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| Ciné-Rounds |
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Pour
terminer et parmi les nombreux longs métrages sur la boxe, on attirera
l'attention sur deux films, forcément assez différents, et peu connus
du public. L'un, presque anecdotique et daté de la fin des années
80 - juste après Barfly et avant Angel Heart dans la filmographie
de Rourke-, trace le portrait d'un de ces loosers magnifiques, dont on a parlé,
avec dans le rôle du boxeur dépassé par la limite d'âge
un Mickey Rourke en fin de règne, splendide de courage et de résignation,
dans la quête du Graal pugilistique. Imprégné dans sa chair
et sa dégaine par l'adaptation de Bukowski qu'il venait de tourner, Mickey
Rourke campe un boxeur sur le déclin, enchaînant les combats sordides,
les petites victoires et les splendides défaites, dans une Californie ravagée
par la pauvreté et la crise. Homeboy souffre de graves lésions
cérébrales, consécutives à ses précédents
championnats, et se bat comme il tire un coup, avec l'énergie du désespoir
et sans savoir s'il y aura un après. Comme chez London, Rourke croise l'amour
de façon pas très glorieuse, lutte et perd ce qui lui reste à
perdre. La composition de l'acteur est étonnante et mérite de figurer
dans la liste de ses meilleurs rôles. Son corps, grand et enveloppé
par une graisse subliminale, est phénoménal dans les corps à
corps et lorsqu'il quitte le ring, perdu dans des fringues extra-larges de bûcheron
et de clochard, dans ses déhanchements et sa manière de se balancer
sur lui-même. Sa lèvre inférieure, légèrement
tombante, dit mieux que n'importe quelle attitude la majesté, la fierté
et les hésitations du boxeur, tantôt hargneux, héroïque
ou misérable. Le regard du boxeur est parfait, presque plus convaincant
que chez Stallone, élargi par la prunelle pétillante et mouillé
selon les règles de l'Actor's Studio. Le supplément d'âme
de ce film tient dans l'inflexion qu'il marqua dans la carrière de l'acteur
puisque ce dernier, après Homeboy et une ou deux panouilles, devait
raccrocher des caméras pour se lancer dans une carrière de boxeur
professionnel de plusieurs années. Les quelques images qu'on connaît
des combats de Rourke évoquent, les paillettes en plus, la destinée
du personnage qu'il incarnait alors. Mutilé au visage par le sport (et
la coke ?), il reviendra la queue basse et le porte-monnaie vide, hanter les plateaux
comme son alter ego hantait les rings, la poitrine haute et le regard dévasté
par ce qu'il avait vu de "l'autre côté des yeux".
Fat City, dans un registre pas si éloigné,
mais 20 ans avant, est, quant à lui, le meilleur film de boxe qu'il soit
possible de voir, la parfaite réplique des univers mélangés
de Toole et London. Tourné dans une atmosphère de fin du monde par
John Huston, ce film, presque expérimental, raconte le quotidien d'une
petite écurie de boxeurs menée par le jeune Jeff Bridges et le moins
jeune Stacy Keach, tous les deux d'une justesse de ton et d'une mélancolie
incroyables. Fat City est une uvre phénoménale, filmée
en couleurs mais en clair-obscur, avec une qualité photographique qu'on
peut rapprocher de La Soif du Mal d'Orson Welles, pour son côté
grisâtre, glauque et sa lumière intérieure. Les combats sont
minables, assez mal chorégraphiés et témoignent d'une technique
approximative qu'on doit mettre autant sur le compte des acteurs que sur celui
des personnages, tous plus nuls les uns que les autres. L'issue des matchs, dans
une formidable inspiration du réalisateur, est parfois filmée depuis
les vestiaires où les boxeurs s'entraînent, s'échauffent ou
se chambrent comme s'ils attendaient collectivement l'heure de l'équarrissage.
Les KO sont rares et Huston a la délicatesse de passer sur les secondes
décisives où le corps du boxeur s'abat sur le tapis pour le récupérer
à la sortie du ring ou après la douche dans un état de délabrement
réellement déchirant. Par delà la réalisation époustouflante,
qui bizarrement fait penser dans les gros plans et les scènes de bar à
Cassavetes, ce qui frappe ici c'est l'émotion qui se dégage des
destinées individuelles, l'errance du personnage de Keach entre sa pseudo-compagne
alcoolique, qu'il partage avec un taulard black, sa vantardise et son dégoût
de lui-même. Fat City est un film désespéré
mais étonnamment joyeux où l'on peut voir agir le bacille de la
boxe dans toute sa splendeur, se greffer dans le cur des hommes jeunes,
les habiter puis les délaisser au fil de la vie et de la dilution des intérêts.
Le destin croisé des personnages permet de dessiner le visage d'un même
homme en erre permanente glissant sur l'écran simultanément aux
différents âges de sa vie. Des prodiges choisissent de renoncer au
métier, des tocards s'entêtent, des hommes tombent amoureux, d'autres
dans le coma. Comme le basket aujourd'hui ou le football, la boxe est un rêve
mais un rêve cruel, illustre Huston, le seul rêve qui se gagne en
tirant des traites sur sa vie et sur sa santé. Une vraie merveille de cinéma
que ce film-là.
"Loosing in your hometown. Hell is the bell that will
not ring again. You will return one day because of all the things that you see
when your eyes close"
(Encore une râclée dans ta ville natale. L'enfer, c'est la cloche
qui ne sonnera plus jamais. Mais tu y reviendras un jour pour toutes ces choses
que tu aperçois lorsque tes yeux se ferment.)
Pour info :
La chanson Boxers (musique Alain Whyte) est issue du CD Single du même nom
et reprise sur le Best-Of du chanteur Morrissey.
Bibliofilmo [suite]
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