humeur

cyber

 

 

_une saison en cyber 05
Vis@vis
Cybertelephon pour un vis@vis peu ordinaire


Voilà qui allait le changer agréablement des quartiers "hype and trendy" de la capitale. Absorbé dans ses pensées, il se laisse happer par l'agitation qui règne sur le Boulevard de la Chapelle dont il a suivi le cours depuis Barbès. Le quartier résonne du pas des badauds qui s'affairent et des harangues qui arrivent du marché dont les étales s'étirent sur le pavé en ce début d'après-midi ensoleillé. Il s'arrache à ce spectacle qu'il aurait bien voulu suivre encore un peu, remonte la rue de Tombouctou et s'engage ensuite rue Stephenson pour finalement passer la porte de Vis@vis. Il a effectivement appris que celui-ci allait lancer au mois de septembre les premières visiophonies publiques de son réseau avec le Metissacan café de Dakar.

Vis@vis est un nom peu ordinaire pour un café cyber. Et pourtant, la marque déposée fit l'anecdote de nombreux journaux en juillet 2000. "Vizzavi" était le nom choisi par Vivendi Universal pour le lancement de son portail multi-accès [Internet-mobile-TV interactive]. Seul détail, et non des moindres, qu'avaient manqué de relever les concepteurs de ce projet ambitieux, la marque avait déjà fait l'objet, six mois plutôt, d'un dépôt auprès de l'INPI [Institut national de la propriété industrielle]. L'affaire révélée par le magazine Transfert, et largement repris par la presse, se solde alors par un accord savoureux pour la coexistence des deux marques aux noms similaires. Coup de fric, coup de pub pour les trois associés, Loïc Audrain, Jean d'Euville et le médiatique Aboubakar Diop qui se désengagera progressivement du projet.

"Vis@vis" est une belle aventure qui mérite d'être racontée au-delà de l'anecdote financière ou du combat figuré d'un David contre un Goliath. C'est en janvier 99, au retour d'un voyage en Afrique où Jean d'Euville a pu observer l'usage du téléphone et des télécentres par les populations, que le projet est initié. La question qui se pose alors est de savoir s'il est possible, techniquement parlant, d'adapter la visioconférence pour en faire un service public de communication. Le concept est lancé : la visiophonie publique, construite sur la mise en réseau de cybercafés, devra permettre, notamment aux expatriés, de communiquer avec leurs famille et amis par la voix "et" l'image pour un prix largement inférieur au téléphone à longue distance. Il "reste" cependant à penser sa mise en œuvre.

La première étape sera le cybercafé qui initiera la trame du réseau, ce sera Vis@vis. Réfléchis, les jeunes entrepreneurs cherchent l'espace qui conviendra mais entre la boîte à chaussures et le loft de Saussure il est difficile de trouver son café à Paris. Finalement en avril 2000, il dégote la perle rare en plein 18ème. Débrouillards, ils allient simplement du mobilier Ikea avec le bar, repéré dans la rue et retapé. Après l'installation des machines, c'est l'ouverture en mai 2000 sous les yeux quelques peu curieux des gens du quartier qui croit assister à la naissance d'une nouvelle association.

Progressivement cependant le lieu est investi. Des plus jeunes aux plus vieux chacun y trouve son espace, son rythme de fréquentation et ses occupations. Les 7-12 ans travaillent de manière ludique sous l'œil averti des cybercafetiers qui se transformeraient presque en maîtres d'étude, les 12-14 égayeraient ce tableau trop idéal en y mettant un peu d'agitation, les 15-22 passeraient de chat en forum à la rédaction de leurs cv alors que les adultes se serviraient de l'écran pour rechercher un travail, un logement, un billet d'avion et surtout pour lire quotidiennement les journaux. Car c'est aussi cela l'Internet, un immense kiosque à journaux où le Soleil [Sénégal] et la Liberté [Algérie] se répondent.

Et puis il faut s'occuper de la mise en place des visiophonies publiques. L'enjeu est avant tout technique car il faut trouver un câble opérateur qui serait en mesure d'offrir un service qui correspondrait précisément aux besoins et au budget du cybercafé. C'est Colt-Communication, un groupe européen, spécialisé dans la vente de connexions et d'intercommunications qui décroche finalement le marché. Le développement d'un logiciel spécifique qui intègre une interface pour l'utilisateur avec notamment un compteur de temps, un module de réservation, de facturation, et de publicité, sera le second enjeu technique à solder. Parallèlement, toute l'équipe travaille sur un cahier des charges que devront respecter les cybercafés qui intègreront le réseau de Vis@vis.

Le Metissacan café [Dakar], enthousiaste depuis la naissance du projet, sera le premier avec qui le "cybertelephon" devrait fonctionner d'ici la mi-septembre. Dans quelques mois vis@vis devrait pouvoir proposer une trentaine de destinations avec lesquelles il sera possible d'effectuer des visiophonies. Il est bien évident que le succès de ce nouveau service du cybercafé sera soumise à la durée et à la fréquence mensuelle des appels de ses clients. Les tests effectués au mois d'août semblent cependant déjà témoigner de l'enthousiasme que les visiophonies ont suscité chez les habitués du lieu. L'émotion est forte car la personne paraît si proche, que l'on pourrait la toucher, cependant l'écran est plat et la voix est lointaine même si on l'entend distinctement. L'envie de parler à ses proches en les regardant dans les yeux est bien présente à tel point que les gens du quartier ont pour certains d'entre eux aidé à identifier les cybercafés qui dans leurs pays respectifs seraient susceptibles de rejoindre le réseau de vis@vis.

Voilà l'idée, aller faire un tour de l'autre côté de l'écran pour voir ce qui se passe dans les cybercafés d'ailleurs... Le rendez-vous est pris pour la dernière aventure de notre internaute...

 

LIENS

http://www.visavis.tm.fr/

   

retour sommaire

suite : cybercafés du monde [bientôt]