C'est en redescendant dans le métro après son petit
tour orbital que notre navigateur urbain, toujours
sur écran de veille, enregistre une nouvelle image.
Il se retrouve, effectivement, nez à nez avec une
affiche "déroutante" l'invitant au Cyberc@fé de Paris.
Il faut dire que l'affiche est plutôt bien calée dans
ce couloir. Il s'agit du carrefour du métro-boulot-dodo
parisien, l'endroit où se croisent à châtelet les
lignes de m° 1, 4, 7, 11, 14 et celles des RER A,
B et D. Il ne pouvait pas ne pas la voir ! Un peu
de lecture sur affiche et il se rend compte que le
Cyberc@fé de Paris n'est qu'à 200 mètres. Il relance
le navigateur, prend l'ascenseur qui l'emmène du couloir
du métro à la rue de la Ferronnerie, et débarque rue
des Halles…
Cela
commence à l'ère pré-cybernétique, c'était en l'an…
1986, 1987 ! Au 11, rue des Halles à Par1s dans le
1er [il est important de compter les "1" pour la suite…
], une petite boutique "Electrica for Sony" vend des
téléphones non agréés par les PTT. Son numéro de téléphone
? Il comptait, à lui seul, six fois le chiffre 1.
Voici une boutique à l'adresse et au numéro de téléphone
plutôt bi-zarrres. Vous avez dit… ? Les fétichistes
y auraient sûrement vu le signe de sa prédisposition
pour tous les objets qui utiliseraient à l'avenir
le langage binaire composé de 0 et… de 1.
Vendre
du matériel Sony, ce n'est pas si simple. L'endroit
est fréquenté et connu, car on y dégote ce que l'on
ne trouve normalement qu'à New York ou Londres. Défilé
de la "branchitude" rue des halles ! La légende voudrait
même que Lady Di, à l'occasion d'un de ses voyages
à Paris, y ait confié en réparation son téléphone
personnel ! Et pourtant, Sony France fait des siennes,
car la boutique n'est pas franchisée et elle lui fait
de l'ombre. Conséquences : les livraisons tardent
trop souvent à arriver et ce n'est jamais bon pour
le business… Fatigué de ces atermoiements et de cette
petite guerre non déclarée, "Electrica for Son " se
diversifie et se lance dans la vente de lignes téléphoniques
en 1995 avant de devenir, presque naturellement, en
1999, le Cyberc@fé de Paris.

Une,
puis deux, puis trois, quelques machines en plus,
mais point trop n'en faut ! D'Electrica, le cybercafé
n'a pas seulement conservé le même boss, la même adresse,
le même numéro de téléphone, qui avaient rendu la
boutique célèbre. La déco est quasi identique ou presque…
Il reste quelques souvenirs dans les placards vitrées
: des téléphones, les ancêtres de ces indispensables
[ ? ? ?] téléphones " in mobile ". Les tables auxquelles
s'accoudent dorénavant les internautes sont en fait
les étagères vitrées, utilement reconverties, servant
auparavant à exposer les produits de la boutique.
Quelques fils, téléphoniques, à droite, à gauche,
l'escalier, un vrai jeu de lignes qui structure la
descente au sous-sol, des perspectives plutôt séduisantes,
une lumière blanche, quelques murs au parpaing turgescent,
du verre, voici une boutique devenue cybercafé avec
une déco d'atelier. Tapoter sur son clavier en sirotant
un café devient un exercice très parisien, même pour
les jeunes étrangers en goguette qui constituent une
grande partie des cybernautes.
Mais
l'histoire devient drolatique et pédagogique quand
Brigitte, collectionneuse de canaris et tante du cyberc@fetier,
s'initie à l'Internet en cherchant le numéro de téléphone
d'un de ses amis résidant à l'étranger. Sa motivation
: éviter de payer une fortune en appelant les renseignements
internationaux ! Connaissant encore peu l'outil, elle
utilise son bon sens et saisie sur son clavier : "annuaire
téléphonique d'Angleterre", "résultats : 0", puis
"phone book of England" pour étendre sa recherche,
"résultat : 00". Puis par curiosité elle fait la même
chose pour un autre pays et accessoirement pour tous
les pays du monde ! Résultats : 0000. Brigitte retrousse
alors ses manches, sort la "blue card" et achète les
noms de domaines "phonebookof…" pour tous les pays
du monde. "Phonebookoftheworld" qu'elle acquière aussi
devient, en toute simplicité, l'adresse web du Cyberc@fé
de Paris ! Une fois acquis ces noms de domaine, il
est possible de mettre en place un service, gratuit
pour les utilisateurs et payant pour les entreprises
qui veulent y figurer. De nouveaux partenaires, notamment
américains, s'empressent alors gentiment d'aligner
quelques 0, ce qui ne sera pas sans aider le cybercafé
qui profite ainsi depuis d'une publicité incalculable
!
Hum
… la tête un peu embrouillée par tous ces chiffres
[001100011111000] notre internaute essaye finalement
de reprendre ses esprits en passant un coup de fil
à son meilleur ami… pour lui raconter, en binaire,
sa dernière aventure…