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LOG OUT :

- Deux articles passionnants pour comprendre l'évolution historique et les perspectives du concept d'adolescence. Ces articles, Métapsychologie de l'adolescence et Anthropologie de l'adolescence, ont tous deux été écrits par Martine Stassart.

- Un article intéressant sur l'évolution récente de la notion d'enfant, par Christian Heslon, psychologue des âges de la Vie

- Pour remettre en perspective le concept d'enfance : L'enfant et la vie familiale sous l'ancien régime, de Philippe Aries, Editions du Seuil, Points histoire

- Télémaque, la base de données documentaire sur la jeunesse.

- L'évolution des figures de l'individu dans le temps : une courte présentation des théories de Marcel Gauchet dans un de nos vieux dossiers, intitulé Cyberculture et schizophrénie.

- Et pour les blaireaux : retrouvez les génériques de votre enfance !

- Les adulescents, les vieux cons et les autres sont les bienvenus sur le forum pour débattre !

 

Les adulescents
nous font chier !
[suite]


La confusion des genres

Au risque de passer pour un vieux con, j'avoue que les adulescents m'emmerdent, me polluent l'existence. Ils me gênent sur le plan esthétique, affectif, social, politique et anthropologique. Ils sont partout, ils orientent la culture, les messages médiatiques, les teufs. L'album des Daft Punk, Discovery, constitue le dernier exemple en date d'un pur produit packagé pour les adulescents, du son lui-même au clip en passant par le Daft Club ...

Malgré cela, les adulescents méritent notre soutien. Ayant eu l'occasion de les voir évoluer dans leur milieu naturel, j'éprouve moi-même une certaine affection pour eux. Pour les comprendre et les aider, il convient maintenant d'étudier les mécanismes à l'œuvre dans le développement de ce groupe social :

Confusion des âges et des perspectives. Elle se traduit par une inversion des mécanismes identitaires, bien décrite par Tony Anatrella :

"Le processus d'identification s'est inversé : ce sont les adultes qui tentent de s'identifier aux adolescents et non l'inverse. Tout en se représentant des adolescents en échec, les adultes continuent de regretter de ne plus en être. La métamorphose de la société aboutit actuellement à inverser les rôles. Elle idéalise l'adulte toujours jeune, pouvant constamment recommencer sa vie, cultivant un corps qui va rester éternellement jeune lui aussi. La société devient elle-même adolescentrique. Elle se conforme de plus en plus aux adolescents, à leurs états de conscience, à leur façon de penser et d'agir. Des adultes peuvent donner libre cours aux conduites impulsives comme pendant l'enfance. Et lorsque les adolescents, dans leur évolution propre, cherchent repères et références, c'est aussi leur propre image que leur renvoie le monde adulte. Choc : devenir adulte, c'est devenir... adolescent !"

Confusion des rôles et des sexes. Tout a commencé avec l'école mixte. A force de jouer à touche-pipi entre petits garçons et petites filles depuis la maternelle, la frontière entre les sexes disparaît progressivement, favorisant le développement de comportements androgynes et de préférences sexuelles ambiguës (bisexualité alternée, etc.). Evidemment, personne n'aimerait revenir en arrière, quand on découvrait la sexualité dans les dortoirs, entre internes du même sexe et qu'on apaisait ses appétits sexuels de façon honteuse, en conformité avec la morale bourgeoise. Néanmoins, il faut reconnaître que la confusion des sexes ne facilite pas l'accession au stade adulte, puisqu'il devient plus difficile de se conformer à un modèle " classique ", parfaitement normé. Ajoutez à ça la dévirilisation des hommes, la perte de pouvoir des pères et la revendication paritaire. On comprend alors pourquoi tant d'individus des deux sexes peinent à sortir des rôles immatures et troubles que consacrent l'adolescence tardive.

Angoisse de l'avenir. La vie d'enfant et d'adolescent est devenue tellement confortable et ouatée dans les pays occidentaux que le passage au statut d'adulte s'avère d'une violence inouïe. Rendez-vous compte : il faut quitter sa chambre pour affronter la dure loi du monde contemporain, où personne ne vous donnera rien. Il faudra tout gagner, à commencer par la reconnaissance (alors que l'enfant et l'adolescents sont vénérés pour eux-mêmes par leur entourage). Comme nos rites de passage à l'âge adulte sont devenus peu efficaces, l'individu reste dans un statut indéfini dont il peine à sortir, squattant chez ses parents jusqu'à 28 ans tout en s'offrant ici et là quelques plaisirs adultes (ex : baisouiller une copine à la fin d'une boum).

Refus des responsabilités. Pour surmonter son angoisse, l'adulescent, refuse d'assumer les responsabilités d'un adulte. Le slogan " rien à battre, tout pour ma gueule " lui offre un ersatz de liberté et d'autonomie, qui s'illustre notamment dans les comportements de fuite. Tel jeune père " pétera les plombs " et désertera le domicile, sans prévenir sa compagne, pour aller faire la fête afin d'oublier ses soucis ou ses angoisses.

Développement ad nauseam des pratiques consuméristes. Les pratiques consuméristes tendent à représenter la quasi-totalité du temps libre chez les adulescents. La vie s'organise dans les centres commerciaux, les complexes de loisirs et les bars branchés. La quête d'identité passe par des tactiques de représentation permanente et d'affirmation de la personnalité via les objets et les symboles manipulés (je suis cool, j'ai un t-shirt branché). Les comportements mimétiques se développent, selon un individualisme de groupe qui commande l'action et la communication de l'individu (cf. l'importance des marques ou des gadgets branchés chez les adulescents).

Si on essaie de resituer le développement chronologique de l'adulescent type, on obtient le cycle suivant : d'abord, l'enfant roi, l'enfant con qui focalise toutes les attentions et obtient tout ce qu'il désire ; puis l'adolescent gnan-gnan, dont la principale révolte consistera à écouter une musique qui ne plaît pas à ses parents ; ensuite l'étudiant-poil-aux-dents ; enfin l'adulte esseulé perdu dans un monde compliqué, qui se protège et cherche du réconfort dans une troupe d'adulescents grégaires avec lesquels ils développent des interactions sociales sur le mode de la régression. Le pire, c'est que le phénomène ne peut qu'empirer, sous la pression des canons esthétiques et comportementaux imposés par les médias. L'esthétique corporelle pré-pubère mise en œuvre dans les clips, les pubs ou les défilés provoque notamment l'émergence de générations entières d'adulescentes. Les mannequins pré-ados ou les teen-stars de la variétoche poussent les jeunes femmes à se conformer à un modèle infantilisant, style "sois une taspé et tais-toi" (oups, I did it again). C'est là, sans doute, la principale défaite des féministes depuis 20 ans.

Evidemment, le monde n'est pas séparé en deux groupes, opposant les adulescents aux adultes équilibrés. Nous sommes tous des adulescents, à divers degrés. Comme le dit un de mes amis, "ben déjà, pour être webmestre d'un fanzine à 47 ans, faut être un peu con …". Il y a les adulescents pathologiques, déjà pris en main par leur psy. Il y a les adulescents refoulés, qui jouent les adultes équilibrés au risque de craquer vers 35 ans, et de dilapider leur PEA en fringues branchées. Et puis il y a tous ceux qui manifestent certains penchants régressifs, de temps en temps, quand ils font face à des épreuves ou qu'ils sont embarqués par les délires de groupe (dur dur de refuser un karaoké à un vieux copain d'école, au motif que c'est un truc de néo-beaufs).

Le phénomène adulescent engendre des conséquences qu'on sous-estime. En effet, il dessine une société où nous vivrons entourés de vieux et de jeunes cons, en subissant toutes les conséquences de cette immaturité des adultes couplée au conservatisme frileux de nos aînés grincheux : repli communautaire, faiblesse de l'innovation, faiblesse de la création culturelle, infantilisation du discours public, etc. Dans mes pires cauchemards, je m'imagine en train de vivre sous la dictature soft d'une gérontocratie prospérant sous un discours jeuniste. Je regrette alors cette époque lointaine où, dès leur puberté, les jeunes hommes et les jeunes femmes n'avaient qu'une idée en tête : s'émanciper. Partir, prendre la route, quitter le village, monter à la ville, embarquer sur un cargo, choisir la bohème ou prendre un taf pour s'assumer. S'arracher de l'univers familial, imaginer des projets en rupture avec les modèles hérités, assumer son indépendance, imaginer sa vie et la construire. Ah ! c'est quand même aut' chose que de se faire piétiner la gueule pour récupérer une Play Station !

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