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| Une sacrée râclée |
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"Loosing
in front of your homecrowd / You wish the ground would open up and take you down./
The Crowd calls your name/ The sound, the smell and the spray/ They'll stay 'til
the grave/ Will time never pass ?/ Will time never pass for us ?"
Boxers - Morrissey.
(Une râclée devant ton propre public/ Tu voudrais que le sol s'ouvre
sous toi et t'engloutisse/ La foule scande ton nom/ Le bruit, l'odeur et le spray/
Ils t'accompagneront jusqu'au cimetière/ Pourquoi est-ce que le temps ne
file pas ?/ Pourquoi est-ce que le temps ne passe jamais pour nous ? ")
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Si
la boxe a si souvent fasciné les écrivains, les peintres et réalisateurs
et donné lieu à de nombreuses représentations, c'est parce
qu'elle était plus qu'un sport l'allégorie d'un tas d'autres notions
tragiques par excellence : la guerre, la violence, l'héroïsme, la
souffrance. La concentration sur le ring de l'énergie de deux hommes, la
lutte à mort de deux existences, au travers d'un duel tant physique que
mental, telle qu'on peut la voir dans Rocky ou Raging Bull, les
deux références cinématographiques du genre, a eu tendance
à ramener le genre dramatique qu'est la boxe aux seules scènes de
combat. Scorcese a été loué pour ses scènes d'extrême
réalisme et De Niro pour la transformation qu'il a fait subir à
son corps en incarnant Jake La Motta. Le corps du boxeur, longtemps oublié
et sacrilège pour la littérature de tradition judéo-chrétienne
(voir les descriptions scandaleuses des boxeurs et catcheurs par Maupassant ou
Lorrain), est en effet ce qui dérange dans les peintures pugilistiques.
On le représente en souffrance, dénudé, tordu et tendu vers
un coup ultime qui peut causer la perte de l'adversaire comme son propre effondrement.
La fin du siècle, a vu, dans l'hagiographie de Michael Mann, Ali,
la glorification d'un corps de boxeur en splendeur, privé de douleur, agile
et génial, intouchable et qui échapperait presque par miracle aux
blessures. L'idéal d'une "boxe propre", pendant de la guerre
du même nom, était né, vouant Tyson-le-barbare aux gémonies,
et appelant de ses vux une ère de stylistes (Ray Sugar Léonard)
et de magiciens- mannequins (Oscar de la Hoya). Du chat à la bête
fauve, la fascination est restée intacte, émue tout autant par les
cous de taureaux (Marvin Hagler, Roberto Duran) que par la finesse des artistes
du ring (Ali). Entre les deux, l'art n'a jamais choisi, jouant des fameuses oppositions
de style comme de la fragilité qu'il supposait sous l'écorce des
hommes les plus rudes.
Cette représentation mythique du combat, vécu comme
l'unique lieu du duel et le centre des intérêts, a souvent fait passer
à l'arrière-plan ce qui faisait le véritable attrait de ces
uvres, la plus dure de ses réalités : l'immense solitude du
combattant. "On boxe toujours et avant tout avec et pour soi-même",
déclarait l'ancien champion Neil Mac Cabb. Le tableau de Delacroix représentant
l'affrontement de Jacob et de son Ange donne l'idée de ce qu'est un combat
de boxe : la poussée d'un homme, avec ses jambes et ses poings, pour détruire
son double, son semblable, son contraire, et sauver sa vie, sa peau et son unicité.
Et c'est ce que disent les uvres de FX Toole et de London, le film de Huston,
celui de Mickey Rourke et d'une certaine façon la chanson citée
ci-dessus. L'instant du combat est l'instant de l'affirmation d'une personnalité.
C'est le combat qui autorise le style de façon évidente mais ce
style, romantique ou sauvage, désordonné ou laborieux, sonne comme
le reflet de tout ce qu'il y a eu avant et de tout ce qu'il y aura après
le match. C'est la nature-même de l'affrontement, contre soi-même,
contre un Autre qui nous ressemble sûrement, mais aussi contre le monde
entier, qui fonde la supériorité de la boxe sur tous les autres
sports et sur son pendant folklorique, la corrida et son adversaire animal.
FX Toole [suite]
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