humeur

cyber

 

Comment être subversif ? (4/6)

Les Guerilla Girls se battent aux Etats-Unis contre le sexisme et le racisme dans le monde de l'art...

Pourquoi une guérilla sémiologique ?


Après avoir exploré nos vieux modes d'énervement traditionnels, revenons sur le sujet qui nous occupe : comment être réellement subversif aujourd'hui.

Commençons par un exemple, qui pourra servir de mythe fondateur aux agents de la subversion post-moderne. En 1998/99, la communauté civile internationale a réussi à bloquer l’accord sur l’AMI (Accord Multilatéral sur l’Investissement). A l’époque, l’AMI avait été comparé à un vampire, effrayé par la lumière. L’explicitation, la transparence étaient apparues comme la meilleure des armes pour défaire ce type d’ennemis. Cachés, leurs agissements peuvent perdurer. Révélés, ils sont déjà presque battus en brèche, car leur présentation au public les rend insupportables. C’est aussi de cette façon que le DAL réussit ses missions : lorsqu’un reportage donne à voir, au JT ou dans un talk-show, à plusieurs millions de téléspectateurs les taudis dans lesquels s’entassent des familles, leurs conditions de vie sont unanimement reconnues comme inacceptables. Dès lors, les promoteurs, les agences immobilières et autres marchands de sommeil ne peuvent plus continuer à appliquer les recettes qui font les profits des uns et les drames des autres. Évidemment, ces luttes ne sont pas aussi simples. Simplement, les résultats qu’elles permettent d’obtenir tendent à prouver que l’action citoyenne aujourd’hui ne peut procéder que de l’information.

Dans une société où s’étiolent les institutions censées relayer les demandes sociales (partis, syndicats, églises, etc.) tandis que se développent de multiples écosystèmes médiatiques, les réalités sociales sont de plus en plus vécues et traitées via des dispositifs socio-techniques. Télé, cinéma, radio, téléphones mobiles, informatique communicante, presse, jeux vidéos, dispositifs de réalité virtuelle : la part des représentations et des simulations dans nos vies devient de plus en plus importante. Littéralement bombardés de sens à longueur de journées, nous accordons collectivement une importance croissante aux concepts, aux idées et aux émotions tels que nous les vivons au travers des multiples prismes sémiologiques sans lesquels nos cerveaux hyperactifs ne sauraient plus appréhender la réalité.

C’est pourquoi il nous faut apprendre à lutter dans le monde symbolique, qui structure nos vies et nos économies. Nous devons être à l’affût de tout, des coups tordus comme des dégradations souterraines et progressives de nos conditions d’existence. Répondre point par point, ensuite, en débatteurs organisés.

Dans un univers en voie de dématérialisation, la subversion doit s’adapter au terrain pour être efficace : seule la guérilla sémiologique peut s’affirmer comme une véritable force de changement. Autrement dit, il faut se battre sur le terrain du sens et des symboles. On peut le regretter mais les manifestations gentillettes (je marche de Bastille à Nation puis je rentre chez moi), la séquestration des patrons, les émeutes urbaines ou l’assaut du Parlement sont historiquement dépassés et fantasmatiquement inadaptés. Des Trois Glorieuses (1830) à mai 68 en passant par 1848 et la Commune (1871), l’érection de barricades a pu donner des révolutions efficaces, des tableaux exaltés et des chansons populaires. Aujourd’hui, l’histoire et la poésie, petites ou grandes, s’écrivent sur les circuits imprimés. Quelques exemples en témoignent : l’intrusion dans le réseau de Microsoft, les images qui ont changé le monde (la femme à la fleur face aux soldats américains lors d’une manifestation contre la guerre du Vietnam), le film-vérité Pas vu pas pris (de Pierre Carles), etc.

Pourquoi une guérilla, pourquoi pas une guerre ? Parce qu’il faut avoir conscience des forces en présence. Seules des actions fondées sur la surprise, le mouvement et la création de zones temporaires d’autonomie peuvent permettre de développer un discours alternatif face aux mass média et aux techno-structures, qu’elles soient administratives ou industrielles. Attention toutefois : il va être de plus en plus difficile de se battre sur le terrain du sens à mesure que l’information se développe tous azimuts, saturant les cibles. Comment se faire entendre au milieu du bruit ? Les cyber-squats, les pétitions électroniques, le mail bombing, le détournement, l’occupation des lieux médiatiques : toute une panoplie d’actions diverses peuvent être imaginées pour réussir à exister médiatiquement face aux grands groupes, aux institutions et aux médias traditionnels jaloux de leur statut, tous soucieux de préserver leur pré carré contre les voix nouvelles qui s’élèvent pour participer au débat. C’est en cela que l’intrusion dans le réseau Microsoft est une bonne nouvelle : elle prouve que tous les systèmes sont faillibles, que tous les réseaux sont pénétrables. Ce constat est un message d’optimisme pour les libertés individuelles, car il n’y a rien de plus terrifiant qu’un système informatique imperméable aux hommes.

Tactiques low-tech et micro-guérilla
>> lire la suite

édiTARD

Plumes

Mp3

Radio flu

Jeux video

Interviews

Blog

Forum

Courrier