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- V.O papier -
1/ Avalanche
introductive : Qui es-tu ? Quand et comment as-tu commencé dans
le journalisme et la presse en ligne ? Quelle était l'idée initiale
du magazine transfert, première version ?
Je suis avant
tout un journaliste. J'ai travaillé pour des titres aussi variés
que Le Télégramme de Brest, Voiles et Voiliers, Wind Magazine, avant
de passer dix ans comme reporter à L'Express. A L'Express, j'ai
travaillé, dans les services "économie", "science", "enquête" et
"société". J'ai aussi, alors que j'étais reporter, co-créé (avec
Corinne Denis et Jean-Claude Bizet) L'Express Online, l'édition
électronique de L'Express, en 1995. Je faisais cela tout en continuant
mes reportages, sur des sujets très variés (de la maladie de Chagas
en Bolivie, au MediaLab du MIT, à Boston, en passant par les tribus
perdues de Papouasie-Nouvelle Guinée). J'ai commencé dans le journalisme
en 1981, à 17 ans. Je n'ai jamais arrêté, poursuivant mes études
comme "étudiant salarié dispensé d'assiduité" (très pratique...).
J'ai fait deux DEA pendant que je travaillais pour les journaux
nautiques, avant de rejoindre L'Express en 1988, quand j'étais encore
à l'ESCP (Sup de Co Paris). J'ai découvert le journalisme en ligne
en 1991, avec AOL et Compuserve, aux Etats-Unis, et j'ai alors travaillé
pour que L'Express s'y mette aussi. Ce qui a été fait en 1995.
J'ai quitté
L'Express en 1998 pour créer Transfert.net, que je voulais être
une expérience novatrice: créer un titre papier et un titre Web
ensemble, les deux travaillant en parfaite complémentarité. Je voulais
faire des titres racontant la révolution que je voyais avec l'arrivée,
dans tous les domaines de notre vie, du numérique. Wired le faisait
aux Etats-Unis. Personne en France.
2/ Transfert
est à la fois un site de presse en ligne et un magazine en version
print. Quelle est leur histoire respective et comment se distribuent
les différentes activités, en terme de complémentarité, de priorité,
de rentabilité ? Quels sont notamment les objectifs assignés au
magazine Transfert aujourd'hui ?
le site et le
magazine sont nés ensemble, le même jour. Le titre papier a été
suspendu pendant quelques mois pour cause de manque de financement,
mais l'absence n'a duré que trois mois. Le titre était trimestriel
jusqu'à octobre 2000, le site hebdomadaire jusqu'à mai 2000. Le
site est passé alors quotidien, la version mensuelle de Transfert
magazine étant datée du n°8, d'octobre 2000. Aujourd'hui, le site
n'est pas rentable, le magazine le sera d'ici six mois. Il n'y a
pas d'objectifs "assignés" si ce n'est de proposer le meilleur journalisme
possible sur les thèmes qui nous intéressent: raconter l'impact
des technologies sur notre vie, nos activités.
3/ Comment
se distingue Transfert par rapport à des magazines comme Newbiz,
Futur(e)s ou plus récemment le Nouvel Hebdo ? Y a-t-il un lectorat
suffisant pour tous ces titres ou devra-t- il y avoir des rapprochements,
des rachats, des cessation de publication ?
Ces titres sont
très différents: Newbiz est une sorte de Capital de l'économie numérique;
Nouvel Hebdo est un titre à destination d'un public professionnel;
Futur(e)s et Transfert sont les plus proches, mais je trouve très
bien qu'il existe plusieurs titres sur un même secteur. La concurrence
est saine, et permet au lecteur, en kiosque, de mieux identifier
une famille de titre. Maintenant, l'avenir économique est difficile,
si tôt, à prédire. Il faut de 5 à 7 ans pour équilibrer un titre
de presse (les titres ambitieux éditorialement, plus chers à produire,
en tout cas).
4/ Le Monde
vient d'annoncer qu'il arrêtait son supplément "Le monde interactif"
du mardi. Motif sous-entendu : il n'y a plus d'annonceurs pour ce
genre de suppléments. N'y a-t-il pas là un problème fondamental
pour les journaux, devenus des supports publicitaires davantage
que des projets éditoriaux cohérents ? Comment, en pratique, les
supports (sites, portails, webzines) peuvent-ils "vivre" de la pub,
sinistrée actuellement, si les lecteurs ne veulent pas payer ?
Avant tout,
les journaux ont besoin de la publicité pour vivre, sinon ils devraient
faire payer un prix déraisonnable à l'acheteur. Le vrai prix de
production (rédaction, fabrication, distribution) d'un magazine
(entre 100 et 200 pages, tout couleur, beau papier) est au moins
de 40 francs. Minimum. Pour pouvoir le vendre 25 F, il faut de la
publicité. Ou alors vous faites comme le Canard Enchaîné :
huit pages papier journal vendus 10 F. Ce problème n'est absolument
pas incompatible avec un projet éditorial cohérent. Au contraire !
Si le projet éditorial n'est pas cohérent, cela n'intéressait pas
les annonceurs de passer dans le magazine. Donc il faut un projet
cohérent pour intéresser les lecteurs, et si vous réussissez cette
première phase, les annonceurs viendront. l'inverse n'est pas vrai.
Ce qui signifie aussi que vous ne pouvez que difficilement faire
reposer votre équilibre économique sur les seuls annonceurs. Les
acheteurs doivent représenter une part non négligeable de vos revenus.
Le problème du Monde n'est pas du tout celui que vous décrivez :
Le Monde a une pagination fixe, annuelle, et ils ont besoin de récupérer
des pages pour le quotidien, la période électorale étant consommatrice
de pages pour les rubriques politiques. Ils ont choisi de prendre
ses pages sur la partie la moins rémunératrice : le supplément
Interactif. Qui avait certes, subi le contre-coup publicitaire,
mais on pouvait aussi parier sur un déséquilibre passager. C'est
avant tout un choix de stratégie globale de l'entreprise Le Monde,
dans un contexte précis pré-électoral.
Les lecteurs,
en outre, sont prêts à payer pour du papier, si cela correspond
à ce qu'ils recherchent. Pour du Web, c'est plus compliqué pour
des titres dont l'apport n'est pas immédiat pour leur propre business
: je pense aux deux titres qui arrivent bien à faire payer, Les
Echos et le Wall Street Journal. Pour les autres, il faut être inventif.
En réservant les articles de plus de sept jours (en clair, les archives)
à ses abonnés ou acheteurs du magazine papier, Transfert a réussi
à augmenter les abonnements au magazine, et même à faire souscrire
à des abonnements pour le seul site.
5/ Sur le
modèle pub, pour combien de sites y'a t-il de la place sur le web
français selon vous ? Vous avez vous-même adopté un modèle en partie
payant : quels sont les résultats ? (C.A, audience, etc.). Les internautes
sont-ils prêts à accepter de payer des contenus/services en ligne
?
Résultat : l'audience
n'a que très peu baissée (moins de 10% de baisse), et les abonnements
ont triplé. Pour nous, c'est très positif. Les internautes comprennent
très bien le deal : ils s'abonnent à un magazine papier, mensuel,
qu'ils vont recevoir par courrier, et ont du coup accès à l'intégralité
de Transfert.net sur le Web. C'est simple, clair et plutôt avantageux
pour l'abonné.
Sur le modèle
pub, seuls les titres appuyés sur des publications papier, coûtant
très peu cher, et visant soit une très large audience (beaucoup
de pub, vendue peu chère), soit une niche rentable (peu de
pub, vendue chère), saurons trouver un équilibre. Je ne vois pas
trop comment les autres pourront tenir.
[ suite de l'interview ]
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