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- E-zine for the digital mutants -
1/ Mitraillette
introductive : Qui es-tu ? Quelle est la ligne éditoriale de la
Spirale ? Comment est née la Spirale ? Et pourquoi ce nom ?
Illustrateur
numérique, journaliste, réalisateur vidéo et concepteur de sites,
j'ai plusieurs casquettes. Ces basses besognes graphiques ou journalistiques
me permettent de subsister tout en continuant à m'occuper de projets
personnels comme la Spirale, un ezine bilingue français/anglais
consacré à tout ce qui s'agite du côté obscur de la culture contemporaine.
La Spirale est
née au début des années 90 de l'acquisition de mon premier ordinateur
(un Amiga 2000 !) et de ma découverte de la cyberculture californienne,
une mouvance qui associait déjà les technologies de pointe aux contre-cultures
les plus déjantées au travers de revues comme Mondo 2000, Boing
Boing, Future Sex ou les tous premiers numéros de Wired. Elle a
existé dans un premier temps sous la forme d'une lettre d'information
photocopiée que je tirais à 3000 exemplaires. Sa transposition sur
le Web s'est faite en 1995 avec ma première connexion et le site
n'a depuis lors cessé de se développer pour réunir aujourd'hui plusieurs
centaines de pages consacrées à tout ce qui sévit du côté obscur
de la culture populaire contemporaine.
Il m'est par
là même difficile de parler d'une ligne éditoriale. C'est beaucoup
plus brouillon et ça part un peu dans tous les sens : guérilla médiatique,
art numérique, hacking, films undergrounds, cyberpunk, fétichisme,
musiques urbaines, modifications corporelles et autres conspirations
extra-terrestres. Je m'attache simplement à suivre les excentricités
qui m'amusent et que je considère comme emblématiques de
notre époque ou annonciatrices de changements importants dans le
futur.
2/ Les nonnes
travesties des Soeurs de la Perpétuelle Indulgence, les cobayes
humains de Guinea Pig Zero, la Milice du Montana, les satanistes
du 600 Club, les guérilleros médiatiques du Billboard Liberation
Front... Quelle est la part du délire ludique et de l'anticipation
véritable ? Y a-t-il un profil et un crédo type du cyber mutant
ou le propre de l'évolution digitale est-elle de permettre que s'expriment
des tendances les plus hétérogènes ?
Laissons le
soin de définir un profil type de cyber-mutants aux scénaristes
de séries B hollywoodiennes. L'époque actuelle est d'une richesse
incroyable en matière de créativité déviante. On ne peut même plus
définir une tendance majoritaire tellement ça explose dans tous
les sens et le mutant digital tel que je le vois est une créature
forcément protéiforme. Les nonnes travesties des Soeurs de la Perpétuelle
Indulgence et les satanistes du 600 Club n'ont pas grand-chose en
commun - si ce n'est probablement du point de vue d'un intégriste
mais c'est une autre histoire. Et ils participent tous de l'immense
délire collectif qui s'est emparé des réseaux informatiques.
Quant à la part
de délire ludique et d'anticipation véritable, nous ne pouvons qu'espérer
que les deux se conjugueront. Le futur qu'on nous annonce est déjà
assez sombre comme ça. On a bien besoin des excentriques pour ne
pas sombrer dans la dépression la plus totale. Vous imaginez un
monde exclusivement composé de psychopathes de la trempe de Messier
ou de Bill Gates !?
3/ Le site
est bilingue et ton regard se porte souvent outre-manche et outre-atlantique
: que penses-tu du web francophone ? Y a-t-il une cyberculture en
France ? La plupart des participants à la rubrique "Fiction" par
exemple sont anglo-saxons. Les révolutions mises en branle par les
cybermutants se portent-elles au-delà de toutes les frontières culturelles,
sociales... ?
Je n'ai pas
grand-chose à dire sur le web francophone puisque je n'en connais
finalement qu'une infime partie. Il était plus facile de repérer
les sites intéressants au milieu des années 90 lorsque nous étions
moins nombreux. Mais ça me semble foisonnant pour peu qu'on fasse
preuve de curiosité. A chaque fois que je fais des recherches sur
des thèmes aussi farfelus que le mouvement queer, les légendes urbaines,
le graffiti, la nécromancie ou les explorateurs des catacombes,
je ne reviens pas du nombre incroyable de sites consacrés à chaque
subdivision de ces mouvances. Ceux qui veulent censurer le réseau
ont du souci à se faire. Surtout que cette agitation ne connaît
pas de frontières culturelles, sociales ou géographiques.
Pour en revenir
à la cyberculture à la française, nous avons bien Fred Forrest et
Joël de Rosnay… Hum. Je viens peut-être de dire une bêtise... Bref,
je m'embrouille mais ça explique peut-être, pour répondre à votre
question, la forte présence d'auteurs anglo-saxons dans la Spirale.
4/ A partir
de quel moment la contre-culture devient "overground" ? Vous est-il
arrivé de vous tromper sur les visées alternatives d'un artiste
ou d'un acteur de la contre-culture ?
Les initiatives
intéressantes en provenance des marges et des contre-cultures finissent
bien souvent par être assimilées et filtrées par les médias et les
producteurs de divertissements de masse. Ca fait partie de leur
travail. Ils dépouillent de son contenu - contenu qui aurait pu
gêner le statu quo - tout ce qui possède un potentiel culturel et
commercial pour n'en revendre que l'image. C'est toujours la même
histoire. Et pendant ce temps de nouvelles vagues contestataires
se constituent pour prendre la relève. C'est un cycle naturel, presque
un écosystème socio-culturel. Mais je crois heureusement que de
nouvelles idées marginales passent à travers les mailles de leurs
filtres pour toucher le plus grand nombre à chaque fois que ce cycle
se répète. Ce qui entraîne petit à petit des changements dans notre
société.
Pour en revenir
aux visées alternatives d'un artiste ou d'un acteur de ce qu'il
est convenu d'appeler les contre-cultures, je ne pense pas m'être
trompé puisque je ne me pose surtout pas en arbitre de la chose.
Loin de moi la volonté de juger une personne en fonction de son
appartenance ou non à une quelconque sous-culture. Ca me rappelle
trop la fin des années 80 et l'époque de la vague alternative autour
des Béruriers Noirs où chacun se vantait d'être plus pur et plus
punk que l'autre. Pitié ! Soyons fluides. L'appellation " contre-culture
" reste pour moi un fourre-tout bien pratique que j'utilise lorsque
je tente maladroitement d'expliquer ce dont il est question dans
la Spirale.
5/ L'article
dont tu es le plus fier et/ou celui qui a été le plus lu sur La
Spirale ?
Peut-être bien
les interviews de Boris Petrovic et Marko Domanovic, deux jeunes
artistes électroniques serbes interviewés durant les bombardements
de l'Otan sur Belgrade. Il ne s'agissait évidemment pas de prendre
parti pour le régime de Milosevic mais de souligner que des gens
proches de nous subissaient de plein fouet ce qui se passait là-bas
et que la réalité n'était pas aussi manichéenne qu'on voulait nous
le faire croire. Un constat basique qu'on a un peu tendance à oublier
sous la pression qu'exercent les médias de masse en période de crise.
Mais je suis
aussi très fier de mes interviews de Cindy Plenum, une ex-star du
porno mousticophile, de Richard Metzger, le diabolique fondateur
de Disinformation.com, ou de Kevin Warwick, un chercheur de l'université
de Reading qui travaille sur l'implantation de puces électroniques
dans le corps humain. Sans oublier ma première interview de Maurice
Dantec à l'occasion de laquelle il avait enfumé mon appartement
jusque dans ses moindres recoins.
[ suite de l'interview ]
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