Tout ébaudi de sa première virée au Webbar, encore
un peu fluctuant, notre cyber argonaute décidément
enchanté de cette curieuse intrusion en monde cyber
reprend la route : virée à babord, cap médicis pour
une mise en orbite dans un café singulier.
Arrivé
aux abords de ces nouvelles contrées cybernétiques,
il est pris tout d'un coup dans un courant, "le high-speed
connexion", qui le dépose devant le Café Orbital.
Écrans à gauche, écrans à droite, l'allée est toute
tracée jusqu'au bar où l'hôte des lieux en chemise
hawaïenne s'affaire. À sa gauche, accrochés au mur,
une pendule et un tableau noir avec des numéros :
chaque numéro correspond à une machine, les graffiti
inscrits, les temps de connexion. C'est l'happy-hour
: l'heure de connexion est égale à une boisson gratuite.
Décidé à en savoir plus, notre cyber enquêteur s'installe
pour sa leçon d'histoire sur le plus ancien des cybercafés
de Paris.
Le
décor est planté : avril 1995, Nicolas Jardry, après
un reportage, paru dans le numéro 3 des cahiers de
Libération, sur l'un des premiers cybercafés de Londres,
décide de reprendre en l'adaptant la formule et lance
à Paris, le Café Orbital. Situé rue du 4 septembre,
entre l'AFP et la Bourse, le premier cyber café parisien
trouve rapidement son public. L'initiative est suffisamment
originale et innovante pour déclencher un véritable
enthousiasme médiatique en France et à l'étranger.
C'est un vrai succès d'estime et de l'autre côté de
l'Atlantique, on salue les premiers petits "frenchies"
qui investissent la place.
Malgré
quelques péripéties, l'affaire est belle et l'aventure
intéressante. Le Café Orbital s'installe définitivement
rue Médicis en septembre 1995. Le business compte,
mais il y a surtout une ambition politique : l'accès
et la formation aux nouvelles tecnologies en général
et à l'Internet en particulier, pour le quidam, le
tout-un-chacun, qui ne sait pas ce que c'est encore
que "L'Internet comme y disent".
L'engagement
est nécessaire et la création d'une association, l'API
[Accès Public à Internet], doit permettre de faire
avancer les choses. Depuis, l'idée a été reprise par
les pouvoirs publics qui ne se seraient pas vraiment
préoccupés de ses initiateurs privés. Avec
l'API et sa participation à l'Isoc [Internet Society],
le café Orbital a sa part dans les débuts de la netiquette
: il fallait convaincre la SACEM que la diffusion
de musique sur l'Internet ne s'apparentait pas à la
diffusion de musique dans les lieux publics, sans
parler des douanes qui pensaient pouvoir assimiler
les machines informatiques, ces chers ordinateurs,
à de vulgaires machines à sous !

Le
Café Orbital, c'est aussi, avant le Webbar,les débuts
de la cyberculture avec les "narrow castings", la
diffusion sur Internet des performances de DJ Cam
ou de DJ G'LBR et I-Cube, qui sont pour les deux derniers
sous le label de Versatile. À ces programmations ont
suivi l'édition papier et multimédia. Au catalogue,
il y a notamment L'"Internet Dictionnary" illustré
par Carley Case, un artiste belge, qui est aussi l'auteur
du plafond du cybercafé et des dessins qui en parcourent
les murs. Ce petit objet, paru l'année dernière, accroche
avec beaucoup d'ironie et d'humour "l'incommunicabilité
qui stigmatise la nouvelle ère du tout communicant"
[!] : les dessins passent en revue au travers
des mots qu'ils illustrent de manière décalée, la
"net junkie", le "traffic jam", la "compression" ou
l'"insert" ! Le travail de Tomato Gizoime, qui est
dorénavant directeur artistique [y faut dire "DA"]
de Technikart, a quant à lui fait l'objet d'une édition
sur CD-Rom, limitée à 1.000 exemplaires. Intitulé
"Ultim Atom 1.0", ce poème multimédia, est depuis
devenu un collector et... une pièce de musée. Il aurait
effectivement été acquis par le musée numérique de
Melbourne. Premier curseur, le Café Orbital s'est
aussi augmenté d'une agence de conseil en matières
de design, de technologie et de communication : "Orbital
Network".
Malgré
la concurrence et la multitude de cybercafés qui s'ouvrent
à Paris, le Café Orbital s'apparente à un de ces artisans,
connus et [re]connus, qui ont charpentés à la force
du clic, les fondations des cybercafés en France.
Laissons-donc
là notre internaute, rendu quelque peu pensif après
ces pages d'histoire HTMLélisantes. Il a tout d'un
coup envie d'un café ..., histoire de rester encore
un peu en Orbite.