
17H00
Nous débarquons du TGV
climatisé, balançons nos paquetages
sur le quai comme des GI sortants de leur
Huey et première impression, étouffante
: le soleil.
Il fait un temps magnifique ici, bien plus
agréable qu’à Paris où
la terne exposition de Harmony Korine
à la Galerie
du Jour de Agnès B.
avait transformé notre vision de la
capitale en tableau sinistre, gris défilés
de spectres d’un autre temps se réunissant
entre eux, parlant entre eux, vivant entre
eux pour se persuader qu’ils n’étaient
pas déjà morts. Nous ne regrettons
pas d’avoir fui ce spectacle du spectacle
pour frayer dans des réseaux un peu
moins exposés, quoique tout aussi efficaces,
on y reviendra.
Avant même de voir la première
pièce, avant même d’arriver
à Dijon, c’était donc
déjà de théâtre
qu’il s’agissait, et comme vous
l’avez déjà compris, puisque
le théâtre est dehors et que
le dedans recèle des mystères
bien plus singuliers, il ne sera pas question
ici de journalisme au sens entendu pour la
couverture d’un festival résistant
indubitablement à la critique.
17H15
Première impression, le soleil,
et première réaction à
cette chaleur anesthésiante, la terrasse
d’un café où l’on
croise Enzo Cormann (http://www.cormann.net)
tout juste sorti d’un colloque sur la
transmission des écritures contemporaines.
Il était initialement prévu
que nous y assistions mais le beau temps,
l’arrivée tardive et la durée
(7 heures, ouch !) ont achevé de nous
décourager.
On aurait pourtant bien aimé causer
de la spécificité de tout ce
qu’on appelle « contemporain »,
de la nature fondamentalement non-dogmatique
du sujet et de la liberté associée
au refus de l’enseignement que cela
contient, mais nous sommes décidément
trop jeunes, trop bêtes ou trop arrogants
sur l’instant pour nous consacrer à
autre chose qu’à la fleur écarlate
que dessine sur la table les rayons du soleil
passés au prisme du ballon de Mâcon-Village.
D’après les commentaires glanés
par la suite, on apprendra que le colloque
était malgré tout « drôlement
intéressant ». On se gardera
donc d’en parler davantage de peur de
raconter n’importe quoi…
19H30
Après une première
prise de contact avec les rues piétonnes
de la ville et un saut au Parvis Saint Jean,
QG du festival, où nous récupérons
nos places et pass (20 ridicules euros pour
la totalité des spectacles), nous voici
maintenant paumés dans une zone para-urbaine
étrange où l’on croise,
comme dans l’Est de la France, des tanks
véridiques en guise de monuments et
où les noms des rues piochent sans
tourment dans le champ lexical militaire (rue
du drapeau, rue du 26e Dragon, …).
A quelques mètres de nous, une mignonne
Twingo s’arrête
pour nous demander où se trouve la
Caserne Heudelet. Ca tombe bien, c’est
là qu’on va aussi. On embarque.
Direction : le King Lear de Travis
Preston.
20H30 - KING LEAR
(de W. Shakespeare, m-e-s : Travis Preston)
Dire qu’en France, on
connaît peu le théâtre
américain est un bel euphémisme...
>> Lire
la chronique de King
Lear (m-e-s : Travis Preston) en
rubrique scènes.
00H30
Après ces 3 heures 30
de spectacle, nous ne nous sentons pas vraiment
le cœur à écumer les bars
de la ville et rentrons nous coucher, d’autant
qu’une rude journée nous attend
demain.
Nous sommes logés chez un ami étudiant
qui après une maîtrise de philo,
prépare un doctorat d’infocom.
Il nous parle de médiologie, de marketing
politique et de la superproductivité
de Habermas. On discerne les grandes lignes
de ce qu’il raconte, et en bons synthétiseurs
de pensée, on s’imagine qu’on
a compris avant de s’endormir à
l’ombre de sa massive bibliothèque.
Une fois de plus, même si cette information
peut paraître superflue, on s’apercevra
qu’elle finira par avoir son importance
au moment voulu… comme si les rhizomes
n’avaient pas de sens, et que finalement,
la progression de notre pensée n’était
pas régie par le chaos mais par une
suite intrigante de coïncidences.
Tout ça reste encore trop compliqué
pour le moment.
Nous y reviendrons…
Introduction
Jour 1 : mercredi 28 mai
Jour 2 : jeudi 29
mai
Jour 3 : vendredi
30 mai
Jour 4 : samedi 31
mai
Conclusion
Jour 2 :
jeudi 29 mai 2003 [suite]