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| Que sont-ils devenus ?
Retour
sur un destin brisé : Le Kid, joueur vedette du Champion Pub |
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| Il fut le héros de lété 98, enchaînant les victoires,
déchaînant la liesse populaire et suscitant des vocations chez les jeunes et les moins
jeunes. Nos reporters ont retrouvé le Kid, alias Champion Pub, dans un
troquet de la butte Montmartre. Confessions amères du Kid, brisé et oublié. Le monde du
flipper est impitoyable pour ses stars déchues.
FLU : hello Kid, comment vas-tu ?
Le Kid : bof, on fait aller.
FLU : certains journaux laissent entendre que tu
pourrais prendre ta retraite prochainement. Tu confirmes ?
Le Kid : je confirme que dalle !!
Je me battrai tant que jen aurai la force. Même si je ne suis plus au premier plan,
certains patrons de café continuent à maccorder leur confiance, cest ce qui
me pousse à continuer. Et puis, jai encore quelques fans, heureusement, je me dois
dêtre à la hauteur.
FLU : justement, que pensent-ils de tout ça ?
Le Kid : bof, ça dépend. Certains se
sont éloignés dès que les choses ont commencé à mal tourner. Dautres mont
soutenu dans les pires moments, notamment quand jai eu ma fracture du bras, qui
ma beaucoup handicapé dans les combats. Globalement, je ne me fais plus
dillusions sur la nature humaine.
FLU : on parle beaucoup des Monsters Bash en ce
moment. On peut même dire que ta mise à lécart coïncide avec leur arrivée au
Top des flippers les plus populaires. Que penses-tu deux ?
Le Kid : les Monsters Bash sont une bande
de ringards qui se prennent pour des Rock stars. Dracula me fait pitié, il est censé
être au top de sa forme et ne sait rien faire dautre que bouger comme un gland de
gauche à droite sur son rail. Quant à Frankenstein, tout est dit, il ne bouge même
pas ! Ce gros porc se contente dencaisser les billes dans sa face. Quant aux
autres
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| FLU : beaucoup de rumeurs ont circulé
concernant ton éviction des bars au profit des Monsters Bash. Que sest-il passé
exactement ?
Le Kid : je me suis fait avoir de
façon déloyale. Un soir de pleine lune, alors que je mapprêtais à monter sur le
ring, je me suis fait serrer dans les vestiaires par cette bande denfoirés. A six
contre un, timagines ?! Jai latté la momie mais je me suis fait
assommer par cette baderne de Frankenstein. Dracula et Wolfman mont mordu pendant
que lautre salope me fouettait avec ses chaînes. Le monstre des profondeurs a
failli me noyer. Heureusement, Armando Santiago ma secouru in extremis.
FLU : je croyais quArmando était ton ennemi
juré ?
Le Kid : non, Armando est un ami. Sur
le ring, chacun défend son titre mais en dehors, nous sommes comme les deux doigts de la
main. Dailleurs, je suis aussi très proche dAntonio Jabarini et de Bim Bam
Boum, avec qui jai pas mal tourné sur le circuit pro. |
| FLU : suite à ce départ, tu nas
pas été beaucoup défendu par la presse ni par les instances internationales du flipper
Le Kid : ouais, le monde du flipper est
devenu pourri. Cest chacun pour soi. Ya trop de fric qui tourne, ça devient
malsain. En plus, certains saccrochent comme des malades pour faire une saisons de
plus dans les cafés ou les salles de jeux. Cest pas encore le vélo, mais la dope
commence à polluer lambiance. On a trop la pression et le rythme de travail est
vraiment trop élevé. Je lai dit à nombreuses reprises : soit on limite les
cadences, soit on installe davantage de flippers. |

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| FLU : on ta vu récemment au bras
dElvira. Cest sérieux ?
Le Kid : Elvira est entrée dans ma vie
à un moment où je commençais à taquiner sérieusement la bouteille. Tu sais que
cest
passer des journées entières à proximité du comptoir, ça créé des
tentations. Je ne parle même pas des moments où les joueurs claquent, là cest la
fête, on est parti pour une tournée générale. Elle ma empêché de devenir
alcoolique. Cest la femme de ma vie.
FLU : Envisages-tu davoir un enfant avec
elle ?
Le Kid : on verra dici quelques
mois. Nous voulons dabord profiter pleinement lun de lautre. Elvira est
une vraie tigresse. Jadore entendre son petit cri quand on introduit une pièce pour
jouer avec elle. Et puis, il faut dabord que nous trouvions une maison. Ya
quelques mois, on voulait emménager dans le même flipper mais ça na pas pu se
faire, à cause dun problème de rampes et de bumpers mal placés. On a demandé à
Williams© darranger ça. |
| FLU : revenons à ta carrière. Quel
est ton meilleur souvenir ?
Le Kid : ah !
difficile à
dire. Jai livré tant de combats marquants que jhésite à mettre en avant un
moment plutôt quun autre. Je me souviens quand même de cette soirée hallucinante
au Nord-Sud (Paris 18°, ndrl), le 20 février 98. Il faisait super froid et yavait
un monde incroyable pour assister à la partie. Je jouais ma cinquième bille, grâce à
une Extra ball obtenue dans la Spittin galery. Inutile de te dire que cétait chaud.
Jai livré mon sixième combat sans avoir de beau coup en réserve. Jétais
opposé à un de tes compatriotes, Pierre Le Punch, pour le titre de Champion Pub. Pierre
était en forme mais je voulais absolument gagner ce combat. Jai enchaîné les
coups sans réfléchir, sans jamais amortir la bille et sans la bloquer avec les flips.
Ya eu du déchet, cest sûr, mais son quotient de forme est descendu à toute
vitesse. Cétait vraiment extraordinaire. A la fin, jai tapé au centre,
larbitre la déclaré vaincu et la bille est retombée pile dans le
trou ! Je suis tombé à genoux mais Pierre, lui, était bel et bien K.O.
Javais misé tout mon score sur ce dernier combat, environ 600 millions. Jai
donc doublé mon résultat. Crois-moi quaprès ça, jai été tranquille
quelques mois. |
| FLU : si tout était à refaire ?
Le Kid : je recommencerais, sans
hésiter. Ma carrière a été brève mais elle ma donné beaucoup de satisfactions.
Et puis, jai pas mal voyagé : Londres, Moscou, Paris, Las Vegas
partout, jétais la star. Mes fans venaient même macclamer à
lentraînement, ils adoraient me voir sauter à la corde. Jarrivais à faire
30 sauts daffilée
Bon, bien sûr, si cétait à refaire,
jéviterais de me faire avoir et je me ménagerais. Jai pris trop de coups. En
plus, les patrons de café sarrangeaient toujours pour que le flipper ne puisse pas
tilter trop facilement. Jai accepté les règles du jeu, après tout je suis un
boxeur. Résultat, jétais régulièrement blessé. Je ne sais même plus combien de
fois jai dû aller à la Pinball Clinic pour me faire opérer.
FLU : tu prépares actuellement ta reconversion. Que
comptes-tu faire ?
Le Kid : je ne sais pas encore.
Jai encore du mal à réaliser que ma carrière va bientôt sarrêter. De
toutes façons, il faudra bien que je trouve un job pour subvenir à mes besoins. Les gens
croient que je suis riche, mais ils se trompent. Même si les joueurs narrêtent pas
de filer des tunes, jen vois pas la couleur. Sur 10 balles, quasiment tout part chez
le constructeur (Williams©, ndrl), lintermédiaire ou les patrons de
café. Total, jai dû parfois piquer dans la caisse pour rentrer en taxi :
quand tu perds un combat, tu peux oublier ta prime.
Jai encore quelques belles années
devant moi, autant en profiter pour mettre de côté des économies. Je pense partir en
tournée en Province. Les gens ne me connaissent pas là-bas et ils sont contents quand on
leur apporte un peu danimation. En plus, les gens sont plus calmes en Province, les
parties devraient être moins éprouvantes. Après, je verrai. Jaimerais créer un
syndicat pour défendre les intérêts des personnages de flipper. Yen a marre de se
faire escroquer ! Les conditions de travail sont devenues inacceptables et on doit se
contenter de salaires de misère. Il faut que les jeunes se mobilisent et jouent la carte
de la solidarité. Quand on arrive dans le métier, on croit que tout est beau, tout est
facile. Les flippers sont neufs, les élastiques sont bien tendus, les bumpers ont la
pêche, les circuits électriques sont au top. Quand les forces commencent à décliner,
il est trop tard pour lutter contre les injustices.
FLU : penses-tu quun syndicat des personnages
de flipper puisse faire entendre sa voix dans le milieu, alors que la mondialisation
oblige les jeux à toujours plus de concessions pour être présents dans les
cafés ?
Le Kid : justement ! Si on ne fait
rien, nous disparaîtrons comme ont disparu les baby foot (sauf en Province, ndrl). Seul
un syndicat fort peut sopposer aux multinationales du loisir, qui veulent nous
asservir. Jai pris des contacts avec mes collègues, beaucoup sont prêts à me
suivre. Les Trolls de Medieval Madness ont même accepté de faire un meeting avec
moi le 10 juin prochain, au Café des sports (Paris 16°, ndrl).
Propos
recueillis par Kzino |
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