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avril 1980 : Bob Marley fête l’indépendance
du Zimbabwe
"Every man gotta right to decide his
own destiny"
Zimbabwe
Le 17 avril 1980,
Bob Marley joue à Harare, au Rufaro Stadium,
à l’occasion des festivités
qui marquent l’indépendance du
pays. Il avait été invité
par le gouvernement nouvellement élu,
notamment en raison du soutien apporté
à la ZANLA au travers de sa chanson Zimbabwe.
Personne n’avait songé
à indiquer aux Wailers le cadre dans
lequel ils allaient jouer : le show était
programmé à la suite des cérémonies
d’indépendance et pour un parterre
exclusif de personnalités internationales,
dont Robert Mugabe, le nouveau Premier Ministre,
le Prince Charles et Indira Gandhi. En tout,
104 chefs d’Etat ou représentants
assistaient à ce spectacle. De fait,
les Wailers furent un peu pris par surprise,
n’étant pas prêts lorsque
le speaker annonça leur show, juste
après la fin de la cérémonie
d’indépendance.
En définitive, les premiers
mots prononcés dans le Zimbabwe indépendant,
alors que le nouveau drapeau était
à peine hissé sur le mat furent
"Ladies and gentlemen,
Bob Marley and the Wailers !".
Bob cria "Viva Zimbabwe
!", et le show s’ouvrit sur Rastaman
vibrations, avant de se poursuivre par Them
belly full. Alors que Marley entamait I shot
the sheriff, un chahut impressionnant commença
: la foule amassée dehors, à
la fois excitée et furieuse d’être
tenue à l’écart de l’événement,
se mit à s’agiter et cassa les
portes du stade, provoquant un désordre
inattendu. Les forces de l’ordre intervinrent
pour stopper le concert. La police blanche
de l’ex-Rhodesie balança des
gaz lacrymogènes sur la foule noire
amassée en dehors du stade. Les rythmes
joués par Familyman,
le bassiste des Wailers, faisaient monter
la pression. L’ordre ne revint que lorsque
les guérilleros de la ZANLA (Zimbabwe
African National Liberation Army) traversèrent
le stade le poing levé, assurant les
personnes présentes que la police ne
pouvait pas mettre fin aux célébrations.
Bob Marley revint sur scène
après un quart d’heure d’interruption,
en criant "Freedom !". Un speaker
anglais, d’une voix pincée, lui
annonça par haut-parleur "Bob
Marley, you have exactly two minutes left".
Marley répondit par la provocation
en entamant War, hymne à la paix et
à la libération de l’Afrique,
morceau d’anthologie créé
par la mise en musique du discours prononcé
par Heilé Sélassié devant
les nations unies.
"Until the ignoble and
unhappy regimes/ That now hold our brothers/
In Angola/ In Mozambique/ South Africa/ In
subhuman bondage/ Have been toppled/ Utterly
destroyed/ Everywhere is war"
War
Certains spectateurs se joignirent
à Bob Marley pour chanter et danser
avec lui sur scène, reprenant en chœur
un refrain adressé aux voisins sud-africains,
où l’apartheid demeurait : "there
will be war until South Africa is free".
Les scènes d’allégresse
se poursuivirent, la foule étant désormais
rassurée sur son avenir. La fête
devenait une façon de montrer aux racistes
blancs qu'un pays nouveau se construisait
et que, contrairement à ce qui avait
été dit, les noirs de Rhodésie
ne devraient pas attendre 2035 pour prendre
leur destin en main. L’atmosphère
resta surréaliste. Neville Garrick,
l’ingénieur rasta qui assurait
la production des concerts des Wailers, avaient
orienté son impressionnant dispositif
de façon à pouvoir faire entendre
la musique à la foule restée
en dehors du stade, dans des conditions plus
que satisfaisantes. Pour cela, plus de 40
ensembles de baffles, tweeters, mixers et
jeux de lumières avaient été
mobilisés. Ce n’était
pas le convoi de semi-remorques qui suit aujourd’hui
le Rolling Stones circus mais, pour l’époque
et pour le lieu, l’effort était
considérable. Le résultat était
à la hauteur : la puissance sourde
et lourde de la batterie s’entendait
dans le ciel africain de la capitale libérée
tandis que l’énergie, la force
spirituelle, l’histoire et l’émotion
du reggae se diffusaient autour du stade.
Aussi, lorsque Marley gémit "we
don’t need more trouble" (War),
l’atmosphere devint plus calme.
Les deux dernières minutes
concédées par le colonisateur
sur le départ étaient quinze,
les Wailers chantèrent "Africans
a liberate Zimbabwe". La foule reprit
le refrain et Bob conclut son show en appelant
à l’unité pan-africaine,
composante essentielle du message rasta.
Bob réédita l’expérience
le lendemain, offrant un concert gratuit à
100 000 personnes, les pauvres, les chômeurs
et les ouvriers qui n’avaient pas pu
assister aux célébrations depuis
les gradins du stade. Les Wailers furent particulièrement
bons, jouant avec une énergie proche
de l’extase, bien que Bob Marley parut
un ton en dessous de sa forme habituelle,
sans doute un peu dépité par
les gaz lacrymo de la veille et affaibli par
la maladie. Pour lui, un nouveau combat débutait.
Les Wailers passèrent
une semaine au Zimbabwe, se comportant en
véritables ambassadeurs de la Nation
Rasta. Ils organisèrent des matches
de foot amicaux, rencontrèrent le Président
Canaan Banana et les guérilleros dans
leurs camps.
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