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Un rein mis aux enchères sur le web
Qui dit mieux ? |
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Lexplosion du commerce électronique provoque de plus en plus
dincidents, souvent comiques, parfois tragiques. Le 2 décembre dernier, le site
denchères en ligne eBay a
défrayé la chronique en organisant la vente sur le Web dun rein humain. Le
vendeur, un certain monsieur Hchero de Sunrise (Floride), avait formulé son offre de
manière plutôt désinvolte :
"Rein humain fonctionnel à vendre. Vous pouvez choisir
n'importe lequel des deux. L'acheteur assumera tous les coûts médicaux et de
transplantation. Evidemment, un seul rein est à vendre car j'ai besoin de l'autre pour
survivre. Offre sérieuses seulement"
Les enchères se sont envolées dès la mise à
prix, le 26 août, le rein mis en vente atteignant rapidement le prix de 5,7 millions de
dollars. Les gestionnaires du site eBay ont alors stoppé la vente, prenant la mesure des
risques juridiques qu'encourait leur société. Il est en effet illégal de vendre des
organes aux Etats-Unis, comme dans la plupart des pays occidentaux. Une telle vente est
passible d'une amende de 50 000$ et de cinq ans de prison. En mettant un terme aux
enchères, les responsables du service ont voulu signifié quils
nencourageraient jamais, de près ou de loin, ce genre de pratiques. Incapables de
surveiller de façon exhaustive le déroulement des dizaines de milliers denchères
qui ont lieu simultanément sur leur site, les responsables deBay ont dû
reconnaître à cette occasion quils comptaient sur les délateurs pour débusquer
les pratiques illégales. Ils ont en outre tenté de dédramatiser lincident en le
mettant sur le compte dun farceur. Les blagues sont il est vrai monnaie courante sur
eBay. Certains internautes mettent en vente leur femme (pour une mise à prix modeste),
leur chien ou le pont de Brooklyn. Quelquun a même essayé de vendre le site eBay
aux enchères (la blague aurait plu à Lenine). La formulation de lannonce plaide en
faveur de cette thèse. Pour autant, laffaire a suscité sur le réseau un débat de
société qui relègue au second plan la question de lauthenticité de loffre.
Les enchères ayant été arrêtées, il nest dailleurs pas possible de savoir
si les acheteurs pressentis émettaient des propositions sérieuses. |
Explorant les
interdits et les limites de nos sociétés en voie de dématérialisation, lincident
restitue plusieurs débats dimportance. |
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| La redéfinition des
tabous traditionnels. Le Web génère une culture
relativiste et cynique où on peut se moquer de tout. Réfugiés dans la virtualité, les joyeux schizophrènes
tendent à négliger le corps et à tourner en dérision la souffrance des autres.
Lincident a dailleurs troublé les patients transplantés et ceux qui sont
encore en attente dun greffon (40 000 personnes aux Etats-Unis). En 1998, 12 000
patients ont pu recevoir un rein, tandis que 2 300 autres sont morts en attendant un
organe. Les patients transplantés utilisent beaucoup lInternet pour
sinformer, pour correspondre entre eux ou avec leurs médecins. Certains ont attendu
plus de cinq ans avant de pouvoir être transplantés. Ils ont réagi vigoureusement,
choqués qu'un rein puisse faire l'objet d'une enchère, ou d'une blague. Lépisode
révèle le décalage entre les besoins des patients et la rareté des donneurs. Il
relance le débat sur le marché noir des organes humains, supposé prospère en Europe de
lEst et en Asie du Sud-Est. Interrogée par le San Jose Mercury News, Nancy
Scheper-Hughes, médecin et enseignante à lUniversité de Berkeley, insiste sur le
développement de ces trafics. Selon elle, il nest pas rare que le prix dun
rein atteigne 10 000 dollars. Les réseaux électroniques pourraient devenir un des
principaux vecteurs de ce commerce, à condition toutefois que les trafiquants optent pour
des systèmes confidentiels, une liste de diffusion privée remplaçant avantageusement un
site denchères public. Pour lutter contre ce type de dérives, Nancy Scheper-Hughes
a annoncé la création dune organisation, Organ Watch, auprès de laquelle
les individus pourront mentionner les ventes présumées dorganes humains.
Le mythe de la transparence. Jour après jour, le Web saffirme comme un vaste marché mondial en
temps réel, une sorte de bourse électronique ouverte à tous les individus, où tout (ou
presque) peut sacheter et se vendre, où loffre et la demande de biens et de
services séquilibrent en permanence. Après les livres, les CD, les voitures, les
services financiers, les médicaments et mille autres choses, lépisode eBay montre
que même un organe humain peut faire lobjet dune transaction sur ce réseau
qui ne sarrête jamais de fonctionner. Seules des limites juridiques permettent
dempêcher les dérives dun système marchand quasi parfait, où
linterconnexion de millions dagents (individus et sociétés) décuple les
possibilités déchanges. Il nest pas étonnant que lincident ait lieu
sur la plus grande foire électronique du monde, où 6 millions dabonnés se
disputent quotidiennement plus de 2,6 millions dobjets disponibles. Juxtaposant dans
sa vitrine électronique toutes les productions humaines, eBay traduit un certain
nivellement du monde contemporain : une paire de botte vaut Shakespeare, un rein
humain vaut une toile de maître.
Lenjeu de la confiance. Hchero est un pseudo créé sur le site même debay, qui offre aux
vendeurs et aux acheteurs la possibilité de ne pas dévoiler leur véritable identité.
Un célèbre slogan présentait dès 1993 les vertus de lanonymat
électronique : Sur lInternet,
personne ne sait que vous êtes un chien.
Le slogan ornait un cartoon où un cocker envoyait sur un forum de discussion une
invitation à dîner. Les manipulations permises par le media alimentent depuis ce temps
les chroniques des journaux. Laffaire David H a
montré récemment la nécessité de disposer doutils dauthentification et de
sécurisation des transactions électroniques. Soucieux de protéger leur
confidentialité, habitués à lanonymat des villes mais désireux dinventer
de nouvelles formes de sociabilité, les internautes doivent concilier des objectifs
parfois contradictoires. Les utilisateurs du réseau aiment dailleurs utiliser de
multiples pseudos et adresses e-mail, compartimentant leurs vies électroniques, adoptant
un certain détachement par rapport à leur propre discours. Cette tendance favorise la
défiance et le cynisme. Qui parle ? Suis-je assuré de lidentité de mon
correspondant ? Quelle est la crédibilité de ce message ? Comment être sûr
quil ne sagit pas dune blague, ou dun piège ? Heureusement,
le développement des outils de cryptage et de signature électronique, annoncé par un récent projet de loi, permettra de résoudre en partie ces
problèmes.
La question du contrôle. Les dirigeants de start-up Internet sont les premiers à louer la
puissance des technologies quils manipulent, capables deffectuer des
traitements toujours plus nombreux en un minimum de temps. Or, lincident révèle
que toutes les ressources deBay sont affectées au fonctionnement commercial du site
(servir de plus en plus de pages, permettre laccès à de plus en plus
dinternautes, stocker de plus en plus de références dans les bases de données,
etc.), et quaucun moyen nest mis sur la régulation de lapplication.
Obsédées par la croissance, les entreprises nées sur le réseau devront intégrer ce
souci légitime pour répondre aux attentes placées en elles. Vu limpact dune
publicité aussi négative, il y a fort à parier que les actionnaires demanderont à ces
sociétés de prêter davantage dattention à la façon dont les internautes
utilisent leur service. Sans cela, pourquoi ne pas imaginer que les sites denchères
servent à vendre de lhéroïne, des ouvrages néo-nazis ou les services de
prostituées ? Déjà, le service permet dacheter des armes et des munitions de
tous types, comme lautorise la législation américaine. La question du contrôle
est donc posée à léchelle internationale. Le Web oblige les pays occidentaux à
collaborer en la matière. Faute dhomogénéiser leurs législations, les Etats
devront inventer des moyens juridiques et informatiques de maintenir des lois différentes
sur un territoire électronique par définition sans frontières. |

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La mise aux enchères dun rein sapparente à une provocation
gratuite dont la seule vertu est de susciter un débat sur lacceptable et
linterdit. Ce type dépisodes forme un rite social par lequel nos sociétés
mondialisées définissent les règles de la vie commune pour les siècles des siècles
électroniques. Le 25 septembre dernier, eBay a dailleurs défrayé une nouvelle
fois la chronique en organisant, toujours à son insu, la mise aux enchères de 250 Kg de
marijuana. Le lot avait atteint 10 millions de dollars lorsque les autorités sont
intervenues, escamotant ainsi un passionnant débat sur le cours du cannabis à
léchelle internationale. Mettre le gramme à 250 francs ressemble il est vrai à
une fameuse escroquerie.
Kz
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aux enchères (AuctionWatch) |
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