Comme lhomme moderne sinforme de plus
en plus, il est logique quil soit de plus en plus désinformé, toutes choses étant
égales par ailleurs. Notre démocratie dopinion a pour carburant des mass media
dont le principal objectif est de restituer, à un moment donné, le sentiment général.
Tout ça a été dit et redit. Pour les distraits, il suffit de voir Jospin naviguer à
vue, au gré des sondages et de lhumeur des éditorialistes vedettes pour sen
souvenir.
On a beau le savoir, on ne prête pourtant pas une
attention suffisante aux multiples manipulations dont nous faisons lobjet. Rien
nest accidentel et il nexiste pas de quiproquo collectif. En matière
diplomatique comme en politique, le concept dinformation dominance sert de
manuel aux ambitieux de tous poils. Selon cette théorie, formalisée notamment par David
Bouden, " il est possible de maîtriser son environnement en maîtrisant
linformation ".

La désinformation classique se transforme ainsi
en guerre de linformation (infowar), aux objectifs et au spectre plus larges.
Les multinationales, par exemple, entrent dans le jeu. Plus puissantes que la plupart des
Etats, elles se battent il est vrai pour des motifs plus sérieux que les quelques
hectares de terre dont on fait les Verdun. Derrière les termes plus policés de veille
stratégique ou dinfowarning, les entreprises veulent à tout prix maîtriser
linformation juste le plus tôt possible et nuire à leurs concurrents en le dotant
dun maximum dhandicaps. Dabord, il convient de les priver de la bonne
information. Il est encore plus profitable de les intoxiquer pour quils orientent
leurs efforts dans la mauvaise voie. Enfin, les firmes peuvent également être tentées
de décrédibiliser leurs adversaires aux yeux de lopinion ou de certaines
catégories (pouvoirs publics, clientèle, etc.).
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