Fluctuat.net
Tapages
Cinéma
Musique
Livres
Expos
Scènes
Cyber
Médias
Sortir
Influx
Influx
Par Benjamin Berton
_________________

  • Une sacrée râclée

  • FX Toole

  • Jack London

  • Ciné-Rounds

  • Bibliographie

  • Liens
  • FX Toole
     
    Chez FX Toole, écrivain américain, ancien boxeur et soigneur, l'instant du combat est plus que jamais le point focal de ce qui a précédé. Si sa peinture de la boxe est si juste, si touchante, c'est parce qu'elle n'est pas tant traitée sous l'angle du combat que de son environnement. La boxe, nous dit Toole, est avant tout une affaire de préparation psychologique et physique, une affaire d'organisation et donc une affaire de duperie entre humains. Les nouvelles de l'écrivain forment, par delà les descriptions extrêmement précises des combats eux-mêmes, un petit répertoire des passions humaines. On y croise de vieux entraîneurs fidèles, des éponges magiques, des amitiés inébranlables mais aussi des traîtres, des Judas, des arnaqueurs, des promoteurs véreux et des poètes.

    La nouvelle la plus originale du recueil est sans aucun doute celle baptisée La fille à un million de dollars, parce que c'est la seule où le boxeur est une femme et où on s'aperçoit que cela ne change rien au problème. Le vieil entraîneur Frankie Dunn est pris d'assaut par la jeune Maggie, apprentie boxeuse animée par "l'œil du tigre", ce feu sacré qui change les tocards en combattants. De succès en succès, la jeune femme, boxeuse-enfant pleine de tendresse et de naïveté, grandit sous la coupe du vieil homme jusqu'à décrocher le droit de combattre une brute russe plus forte qu'elle pour une enveloppe record. La suite évidemment sera tragique et au-delà de l'imaginable. Le corps de Maggie, admiré pendant toute la nouvelle, splendide et félin, se retrouve meurtri, cloué dans un lit d'hôpital, sans aucun espoir de rémission. La nouvelle prend alors un tout autre tour lorsque le vieil homme, père sportif et spirituel, choisira d'abréger ses souffrances dans un ultime acte de courage.

    La langue de Toole est précise, frappe juste et s'enrichit de son ancrage dans la réalité quotidienne des boxeurs : leurs difficultés à joindre les deux bouts, leurs rêves de gloire et les tensions ethniques ou de classe qui sous-tendent les affrontements. Les noms des protagonistes - Earl Jetter, Reggie Love, Pats, Mac, Béton Bang-Bang, Pudding, Air Jordan - suffisent souvent à définir leurs origines. Comme toujours dans les bonnes histoires de boxe, ils ne font qu'entrevoir une destinée meilleure avant de se retrouver, sur un punch ou une entourloupe, plus bas qu'à terre. Dans Traces de cordes, la nouvelle la plus longue et la plus ambitieuse du recueil, Toole nous plonge dans un Los Angeles meurtri par les émeutes consécutives au procès Rodney King. La boxe devient un moyen comme un autre de s'en sortir, rencontrant les valeurs austères du sous-prolétariat, le travail acharné, l'ascétisme, le sens de l'honneur tandis que les sirènes de l'argent facile, la truanderie, la logique des gangs veillent et jalousent de l'autre côté.

    La Brûlure des cordes, plus qu'un livre de boxe, est un ouvrage de réalisme social important entre le roman noir, pour la description, parfois amusée et amusante, du milieu et la chronique ethnique et sociale. Les boxeurs sont juifs ou noirs, hommes ou femmes, riches ou pauvres. Ils sont rarement autre chose. Toole raconte leur vie comme si elle n'était, en définitive, que la projection des forces et désirs qui animent le corps social. Le corps du boxeur est l'Amérique entière avec ses ambiguïtés, sa part de rêve et son arrière-goût de ratage global. A l'image de la corruption qui attaque l'Age d'Or fantasmé du noble art, c'est le pays de la liberté qui échoue à soutenir les espérances nées du rêve américain.

    "Il est tellement joli, mon garçon, qu'ils l'appellent Valentine Reggie Love. Il arrive en short de satin rose avec bandes blanches et un cœur blanc sur la cuisse. Bottes hautes roses aussi, avec lacets blancs. Peignoir rose pratiquement jusqu'au sol, avec un nœud en satin blanc dans le dos et des rubans qui descendent aux genoux. Pats et moi, on est en rose aussi. C'est un spectacle, surtout Pats avec ses cheveux blancs et son pif couvert de veines rouges et ses pommettes couleur vinasse. On est quelque chose. On est une équipe, quoi."

    Jack London [suite]

     
    La boxe est un sport de combat / Fluctuat.net - Dossiers 2003