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| FX Toole |
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Chez
FX Toole, écrivain américain, ancien boxeur et soigneur, l'instant
du combat est plus que jamais le point focal de ce qui a précédé.
Si sa peinture de la boxe est si juste, si touchante, c'est parce qu'elle n'est
pas tant traitée sous l'angle du combat que de son environnement. La boxe,
nous dit Toole, est avant tout une affaire de préparation psychologique
et physique, une affaire d'organisation et donc une affaire de duperie entre humains.
Les nouvelles de l'écrivain forment, par delà les descriptions extrêmement
précises des combats eux-mêmes, un petit répertoire des passions
humaines. On y croise de vieux entraîneurs fidèles, des éponges
magiques, des amitiés inébranlables mais aussi des traîtres,
des Judas, des arnaqueurs, des promoteurs véreux et des poètes.
La nouvelle la plus originale du recueil est sans aucun doute
celle baptisée La fille à un million de dollars, parce que
c'est la seule où le boxeur est une femme et où on s'aperçoit
que cela ne change rien au problème. Le vieil entraîneur Frankie
Dunn est pris d'assaut par la jeune Maggie, apprentie boxeuse animée par
"l'il du tigre", ce feu sacré qui change les tocards en
combattants. De succès en succès, la jeune femme, boxeuse-enfant
pleine de tendresse et de naïveté, grandit sous la coupe du vieil
homme jusqu'à décrocher le droit de combattre une brute russe plus
forte qu'elle pour une enveloppe record. La suite évidemment sera tragique
et au-delà de l'imaginable. Le corps de Maggie, admiré pendant toute
la nouvelle, splendide et félin, se retrouve meurtri, cloué dans
un lit d'hôpital, sans aucun espoir de rémission. La nouvelle prend
alors un tout autre tour lorsque le vieil homme, père sportif et spirituel,
choisira d'abréger ses souffrances dans un ultime acte de courage.
La langue de Toole est précise, frappe juste et s'enrichit
de son ancrage dans la réalité quotidienne des boxeurs : leurs difficultés
à joindre les deux bouts, leurs rêves de gloire et les tensions ethniques
ou de classe qui sous-tendent les affrontements. Les noms des protagonistes -
Earl Jetter, Reggie Love, Pats, Mac, Béton Bang-Bang, Pudding, Air Jordan
- suffisent souvent à définir leurs origines. Comme toujours dans
les bonnes histoires de boxe, ils ne font qu'entrevoir une destinée meilleure
avant de se retrouver, sur un punch ou une entourloupe, plus bas qu'à terre.
Dans Traces de cordes, la nouvelle la plus longue et la plus ambitieuse
du recueil, Toole nous plonge dans un Los Angeles meurtri par les émeutes
consécutives au procès Rodney King. La boxe devient un moyen comme
un autre de s'en sortir, rencontrant les valeurs austères du sous-prolétariat,
le travail acharné, l'ascétisme, le sens de l'honneur tandis que
les sirènes de l'argent facile, la truanderie, la logique des gangs veillent
et jalousent de l'autre côté.
La Brûlure des cordes, plus qu'un livre de boxe,
est un ouvrage de réalisme social important entre le roman noir, pour la
description, parfois amusée et amusante, du milieu et la chronique ethnique
et sociale. Les boxeurs sont juifs ou noirs, hommes ou femmes, riches ou pauvres.
Ils sont rarement autre chose. Toole raconte leur vie comme si elle n'était,
en définitive, que la projection des forces et désirs qui animent
le corps social. Le corps du boxeur est l'Amérique entière avec
ses ambiguïtés, sa part de rêve et son arrière-goût
de ratage global. A l'image de la corruption qui attaque l'Age d'Or fantasmé
du noble art, c'est le pays de la liberté qui échoue à soutenir
les espérances nées du rêve américain.
"Il est tellement joli, mon garçon, qu'ils l'appellent Valentine
Reggie Love. Il arrive en short de satin rose avec bandes blanches et un cur
blanc sur la cuisse. Bottes hautes roses aussi, avec lacets blancs. Peignoir rose
pratiquement jusqu'au sol, avec un nud en satin blanc dans le dos et des
rubans qui descendent aux genoux. Pats et moi, on est en rose aussi. C'est un
spectacle, surtout Pats avec ses cheveux blancs et son pif couvert de veines rouges
et ses pommettes couleur vinasse. On est quelque chose. On est une équipe,
quoi."
Jack London [suite]
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