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"On est partis dans la vie avec les conseils
des parents. Ils n'ont pas tenu devant l'existence.
On est tombés dans des salades qu'étaient plus affreuses
l'une que l'autre. (…) Rappelons-nous ! On parle souvent
des illusions, qu'elles perdent la jeunesse. On l'a
perdue sans illusions la jeunesse ! … Encore des histoires
! …" Céline, Guignol's Band
C'est
entendu, nous vivons dans un monde de tribus : ici les
techno-travellers, là les bourgeois-bohèmes,
un peu plus loin les néo-babas, à l'opposé des
cailleras-rappeurs, eux-mêmes cousins éloignés
des rastas-smokers, etc. Chacun a son avis sur
ces groupes sociaux, une perception faite d'envie, de
curiosité et de répulsion. Pour certains, il est attirant
d'appartenir à un club qui forge son unité autour de
la bonne zique, de l'altération des perceptions ou de
la disponibilité sexuelle, pour d'autres c'est kiffant
de se retrouver dans un bunker à boire de la 8°6 ou
de participer à des rodéos de bagnoles sur des parkings
de banlieue pour prouver qu'on est le plus fort. Il
y a les groupes qu'on quitte, ceux qu'on rejoint, ceux
par lesquels on passe épisodiquement, ceux qu'on aimerait
connaître mais que les hasards de la vie rendent inaccessibles.
Parfois, c'est vrai, des petits malins comme Pierpoljak
arrivent à s'incruster dans un groupe à priori
inabordable comme les bobos dreads, ouais mais
tu vois, man', là c'est juste une question de vibes.
Au
sein de cette mosaïque communautariste, il y a une tribu
qui devient aujourd'hui particulièrement insupportable
: les adulescents. Ce mot valise désigne une
fraction de la population coincée entre l'adolescence
et l'âge adulte et qui mélange les attitudes, les valeurs
et les comportements des deux âges. En anglais, on les
appelle les "kidults". Ce sont les
publicitaires et les médias qui ont développé le concept,
à des fins marketing. En effet, l'adulescent, en plus
d'être un peu con, est très réceptif au bombardement
publicitaire, puisqu'il adore la mode, les comportements
grégaires, la régression infantile et la profusion d'objets
en tous genres pour calmer son angoisse.
A quoi reconnaît-on un adulescent
?
Les adulescents sont partout, mais on ne les détecte
pas forcément du premier coup d'oeil. Moi-même, je fis
leur connaissance un jour où, alors que je cherchai
un raccourci que jamais je ne trouvis, j'assistai à
leur débarquement. Il me faut désormais convaincre un
monde incrédule que le
cauchemar a déjà commencé ... Pour cela, commençons
par présenter les signes distinctifs de cette tribu
:
1. L'adulescent adore les séries télé débiles,
consommées sans ménagement, au premier degré. Il retrouve
dans Friends ou Ally Mc Beal des modèles
totémiques de la vie qu'il mène, mais en mieux. Exemple
: dans ces séries, les colocataires et les collègues
de bureau sont des grosses chaudes bien foutues qu'on
peut niquer quand elles ont un coup de blues, tout en
restant copains pour la vie.
2.
Il ne se contente pas d'aimer les jeux vidéos,
il endosse tous les codes de l'enfant vivant dans son
univers de jeu. Il trouve ça fun de se faire piétiner
la tronche pour être parmi les premiers à acheter la
Play Station 2.
3.
Il parcourt les rues en trottinette, content
d'être ridicule, combinant dans une sorte d'extase la
vitesse, le jeu (c'est rigolo), l'adhésion au groupe
(les gens qui roulent en trotinette sont cools et je
suis leur copain) et la prétention écologique (alors
que l'adulescent, pas son style de vie, est un gros
pollueur).
4.
Il utilise des formules kitsch, vulgaires et idiotes,
tout en étant convaincu de formuler une vision philosophique
originale ("ouais, bein moi, j'en ai rien à foutre d'avoir
l'air ridicule sur ma trottinette ; je fais pas attention
au regard des autres").
5.
Il témoigne d'une énorme nostalgie de son enfance,
qu'il tente de retrouver au travers de régressions puériles
(on chante Goldorak, on se déguise en Casimir, on prend
des intonations de mômes de huit ans pour raconter ses
petits soucis, on mange des bombecs toute la journée,
etc.).
6.
Il développe des rapports sociaux superficiels,
ambiguës et immatures (les petits complots entre copines,
les préhensions enfantines - je te touche et tu me touches
à longueur de journée, mais on ne baise pas, etc.).
7.
Il vénère des icônes qui légitiment et structurent
son monde : Arthur et son karaoke (le mono
sympa avec qui on chante des chansons), Jean-Luc Delarue
(le grand frère confesseur), les pétasses variétoches
qui chantent le grand amour (la copine qui montre la
voie).
8.
L'adulescent refuse toute forme de dialogue élaboré
et fuit le débat. Dépolitisé, peu cultivé, utilitariste
et consumériste, il n'est pas doué d'une vie intérieure
très intense. Total, l'adulescent devient de plus en
plus con, vu que les neurones, ça s'encrasse quand on
ne s'en sert pas. Il s'épanouit en parlant shopping,
clubbing, tuning, people et tracas quotidiens, dans
une sorte de culture généralisée du bavardage. Bref,
l'adulescent est d'une compagnie très chiante car il
n'a pas d'avis (juste des leitmotiv con-con, cf. point
4), ni même de connaissances de l'actualité : "Ah bon,
y'a des inondations dans le sud ?".
Sur le web, de plus en plus de sites s'adressent
au public adulescent, dans une veine potache ou copain-copine.
Visez par exemple ce
super site des animations de notre enfance. Je vous
conseille un détour par le livre d'or, ça vaut le coup
d'œil. Certes, y'a bien quelques grincheux, comme celui
qui constate que "C'est pas trop mal mais ce serait
un peu mieux si y avait un peu plus de trucs sur le
Manège Enchanté et aussi sur Joyce et les
conquérents de l'espace". Globalement, ils sont
contents, les uns et les autres, de retrouver tous les
chouettes copains de leur enfance, Maya l'abeille, Albator,
Captain' Flam, Winnie l'ourson et tous les autres.
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confusion des genres
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