouit pas des masses, tant l’impression que le « contemporain » termine de disparaître devient de plus en plus tenace. Mais alors, pensons-nous, si les auteurs et compositeurs contemporains meurent, qu’y a-t-il après ? Le futur ? Maintenant ? Déjà ?
    Frictions a eu la bonne idée de ne pas faire figurer ce terme dans sa communication (quel théâtre n’est pas contemporain ?) ce qui nous redonne le moral. Un peu.

    12H00 - MARATHON DES AUTEURS

    En bons touristes, nous touchons sur le flanc de l’église Notre Dame la Chouette mythique dijonnaise qui, si la légende est exacte, nous portera chance. Bien nous en prend puisque la lecture qui suit s’avère on ne peut plus réjouissante.
    Elle réunit Michel Azama, Denise Bonal, Cécile Cotté, Pascale Fonteneau, Fabienne Mounier, Jean-Pierre Renault, Jérôme Robart, Jacques Serena, Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre et Dominique Wittorski, dix auteurs-lecteurs qui nous font découvrir leur travail ou celui qu’ils apprécient, de Dostoïevski à Georges Hyvernaud en passant par Stefan Sweig ou Léo Perutz.
    Cette lecture est la première d’une série de quatre rendez-vous coordonnés ce jour-là par Philippe Minyana et qui emmèneront public et lecteurs jusqu’au milieu de la nuit.
    On écoute sagement ces voix qui s’élèvent à l’heure où sonnent les cloches et où rien n’est encore sérieux, où le spectacle ne peut s’emparer de rien qui nous est cher, et on se pose cette question que tous les gens de théâtre ont dû se poser un jour : le théâtre n’aurait-il d’intérêt qu’avant d’exister, seulement du fait de la possibilité qu’il ait lieu ?
    Rétrospectivement, j’en viens même à me demander dans quelle mesure cette chronique est plus ou moins intéressante que les événements qui se sont réellement produits.
    Laissant en suspens ces réflexions, nous filons au Parvis Saint Jean pour y manger.

    14H00

    Une partie de notre groupe avale son poulet au petits légumes en coup de vent sous les arcades de pierre du Théâtre Dijon Bourgogne (http://www.tdb-cdn.com) car ils doivent assister à la représentation du Rideau de Fer à 14H30.
    De mon côté, j’ai prévu de voir cette pièce demain soir, alors j’en profite pour rédiger quelques lignes et boire encore un peu de ce succulent vin qu’on trouve ici dans tous les bars et pour pas cher du tout.

    15H00

    La place du marché est quasiment déserte, à l’exception du passage furieux de quelques abrutis en voiture de sport décapotée (dont la ville semble regorger) et de quelques jeunes gens épuisés par des heures de marche, mais à la fois heureux de trouver enfin le seul tabac ouvert du centre-ville en ce jour férié.
    Je m’étonne de ce calme et de ce silence mais un voisin de table, comme pour répondre à mes pensées, lance un énigmatique « les Dijonnais n’habitent pas à Dijon ».
    Je n’ai pas le temps d’en demander plus et je file au Parvis, un peu à la bourre, pour rejoindre le groupe.
    Sur le chemin, une affiche collée sur une vitrine demande « Vous acceptez les horaires décalés ? Votre candidature nous intéresse. », et quelques mètres plus loin, de la porte ouverte de son magasin, j’entends une commerçante dire « Moi, je comprends pas les gens qui… ».

    16H15

    Je retrouve le groupe pour découvrir le premier bouche à oreille exécrable du festival. Je ne trouve en effet personne qui soit capable de me dire du bien du Rideau de Fer… Ce genre de discussions ne pardonne pas même si elle nous fait réfléchir un moment sur cet embryon de média que nous étions devenus l’espace de quelques minutes. Je décide d’aller malgré tout voir cette pièce demain en réfléchissant à ma méfiance du jugement des autres… Sommes-nous tellement dupés à longueur d’années par les médias qu’il ne faille plus désormais, même entre amis, faire confiance à personne jamais ?

    16H30 - LA MAISON DU PEUPLE (de Eugène Durif, m-e-s : Michel Cerda)

    Changement radical d’atmosphère.
    C’est seulement la deuxième pièce du festival (dans mon sens de lecture) et pourtant on serait presque déstabilisés de retourner dans une salle de théâtre conventionnelle, avec un plateau, des sièges, un décor sur lequel rien n’est projeté. Normal, quoi....
    >>Lire la chronique de La Maison du Peuple (m-e-s : Michel Cerda) en rubrique Scènes

    18H15

    Nous sortons du Parvis Saint Jean. Direction, l’Orangerie, petite salle située dans le parc floral de Dijon et pas très loin de là où nous sommes.

    Dans la communication du festival, on ne trouve rien de très précis sur le travail de Claire Ingrid Cottanceau G. qui y présente Station. « Performance », « théâtre de recherche qui interroge le théâtre de recherche », « installation », des termes dont nous savons d’expérience qu’ils peuvent cacher le meilleur comme le pire, et on ne sait donc pas vraiment à quoi s’attendre si ce n’est qu’une nouvelle rumeur siffle dans la petite cafétéria du Parvis, ne cessant de nous répéter : « vous allez bien vous faire chier ».

    Guerriers de l’avant-garde, nous n’en sommes pas moins hommes et en passant devant un pub que le destin met vicieusement en travers de notre chemin, nous nous disons qu’une bonne bière ne sera pas un luxe avant d’attaquer cet étrange objet théâtral.

    Mais voilà… Si madame Cottanceau G. nous parle, dans la plaquette de Frictions, des spectateurs-témoins que nous aurions du être, c’est sans compter sur les desseins impénétrables du fil invisible guidant le chaos de notre parcours.
    Un orage éclate en effet au même moment. Les arbres tremblent, la pluie claque et alors que nous étions sur le point de partir, nous voila contraints de nous réfugier à l’intérieur du pub avec les autres consommateurs.

    Déjà que nous étions à la bourre, cet événement climatique n’arrange rien, et après une nano-seconde de réflexion, nous décidons de renoncer au spectacle où pourtant « il était question de vie, de chair, et de vie encore ». Après le King Lear d’hier, aux comédiennes changées en porte-micro, porte-chair, prétexte suant invoqué dans le presque seul but de qualifier le spectacle de vivant, on commençait à avoir peur que la problématique ait été quelque peu laissée de côté pour cette troisième édition. Cet argument ne semble pas partagé et chacun se lance dans l’argumentation de sa vision propre du théâtre, définissant où il juge qu’il commence, où il serait censé finir, et de quoi il paraît impossible qu’il surgisse.

    Bizarrement, et comme Gibson dans Neuromancien, nous nous prenons à parler nous aussi de viande. Plus de corps, plus de chair, mais de viande, avec une force presque péjorative, comme si la situation était devenue telle qu’il était presque honteux d’appartenir au monde physique. Claire Ingrid Cottenceau G., dans le même texte d’introduction à son spectacle, parlait aussi d’art « vivant ».
    Devenus de belles machines rhizomiques, nous intégrons cette donnée à la réflexion : le théâtre commencerait donc là où il y a le vivant, ou bien là où il y a le corps ?
    Serait-il possible de présenter à un public des corps sans vivant, ou mieux, du vivant sans corps ?

    Nous concluons que la bière était vraiment forte et couvrons les quelques mètres qui nous séparent du Théâtre des Feuillants pour se prendre, dans les temps cette fois, la grosse gifle du festival.

    20H30 – CA IRA QUAND MEME (m-e-s : Benoît Lambert, d’après 20 ans et alors ! de Don Duyns)

    On connaissait le Théâtre de la Tentative de Benoît Lambert pour sa réflexion sur l’importance politique de la représentation. (...)
    >> Lire la chronique de Ca ira quand même (m-e-s : Benoît Lambert) en rubriques scènes

    22H30

    Retour au Parvis Saint Jean donc, et enfin nous constatons l’unanimité des avis sur la pièce, certains spectateurs bouleversés, d’autres remontés à bloc, mais aucun pour énoncer froidement les banalités entendues jusqu’à présent.

    Christian Duchange vient nous rejoindre à la table et nous parle de son Yvonne, princesse de Bourgogne, projet en cours d’élaboration (création prévue en février 2004) qu’il présente dans le cadre du festival mais que nous ne pourrons pas voir.
    Sa démarche singulière, de faire entrer le théâtre dans l’école, réapparaîtra plus tard lors de la conférence Faire avec, et nous commençons à comprendre où Robert Cantarella voulait en venir par la juxtaposition de toutes ces propositions.
    Nous y reviendrons plus amplement, mais afin de saisir où en est notre réflexion à ce moment du festival, contentons-nous de citer un extrait de la lettre de Benoît Lambert à Robert Cantarella qui a motivé la conférence en question :

    « Lorsque Vilar envoyait les comédiens du TNP rencontrer les ouvriers de Renault, il le faisait pour les comédiens, pas pour les ouvriers. Il s’agissait moins d’éduquer les masses que de former les acteurs. »

    On s’attarde encore quelques temps ici en tendant l’oreille aux ragots théâtraux qui circulent, comme dans tous les réseaux d’ailleurs, l’important étant de répondre à cette toujours unique et éternelle question : mais qui baise donc avec qui ?

    1H00

    On finit la soirée dans un autre pub (décidément) où nous retrouvons notre ami étudiant qui nous parle de son expérience de pion dans un lycée « en difficulté » de la région, se plaignant de l’absence totale d’activités extra-scolaires proposées aux internes. Il aura cette belle phrase au sujet de l’Education Nationale, exprimée dans son langage savant et délicieux : « Objectivement, on peut statuer que c’est des cons. »
    A la table d’à côté, une bribe de conversation nous parvient : « Il comprend pas qu’un bébé, c’est pas une Twingo. »
    Il est temps d’aller nous coucher…

    Introduction
    Jour 1 : mercredi 28 mai
    Jour 2 : jeudi 29 mai
    Jour 3 : vendredi 30 mai
    Jour 4 : samedi 31 mai
    Conclusion

    Jour 3 : vendredi 30 mai 2003 [suite]

     
    Festival Frictions 2003 / Fluctuat.net - Dossiers 2003