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Après avoir exploré nos vieux modes d'énervement traditionnels,
revenons sur le sujet qui nous occupe : comment être réellement
subversif aujourd'hui.
Commençons par un exemple, qui pourra servir de mythe fondateur aux agents de la subversion post-moderne. En 1998/99, la communauté civile internationale a
réussi à bloquer laccord sur lAMI (Accord Multilatéral sur lInvestissement). A lépoque,
lAMI avait été comparé à un vampire, effrayé par la lumière.
Lexplicitation, la transparence étaient apparues comme la meilleure des armes pour défaire ce type dennemis. Cachés, leurs agissements peuvent perdurer.
Révélés, ils sont déjà presque battus en brèche, car leur présentation au public les rend insupportables. Cest aussi de cette façon que le
DAL réussit ses missions :
lorsquun reportage donne à voir, au JT ou dans un talk-show, à plusieurs millions de téléspectateurs les taudis dans lesquels sentassent des familles, leurs conditions
de vie sont unanimement reconnues comme inacceptables. Dès lors, les promoteurs, les agences immobilières et autres marchands de sommeil ne peuvent plus
continuer à appliquer les recettes qui font les profits des uns et les drames des autres.
Évidemment, ces luttes ne sont pas aussi simples. Simplement, les résultats
quelles permettent dobtenir tendent à prouver que laction citoyenne aujourdhui ne peut procéder que de linformation.
Dans une société où sétiolent les institutions censées relayer les demandes sociales (partis, syndicats, églises, etc.) tandis que se développent de multiples
écosystèmes médiatiques, les réalités sociales sont de plus en plus vécues et traitées via des dispositifs socio-techniques. Télé, cinéma, radio, téléphones mobiles,
informatique communicante, presse, jeux vidéos, dispositifs de réalité virtuelle : la part des représentations et des simulations dans nos vies devient de plus en plus
importante. Littéralement bombardés de sens à longueur de journées, nous accordons collectivement une importance croissante aux concepts, aux idées et aux
émotions tels que nous les vivons au travers des multiples prismes sémiologiques sans lesquels nos cerveaux hyperactifs ne sauraient plus appréhender la réalité.
Cest pourquoi il nous faut apprendre à lutter dans le monde symbolique, qui structure nos vies et nos économies. Nous devons être à laffût de tout, des coups
tordus comme des dégradations souterraines et progressives de nos conditions dexistence. Répondre point par point, ensuite, en débatteurs organisés.
Dans un univers en voie de dématérialisation, la subversion doit sadapter au terrain pour être efficace : seule la guérilla
sémiologique peut saffirmer comme une
véritable force de changement. Autrement dit, il faut se battre sur le terrain du sens et des symboles. On peut le regretter mais les manifestations gentillettes (je
marche de Bastille à Nation puis je rentre chez moi), la séquestration des patrons, les émeutes urbaines ou lassaut du Parlement sont historiquement dépassés et
fantasmatiquement inadaptés. Des Trois Glorieuses (1830) à mai 68 en passant par 1848 et la Commune (1871), lérection de barricades a pu donner des
révolutions efficaces, des tableaux exaltés et des chansons populaires. Aujourdhui, lhistoire et la poésie, petites ou grandes, sécrivent sur les circuits imprimés.
Quelques exemples en témoignent : lintrusion dans le réseau de Microsoft, les images qui ont changé le monde (la femme à la fleur face aux soldats américains lors
dune manifestation contre la guerre du Vietnam), le film-vérité Pas vu pas pris (de Pierre Carles), etc.
Pourquoi une guérilla, pourquoi pas une guerre ? Parce quil faut avoir conscience des forces en présence. Seules des actions fondées sur la surprise, le mouvement
et la création de zones temporaires dautonomie peuvent permettre de développer un discours alternatif face aux mass média et aux techno-structures, quelles soient
administratives ou industrielles. Attention toutefois : il va être de plus en plus difficile de se battre sur le terrain du sens à mesure que linformation se développe tous
azimuts, saturant les cibles. Comment se faire entendre au milieu du bruit ? Les cyber-squats, les pétitions électroniques, le mail bombing, le détournement,
loccupation des lieux médiatiques : toute une panoplie dactions diverses peuvent être imaginées pour réussir à exister médiatiquement face aux grands groupes, aux
institutions et aux médias traditionnels jaloux de leur statut, tous soucieux de préserver leur pré carré contre les voix nouvelles qui sélèvent pour participer au débat.
Cest en cela que lintrusion dans le réseau Microsoft est une bonne nouvelle : elle prouve que tous les systèmes sont faillibles, que tous les réseaux sont pénétrables.
Ce constat est un message doptimisme pour les libertés individuelles, car il ny a rien de plus terrifiant quun système informatique imperméable aux hommes.
Tactiques low-tech et micro-guérilla
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