Lordre règne sur le Web
(mais tout va bien)
"La "
société de l'information " est devenue, au cours des toutes dernières années, et
à partir des Etats-Unis, la techno-utopie explicative et légitimante du capitalisme
mondial. Objectif principal de l'ingénierie sociotechnologique et culturelle des pays les
plus développés du monde, elle conforte le véritable objectif du capitalisme
contemporain, à savoir la création de l'espace marchand mondial unique (the global
market place), entièrement laissé au libre jeu des forces privées du marché."
Dangers d'une
techno-utopie, Riccardo Petrella, Le Monde Diplomatique, mai 1996

" Pour accéder à la Toile mondiale, il
vous faudra dabord vous équiper. Nous vous indiquerons quels matériels, logiciels
et services vous procurer, et comment les utiliser. Web Magazine vous y aidera, quel que
soit votre niveau de départ. Ainsi, le Réseau des Réseaux entrera sans heurts dans
votre quotidien
pour devenir bientôt aussi essentiel que votre télévision ou votre voiture. "
François Montel,
Rédacteur en chef, Web Magazine N°1, mai 99
A la façon dun Talleyrand exprimant sa
nostalgie de lAncien Regime, nous nous écrirons sans doute un jour :
" Qui na pas connu le Web avant 1998 na pas connu la douceur de
vivre ". Jour après jour, le Web perd de son charme. Naïfs, nous avons été
nombreux à croire que ce nouveau media menait à la démocratie directe, à la création
artistique tous azimuts, à la paix mondiale et à la réduction de lentropie
universelle. Le mépris affiché par les mastodontes industriels à légard du Web
nous renforçait dans lidée que nous avions quelques années devant nous pour
modeler le réseau selon nos désirs. Hélas ! le " gadget " est
devenu le principal vecteur de la mondialisation des échanges, transformant les marchands
de tous poils en thuriféraires de la communication électronique. Le Web ne sera resté
un paradis terrestre que pendant cinq petites années. Il peut envier le sort des plages
de la Méditerranée, laissées tranquilles quelques millénaires avant que les hordes de
touristes et les promoteurs immobiliers ne les envahissent. Décidément, tout va de plus
en plus vite, même la pollution. Pauvres de nous. Les ballades sur le Web ont
aujourdhui le même charme que les déambulations dans la zone commerciale de
Vélizy.
Vous vous dites peut-être
que tout ça est très exagéré... |