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Le piratage informatique finit par renforcer les multinationales de linformatique et favorise la consolidation des grands systèmes socio-techniques (banques,
télécoms, etc.). Depuis quelques mois, les hackers ne sont plus à la fête : les autorités et les entreprises leur livrent une guerre dusure qui condamne les individus et
induit parallèlement un renforcement des infrastructures informatiques. Au-delà du paradoxe, cette opposition provoque un durcissement des cuirasses informatiques
en tous genres, forcément dommageable pour le beau rêve dun Internet ouvert, transparent et solidaire. La médiévalisation des territoires électroniques est en cours.
Elle renforcera le pouvoir des nouveaux seigneurs, dominant une cyber-féodalité où les hackers joueront le rôle des bouffons, à qui on demande damuser la galerie
mais quon jette en taule quand ils deviennent trop impertinents :
«Un hacker de 16 ans vient dêtre condamné à six mois de prison ferme par un tribunal fédéral à Atlanta (Floride). Il sétait notamment introduit sur les ordinateurs
de la NASA et avait intercepté 3 300 mails du Pentagone. Ce mineur est le plus jeune pirate condamné à ce jour. Le tribunal la par ailleurs condamné à présenter
ses excuses par courrier au ministère de la Défense et à la Nasa.» Libération, samedi 23 octobre 2000
Le surf «récréatif» sur le lieu de travail a conduit au renforcement du flicage des salariés. Bien avant lavènement des firewalls, des proxy et autres mouchards
logiciels qui polissent lutilisation des réseaux dentreprise, Céline écrivait quil était parfaitement légitime et naturel de «voler du temps à son patron». Lauteur du
Voyage au bout de la nuit y voyait une façon déquilibrer le rapport de forces entre patrons et prolétaires, surtout quand ces derniers brûlent dune passion
quelconque. Le 15 septembre 2000, on apprenait dans CNET que la compagnie Dow Chemical venait de licencier 24 employés accusés dutiliser lInternet (mail +
Web) à des fins dexcitation sexuelle. Il y a eu une époque, dans le développement du Web, où nous avons craint des pertes de productivité, une confusion entre vie
privée et boulot ainsi que la perte de contrôle des salariés, battant la campagne dans le cyberespace. Heureusement, tout est rentré dans lordre : le travail au bureau
est autant fliqué quau bon vieux temps de la chaîne de montage (mais en plus subtil), et les salariés retors se font virer. Dans le dernier numéro de Technikart,
Nicolas Santolaria analyse ce basculement en faveur de lordre productif, en reprenant le slogan baba-cool des seventies : «cours, connard, ton patron tattend». Il
montre bien que, derrière les flonflons de la cyber-croissance, une nouvelle chape de plomb conservatrice coiffe les pays occidentaux. Malheureusement, Technikart
noffre pas de solution miracle pour résoudre le problème, preuve quon nest pas sorti de lauberge :
«Il ne s'agit pas, pour nous, d'annoncer un retour au communisme. Nous ne sommes pas assez naïfs pour croire en la révolution, penser qu'on peut fonder une
communauté vertueuse où tout le monde travaillerait main dans la main pour le bonheur de l'Humanité. On sait trop bien ce qu'il y a de dangereux à construire une
société idéale qui ignore la part maudite chez l'homme : ce désir d'argent, de baise, de domination, de perte. Mais le fait que la révolution soit irréalisable ne doit pas
nous empêcher d'y rêver. Et de contester les choses telles qu'elles sont aujourd'hui.» Technikart, septembre 2000
Les révoltes urbaines font le jeu de la police. Le malaise des banlieues dites chaudes sexprime épisodiquement au travers dactions de faible ampleur qui
condamne inexorablement ces zones et le pays dans son ensemble à la ghettoisation. Des rodéos de voiture aux descentes en centre ville pour casser des vitrines
en profitant de la confusion créée par des manifestations, les cailleras servent très efficacement les intérêts de ceux qui, derrière Chevénement, se plaisent à les
enfermer dans la case «sauvageon». Tandis que les banlieues se vident, depuis trente ans, de ces classes moyennes qui assuraient la mixité sociale et la fluidité du
tissu urbain, les quartiers riches se renforcent pour se protéger de toute perturbation. La privatisation des espaces publics, le creusement des inégalités sociales et le
développement des polices privées (gardiens, vigiles, etc.) surviennent comme une conséquence logique de cette dangereuse dynamique. Malgré les discours
républicains de façade, il est devenu rentable pour les classes dominantes et le pouvoir politique de laisser les banlieues sengluer dans leurs problèmes, du deal au
chômage en passant par la petite délinquance. Dans ce contexte, la police surfe sur la demande sociale de sécurité, comme le FN en son temps. Les bavures, les
contrôles au faciès, les amalgames entre délinquants et étrangers et le bouclage des quartiers riches sont devenues des attitudes courantes, acceptées par la
population comme une contrepartie naturelle de la dangerosité urbaine.
Les actions terroristes favorisent les techniques de contrôle social. Tout le monde se souvient du plan Vigipirate, et de la façon dont il fut institué pour répondre à la
menace terroriste venue des islamistes. Alors quun attentat dans le RER avait coûté la vie à plusieurs dizaines de personnes, nulle voix ne put ou ne voulut sélever
contre la présence de militaires dans les lieux publics, mitraillettes à la main et regards en biais. Depuis, toutes les bonnes raisons de maintenir ce dispositif ont été
trouvées, si bien que la France donne limpression dêtre continuellement en Etat de siège, particulièrement à Paris. Lorsquun pouvoir politique peut sappuyer sur
un prétexte pour renforcer ponctuellement les instruments de contrôle social, il faut dextraordinaires forces de rappel démocratiques pour revenir à une gestion
moins paranoïaque des espaces publics. Nous avons donc franchi un cap de plus dans la présence policière, et rien ne dit quon sarrêtera en si bon chemin. Il est
effrayant de voir par exemple comment, à loccasion de Vigipirate, les pouvoirs publics de lépoque (Pasqua en tête) ont promu toutes sortes dinstruments
dencadrement des comportements, de la carte didentité sur support magnétique au contrôle tous azimuts des individus et des véhicules.
On pourrait continuer longtemps à exposer
ce type dexemples
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