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Comment être subversif ? (2/6)

Independant Media Center - Praha

Comment (ne pas) être subversif ?
Exemples...


Le piratage informatique finit par renforcer les multinationales de l’informatique et favorise la consolidation des grands systèmes socio-techniques (banques, télécoms, etc.). Depuis quelques mois, les hackers ne sont plus à la fête : les autorités et les entreprises leur livrent une guerre d’usure qui condamne les individus et induit parallèlement un renforcement des infrastructures informatiques. Au-delà du paradoxe, cette opposition provoque un durcissement des cuirasses informatiques en tous genres, forcément dommageable pour le beau rêve d’un Internet ouvert, transparent et solidaire. La médiévalisation des territoires électroniques est en cours. Elle renforcera le pouvoir des nouveaux seigneurs, dominant une cyber-féodalité où les hackers joueront le rôle des bouffons, à qui on demande d’amuser la galerie mais qu’on jette en taule quand ils deviennent trop impertinents : 

«Un hacker de 16 ans vient d’être condamné à six mois de prison ferme par un tribunal fédéral à Atlanta (Floride). Il s’était notamment introduit sur les ordinateurs de la NASA et avait intercepté 3 300 mails du Pentagone. Ce mineur est le plus jeune pirate condamné à ce jour. Le tribunal l’a par ailleurs condamné à présenter ses excuses par courrier au ministère de la Défense et à la Nasa.» Libération, samedi 23 octobre 2000

Le surf «récréatif» sur le lieu de travail a conduit au renforcement du flicage des salariés. Bien avant l’avènement des firewalls, des proxy et autres mouchards logiciels qui polissent l’utilisation des réseaux d’entreprise, Céline écrivait qu’il était parfaitement légitime et naturel de «voler du temps à son patron». L’auteur du Voyage au bout de la nuit y voyait une façon d’équilibrer le rapport de forces entre patrons et prolétaires, surtout quand ces derniers brûlent d’une passion quelconque. Le 15 septembre 2000, on apprenait dans CNET que la compagnie Dow Chemical venait de licencier 24 employés accusés d’utiliser l’Internet (mail + Web) à des fins d’excitation sexuelle. Il y a eu une époque, dans le développement du Web, où nous avons craint des pertes de productivité, une confusion entre vie privée et boulot ainsi que la perte de contrôle des salariés, battant la campagne dans le cyberespace. Heureusement, tout est rentré dans l’ordre : le travail au bureau est autant fliqué qu’au bon vieux temps de la chaîne de montage (mais en plus subtil), et les salariés retors se font virer. Dans le dernier numéro de Technikart, Nicolas Santolaria analyse ce basculement en faveur de l’ordre productif, en reprenant le slogan baba-cool des seventies : «cours, connard, ton patron t’attend». Il montre bien que, derrière les flonflons de la cyber-croissance, une nouvelle chape de plomb conservatrice coiffe les pays occidentaux. Malheureusement, Technikart n’offre pas de solution miracle pour résoudre le problème, preuve qu’on n’est pas sorti de l’auberge :

«Il ne s'agit pas, pour nous, d'annoncer un retour au communisme. Nous ne sommes pas assez naïfs pour croire en la révolution, penser qu'on peut fonder une communauté vertueuse où tout le monde travaillerait main dans la main pour le bonheur de l'Humanité. On sait trop bien ce qu'il y a de dangereux à construire une société idéale qui ignore la part maudite chez l'homme : ce désir d'argent, de baise, de domination, de perte. Mais le fait que la révolution soit irréalisable ne doit pas nous empêcher d'y rêver. Et de contester les choses telles qu'elles sont aujourd'hui.» Technikart, septembre 2000

Les révoltes urbaines font le jeu de la police. Le malaise des banlieues dites chaudes s’exprime épisodiquement au travers d’actions de faible ampleur qui condamne inexorablement ces zones – et le pays dans son ensemble – à la ghettoisation. Des rodéos de voiture aux descentes en centre ville pour casser des vitrines en profitant de la confusion créée par des manifestations, les cailleras servent très efficacement les intérêts de ceux qui, derrière Chevénement, se plaisent à les enfermer dans la case «sauvageon». Tandis que les banlieues se vident, depuis trente ans, de ces classes moyennes qui assuraient la mixité sociale et la fluidité du tissu urbain, les quartiers riches se renforcent pour se protéger de toute perturbation. La privatisation des espaces publics, le creusement des inégalités sociales et le développement des polices privées (gardiens, vigiles, etc.) surviennent comme une conséquence logique de cette dangereuse dynamique. Malgré les discours républicains de façade, il est devenu rentable pour les classes dominantes et le pouvoir politique de laisser les banlieues s’engluer dans leurs problèmes, du deal au chômage en passant par la petite délinquance. Dans ce contexte, la police surfe sur la demande sociale de sécurité, comme le FN en son temps. Les bavures, les contrôles au faciès, les amalgames entre délinquants et étrangers et le bouclage des quartiers riches sont devenues des attitudes courantes, acceptées par la population comme une contrepartie naturelle de la dangerosité urbaine.

Les actions terroristes favorisent les techniques de contrôle social. Tout le monde se souvient du plan Vigipirate, et de la façon dont il fut institué pour répondre à la menace terroriste venue des islamistes. Alors qu’un attentat dans le RER avait coûté la vie à plusieurs dizaines de personnes, nulle voix ne put ou ne voulut s’élever contre la présence de militaires dans les lieux publics, mitraillettes à la main et regards en biais. Depuis, toutes les bonnes raisons de maintenir ce dispositif ont été trouvées, si bien que la France donne l’impression d’être continuellement en Etat de siège, particulièrement à Paris. Lorsqu’un pouvoir politique peut s’appuyer sur un prétexte pour renforcer ponctuellement les instruments de contrôle social, il faut d’extraordinaires forces de rappel démocratiques pour revenir à une gestion moins paranoïaque des espaces publics. Nous avons donc franchi un cap de plus dans la présence policière, et rien ne dit qu’on s’arrêtera en si bon chemin. Il est effrayant de voir par exemple comment, à l’occasion de Vigipirate, les pouvoirs publics de l’époque (Pasqua en tête) ont promu toutes sortes d’instruments d’encadrement des comportements, de la carte d’identité sur support magnétique au contrôle tous azimuts des individus et des véhicules.

On pourrait continuer longtemps à exposer
ce type d’exemples

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